ANNUAIRE DE L'INSTITUT DBS PROVINCES. 1/OJi fTIT?jr ANNUAIRE DE L'INSTITIIT DBS PROVINCES DCS COHGBtS SCIENTITIODES. 1853. PARIS , DERACHE , RUE DU BOULOY , 7 ; DUMOULIN, QUAIDES AUGUSTINS; CAEN , A. HARDEL , RUE FROIDE , 2 ; ROUEN, LEBRUMENT , QUAI DE PARIS, NANCY, M lle . GONNET. .888! ' 1 AVERTISSEMENT. L'Institut des provinces de France continue de meriter , par ses travaux , le rang eleve qu'il occupe parmi les So* cietes scientifiques. Les academies imperiales de Vienne et de St. -Peters- bourg, les academies de Berlin , de Munich, de Turin , de Londres, ont, ainsi que beaucoup d'autres, -echange leurs m6moires et entretenu avec Hnstitutdes provinces une cor- respond ance suivie. De tous ootes les notabilites les plus celebres dans les sciences , les lettres et les arts , sollicitent 1'honneur de faire partie de la compagnie, etl'Institut se voit, par suite du nombre limite de ses membres , dans 1'impossibilite de satisfaire les ambitions les plus legitimes. Cette annee, plusi'eurs membres titulairesontete enleves 4 1'Institut des provinces et leurs places ont et6 donnees a des hommes qui ont du ^tre choisis parmi trente candidats gc y inspecteur de TAssociation normande. Administra- ( teurs. /MM. J. GIRARDIN )^., correspondanl de Tlnstitut de France, a Rouen. Le vicomte DE CLSSY O^< , membre de plusieurs Academies, a Paris, et a Vouilly (Calvados . LE GRAND ^<, D.-M,, ancien maire de St.- Pierre-sur-Dive. P.*A. LAIR O ^< , ancien doyen du Conseil de prefecture du Calvados. LAMBERT , conservateur de la Bibliotheque pu- blique de Bayeux. Baron DE LA FRENAYE ^, toembre de plusieurs Academies , a Falaise. MORIERE, secretaire-general de TAssociation \ normande, a Caen. LISTE MEMBRES DE L'INSTITUT DSS PROVINCES, MM. Le prince LOUIS-NAPOLfiON III G $c#, Empereur des Francis. .frr^iiA ETOC-DEMAZY, ancien secr&aire-ge'ne'ral de rinstilut, au Mans. LOTTIN (Tabbe), ancien tre"sorier de Tlnstitut, id. BOUVET ( 1'abbe ) , ancien membre du conseil, id. DE MARSEUL , chef destitution, a Laval. LE GALL , conseiller a la Cour d'appel , directeur de la divi- sion de la Bretagne, a Rennes. AUBEK, chanoine titulaire de Poitiers, directeur de la division du Poitou , a Poitiers. BOUILLET ^ , membre de plusieurs SocietSs savantes, a Cler- mont-Ferrand. LECOQ $, secretaire perpe"tuel de F Academic, a Clermont- Ferrand. Lon DE LA SICOTIERE, avocat, a Alencon. TAILLARD ^ , conseiller a la Cour d'appel de Douai. GuerrierDE DUMAST ^, membre de TAcad^mie, a NancJ. RIGOLLOT 3fc, president de I 1 Academic, a Amiens. DE GIVENCHI, secr6taire'g6ne"ral de la III 6 , session du Congres, a St.-0mer. BONNET ^js, professeur d'agriculture , a Besancon. BCVIGNIER ^, membre de plusieurs Academies, a Verdun. COMMARMOND ^, bibliothe'caire du Palais des Arts, a Lyon. D'HoMBRES-FiRMAs e^ , a Alais (Card), correspondant de r Academic des sciences. If* LlSTfi MM. Jules KENOUVIER, ancien president de la Socie"t6 des Arts, 6 Montpellier. SOYER-WILLEMET >g< , tr&orier-archiviste de I'Academie, & Nancy. CROIZET -$5 , cure de Neschers , pres Issoire. Marcel DE SERRES &, profcsseur a la Faculty des sciences, a Montpellier. WEISS O ^< , bibliolhecaire, a Besancon. GERAIJLT, cur^d'Evron, a Evron (Mayenne). MILLET, naturaliste, president de la Soctete d'agriculture, a Angers. BONNET % , D.-M. , chirurgien en chef de THotel-Dieu , a Lyon. BOULLEE, membre de TAcad6mie de Lyon. VERICEL fjjj, ancien me"decin en chef des Hospices de Lyon. MONIN , professeur d*histoire a la Facult6 des lettres de Be- sancon. FOURNET ^S, professeur de geologic a la Faculte des sciences de Lyon. SERINGE, professeur de botaniquea la meme Facult6. Victor SIMON ^< , ancien secretaire-general du Congres , con- seiller a la Cour d'appel, a Metz. MOUGEOT )g<, naturaliste, a Bruyeres ( Vosges). HEPP ^c, professeur 5 la Faculty de droit, a Strasbourg. COUTURAT )^<, ing^nieur en chef du cours du Rhin, ^ Strasbourg. Mg T . DONNET ^ , cardinal-archevSque de Bordeaux. DBS MOULINS , inspecteur divisionnaire des monuments , di- recteur de la division du Sud-Ouest , a Bordeaux. Mg. GOUSSET O ^t, cardinal-archevque de Reims. Mg r . BARREAU , historiographe et chanoine de Beauvais. FERET, conservateur de la Bibliotheque, a Dieppe. COUSSEAU (Tubbe), cvcque d'Angouleme. FOOCART $p, doyen de 1'Ecole de Droit, a Poitiers. DBS MEMBRES DE I/INSTITUT DES PROVINCES. XVII MM. DE BLOSSEVILLE &, membre du Conseil gne"ral de FEure, a Amfre'ville ( Eure ). DE LA FARELLE $< , ancien reprsentant du Card , a Nimes. DESHOCHES (I 1 abb6) , cure" d'Isigny (Manche). DE GAYROL ^., ancien de"put, a Compiegne. BISEUL, a Blain ( Loire-Infgrieure ). DRODET , inspecteur divisionnaire de la SociSte" franchise , au Mans. Marquis DE VIBRATE, ge*o1ogue, a Cheverny, pres Blois. Arthur MARTIN ( le R. P. ) , auteur des vitraux de Bourges, a Paris. CAHIER ( id. ) , membre de plusieurs academies , a Paris. DUCHATELLIER , secretaire-general de rAssociation bretonne , a Quimper. DE LA BAUME *& , conseiller a la Cour d'appel de Nimes. Comte DE MONTALEMBERT 3, ancien pair de France, in- specteur divisionnaire de la Societ6 franchise pour la con- servation des monuments, a Paris et a Vesoul (Haute- Saone). REIDET, conservateur des Archives de la Vienne, a Poi- tiers. GODARD, graveur, membre de plusieurs academies, a Alencou (Orne). V. HUCHER, membre de plusieurs Societes savantes, au Mans (Sarthe). Comte DE TOCQCEVILLE O )|c, ancien ministre, membre de TAcademie fran^aise, a Tocqueville (Manche). TEISSIER , membre de plusieurs academies , a Anduse (Card). Le comte A. DE GODRGUES, membre de plusieurs Soci6t6s savantes, a Lanquais (Dordogne). WALZ 3fc, directeur de 1'Observatoire , a Marseille. 6 a BRANCHE, inspecteur des monuments historiques, a Paulhaguet ( Haute-Loire). XVIII LISTfi MM. GOGUEL $<, membre de plusieurs academies, & Strasbourg (Bas-Rhin ). VOISIN (Tabb6), membre de plusieurs academies, au Mans (Sarthe). LE GLAY $, conservateur des archives, correspondant de TAcadeinie des inscriptions, a Lil'e (Nord). KIITLMAN ^, professeur de chimie, membre du Conseil g6- ncral du Commerce, a Lille (Nord). HERMAND, membre de plusieurs academies, de la Societe des Antiquaires, etc. , a St.-Omer (Pas-de-Calais). JOLRDAIN , chanoine de la calhe"drale, a Amiens. DUVAL , membre de la Societe franchise pour la conservation des monuments , a Amiens. F. WOILLEZ, membre de plusieurs academies, a Sl.-Quentin. Baron D'HAUSSEZ O &, membre de plusieurs Societes savantes, a St.-Saens (Seine-Inferieure). Baron DU TAYA 3, president de la Societe" d'agriculture des C6tes-du-Nord , a St.-Brieux. DESNOYERS, vicaire-gen^ral d*0rl6ans, inspecteur des monu- ments du Loiret. E. DOLFUS ^, president de la Socie"t6 industrielle deMulhouse. BANDEVILLE (1'abbe), membre de plusieurs academies, a Reims. MALHERBE , juge , president de la SocietS d'histoire naturelle de Metz. Le comte DE CHASTELLUX C ^<, membre de plusieurs Acad6- mies, a Paris. BARILLON, ancien representant de TOise, a Compiegne. BALLIN ^, archiviste de TAcademie des sciences, arts el belles-lettres de Rouen. DCBRBCIL, professeur d'agriculture , a Paris. DESJOBERTS, membre du Conseil general de 1'agriculture, d6- pute de Neufchatel. BALLY ^ , ancien president de TAcademie de m^decine , a Villeneuve-le-Roy ( Yonne ). DES MfiMBRES DE I/lNSTITtJT DBS PROVINCES. XIX MM. BBRTHELOT O ^., secretaire-general de la Societe de geo- graphic. VILMORIN >^, correspondant de 1'Institut, aux Barres (Loiret). BELLA O $, directeur de Tlnstitut agronomique de Grignon. PETIT , proviseur au lycee de Rennes. Le comte DB TRISTAN $, membre de plusieurs academies, a Orleans. Le comte DE LOCHART ^ , directeur du musee d'histoire natu- relle, a Orleans. BAYLE-MOUILLARD O ^<, membre de 1'Academie de Clermont, ancien secretaire-general du ministere de la justice. BEAUDET LA FARGE ^, ancien sous-prefet, membre de TAca- demie de Clermont. PETIT-LAFITTE, membre de 1' Academic de Bordeaux, profes- seur d'agriculture. BLATAIROU (1'abbe), chanoine, professeur a la Faculte de theologie de Bordeaux. P.-M. Rotx 3, membre de TAcademie, secretaire-general du Congres scientifique de France, a Marseille. BARTHELEMY , conservateur du musee d'histoire naturelle , se- cretaire de TAcademie de Marseille. DIHUSE >^c, president de la Societe de statistique de Mar- seille. BBRTHULUS ^f, medecin du Lazaret de Marseille, membre de plusieurs academies. COQUAND, ingenieur des Mines, vice-president de PAcademie d'Aix. CASTEL, agent-voyer chef, a St.-Lo. DEVOUCOUX ( 1'abbe ) , secretaire perpetuel de la Societe acade- mique et vicaire-general d'Autun. NIEPCE, president de la Societe d'histoire et d'archeologie de Chalons-sur-Saone. Le baron DE CONTENCIN &, directeur de 1'administration des cultes, a Paris. XX L1STE MM. LE ROT DE BETHUNB, membre du Conseil general de Pagri- culture, a Douai. RENAULT, inspecteur divisionnaire de TAssociation normande, vice-president du tribunal, a Coutances. Comte OLIVIER DE SESMAISONS, directeur de 1'Association bre tonne, a Nantes. C ARTIER, directeur de la Revue numismatique, a Amboise. LAMBRON DE LIGNIM, capitaine de ca valeric, secretaire-general de la XV C . session du Congres scientifique , a Tours. CHAMPOISEAU 3, secretaire-general de la merae session, a Tours. DE SOURDEVAL $, id. , juge d'instruction , a Tours. J. DE FONTENAY, membre de plusieurs academies, a Autun. Mg*. PARISIS ^jS, evque d'Arras, ancien repre"sentanl du Morbihan. DE GLANVILLE, inspecteur des monuments de la Seine-Infe- rieure , a Rouen. LE PETIT (Tabbe) , chanoine honoraire de Bayeux, secr&aire- g6n6ral de la Society francaise pour la conservation des monuments, a Tilly (Calvados). E. PATT, inspecteur des monuments de Seine-et-Marne. GODARD-SAINT-JEAN (I'abbe), professeur de tho1ogie, a Langres. E. DE BLOIS, repr^sentant du Finislere, president de la classe d'histoire de TAssociation bretonne , a Quimper. LA CURIE (Pabb^), chanoine honoraire de la Rochelle, inspec- teur divisionnaire des monuments historiques, a Saintes. MATHERON, ing^nieur, membre de plusieurs Soci&es savantes, a Marseille. DE Bois LE COMTE , membre de plusieurs academies, a Tours. DB LA TERRADE, directeur de la Socie"t6 linii(6enne, a Bor- deaux. DE BUZONNIERE, secretaire-g^n^ral de la XVIII*. session du Congres scientifique de France , membre de plusieurs academies, a Orleans. PBS MEMBRES DE L'lNSTlTUT DBS PROVINCBS. XXI MM. LA CROSSE C ^<, senateur, ancien ministre des travaux pu- blics, & Paris. DE SAINT-GERMAIN , inspecteur des monuments historiques , a Evreux. DUFAUR DE MONTFORT yfe, president dela Societe de statistique des Bouches-du-Rhone, a Marseille. General REMOND C ^<, ancien depute, membre de plusieurs academies , pres Gisors. GODELLE $$, membre de plusieurs academies, conseiller d'fitat. MORIERB , secretaire-general de 1' Association normande , direc- teur des Cours speciaux du lycee, a Caen. LEFEBVRB DU RUFFLE O2jf , s6nateur, inspecteur divisionnaire de T Association normande, ancien ministre, a Pont- Authou. LE NORMAND, ancien sous-prefet, membre de plusieurs aca- demies, a Vire. Vicomte DE FALLOUX 3, ancien ministre de rinstruclion pu- blique, a Segre (Maine-et-Loire). DE KERDREL, ancien representant d'llle-et-Vilaine, ancien Sieve de 1'Ecole des chartes, a Rennes. Alph. LB FLAGUAIS, membre des Academies de Caen et de Rouen, a Caen. CROSNIEH (1'abbe), vicaire-general de Nevers, inspecteur des monuments de la Nievre, a Nevers. HBRPIN DE METZ, docteur en medecine, membre de plusieurs academies, & Paris. Mg r . DUPONT C $, cardinal-archeveque de Bourges, a Bourges. AUSSANT , membre de plusieurs academies , professeur en me- decine, 5 Rennes. TAROT ^< , president de chambre ^ a Cour d'appel de Rennes , secretaire-general de la XVI e . session du Congres. Comte Louis DB KERGORLAY, ancien directeur de la Revue provinciale, secretaire-general de T Association bretonne, a Fossieux ( Seine-et-Oise \ XXII LISTE MM. A. TASLE % , conseiller a la Cour d'appel de Rennes. BAHRE, sculpteur, laureat de I'exposition rgionale de 1'Ouest, a Rennes. Baron DE GIRARDOT, membre de plusieurs academies, sous-prefet a Montargis. GUER ANGER, president de la SocieH6 acad&nique de la Sarthe , au Mans. Succ, sculpteur, laureat de Tlnstitut (exposition regionale de 'Quest ) , a Nantes. L. DE LA MOTTE, membre de r Academic, inspecteur des etablissemcnts de bienfaisance, a Bordeaux. DELALONDE-DLTIIIL fils, membre de plusieurs academies, a Rouen. DB BENGY DE PUYVALLEE ^ , president de la Societe d'agri- culture du Cher, a Bourges. MARECHAL, ingenieur des ponts-et-chaussees, a Bourges. MAGHARD ^< , ing^nieur en chef, id. BERTRAND ^5, maire de Caen, doyen de la Facult6 deslettres, & Caen. VALLAT, recteur de TAcademie du Lot, membre de TAca- d6mie, a Bordeaux. BOUCHER DE PERTHBS ^. , president de la Society d^mulation, i Abbeville. RATNAL &, procureur-gen^ral pres la Cour d'appel de Caen. DE LA MONNERATE, president du Conseil general du Mor- bihan , a Rennes. POTTIER 3, conservateur de la Bibliothequepubliquede Rouen. NICIAS GAILLARD O ^ , avocat-g^neral a la Cour de cassation , membre de plusieurs Societes savantes. THEVENOT, chef d'escadron , secretaire de la cinquieme section de la VI e . session du Congres scientifique de France, a Clermont-Ferrand. CBAVIN DE MALLAN & , ancien conservateur de la Bibliothtque du palais du Luxembourg , a Paris. DBS MEMBRES DE I/INSTITUT DES PROVINCES. XXIII MM. Marquis DE CHENNEVIEP.ES-POINTEL , membre de plusieurs aca- demies, employe au musee des tableaux, a Paris. GUJLLORY aine ^<, secretaire-general de la X e . session du Congres scientifique de France, president de la Soeiete in- dustrielle, a Angers. Le baron CHAILLOU DBS BARRES O $:, ancien prefet, president de la Soeiete archeologique d'Auxerre. DE VERNEILH-PUIBAZEAU, inspecteur divisionnaire de la Sociele" francaise pour la conservation des monuments, a Nontron ( Dordogne }. DE SURIGNY, membre de TAcademie de Macon, a Macon ( Saone-et-Loire ). FLECHET , architecte , a Lyon. M. CANAT, secretaire-archiviste de la Societe acad&nique de Chalons-sur-Saone. R. BORDEAUX, docteur en dioit, membre de plusieurs acade"- mies, a Evreux (Eure). BLONDLOT , secretaire-general de la XVIK session du Congres scienliflque de France , professeur a TEcole secondaire de medecine de Nancy. BOLLANGE, ing^nieur des ponts-et-chaussees, membre de T Academic , a Metz. SIMONIN, docteur-Diedecin , secretaire de 1' Academic Stanislas, a Nancy, secretaire de section a la XVIK session du Congres. LE PAGE, membre de T Academic de Nancy, archiviste du departement de la Meurthe, secretaire de section a 1& XVII*. session du Congres scientifique , a Nancy. Comte DE MELLET , inspecteur des monuments de la Marne", membre de plusieurs academies, president de section a la XVIP. session du Congres scientifique, a Chaltrait (Marne). Victor PETIT, membre de plusieurs Societes archeologiques, a Sens (Yonne). TRAVERS, professeur de litterature latine a la Faculte de& XXIV LISTE MM. lettres de Caen, secretaire perpauel de TAcad6mie des sciences, arts et belles-letlies, a Caen. DUPRE LA MAHERIE, docteur en droit, secretaire de section a la XVI*. session du Congres scientifique de France, sub- stitut, a Cherbourg. ROSTAN, inspecteur des monuments historiques , maire de St.- Maximin ( Var). PELLERIN, docteur-me'decin , ancien professeur a TEcole secondaire de mdecine , membre de plusieurs academies , a Caen. HARDEL, imprimeur de 1'Institut, membre du Conseil de la Soci6t6 francaise pour ^conservation des monuments, a Caen. DE QUATREFAGES $ , ancien professeur d'histoire naturelle a la Facult6 de Toulouse, membre de 1'Instilut, a Paris. PAUFFIN, ancien magistral, membre de plusieurs academies, a Rethel (Ardennes). MAHCL jjjc, ancien prefet, membre de plusieurs Soci6t6s sa- vantes , a Carcassonne, Le comte DE MONTLAUR, membre de plusieurs Academies, a Moulins(Allier). BOUDANT (Tabb6), cure" de Chantelle (Allier). LE PELLETIER-SAUTELET , docteur-m6decin , a Orleans. Le comte DE VIGNERAL, president du cornice agricole, a Ry (Orne). DE BEHAGDI O ^, membre du Conseil ge"ne"ral de Tagricul- ture, a Dampierre (Loiret). LE Vox, bibliothe"caire de la marine, a Brest. CIROT DB LAVILLB (Tabb6), membre de TAcad^mie de Bordeaux. Le comte ACMETD'HERICOURT, president de I'Acad&me d'Arras. CHALLE, avocat, vice-president de la Socie"t6 acad^mique d'Auxerre, membre du Conseil gne"ral del'Yonne. FEUILLRT, juge de paix, membre de plusieurs Soci6te"s sa- vantes, aLyon. DBS MEMBRES DE L'lNSTITUT DES PROVINCES. XXV MM. Le baron DE MONTBEUIL, ancien representant, a Gisors. Comte DE NIEUKERQUE C ^, directeur-general des musees, Paris. QUANTIN, archiviste du dpartement de TYonne, membre de plusieurs Societ6s savantes , a Auxerre. 4 , Jo* D'ESPAULARD, president de la Soci&e" acadfrnique du Mans, adjoint au maire de la meme ville. GOMART, membre de plusieurs academies, secretaire du co- rnice agricolede St.-Quentin ( Aisne). DE VERNEUIL O &, membre de la Societe" gologique de France, a Paris. Baron James DE ROTHSCHILD C $p %. ^< , membre de plusieurs academies, a Paris. RICARD, secretaire de la Societe" archeologique , a Montpellier. Comte DE PEYRONNET G $c , president de la XIX. session du Congres scientifique de France. ARRONDEAU, professeur de physique au lyce"e de Toulouse. ? ':?J;& Hombres Strangers. MM. Comte DB MERODB C ejjs, ministre d'Etat de Belgique, inspec- teur divisioimaire de la Societe francaise , au chateau de Trelon , pres d'Avesnes et a Bruxelles. LOPEZ f^, conservateur en chef du mus6e, a Parme. GAZZERA ^., secretaire de TAcademie, a Turin. AVELLINO , conservateur du musce Bourbon , a Naples. Le chanoine IORIO , a Naples. Mg f . RENDU $ , 6vque d'Annecy. Marquis PARETTO C ^< , a Genes. Marquis DE RIDOLFI G >$< , ancien ministre , a Florence. Pasteur DUBY, a Geneve. Baron DB SELIS-LONGCHAMP, a Liege. WBBWHEL, professeur, a Cambridge. XXVI LISTS MM. JAKES IATES, a Londres. Le prince DE C A NINO, a Paris. SAN QUINTINO, conservateur honoraire du musee, a Turin. BECKER (Justus Fiederick Carl)>g<, professeur de medecine a rUniversitg de Berlin. DESPINES C $, directeur-g6neral des mines du Pi&nont, a Turin. VARNKOENIG >^c , professeur a TUniversit^ de Tubingue. BAEHR, professeur a rUniversit6 de Hiedelberg. SCHADOW &> directeur de 1'^cole des Beaux- Arts, a Dusseldorf. Leopold DE BUCH C 2&, naturaliste, a Berlin. KUPFBR ^<, professeur de physique, a St.-Petersbourg. KRIEG DE HOCHFELDEN ^ , charge des fortifications du Grand- Duch6 de Baden, a Baden. DEHAMMER-PURGSTALLG ^<, membre de 1'Academie inipriale, a Vienne. DE BRIKCKEU, conseiller d'Elat, a Brunswick. BOISSEREE, architecte, a Bonn. D'HOMALIUS D'HALLOY G e^, correspondant de Tliislitut de France, a Namur. MARAVIGNA, professeur d'histoire naturelle , a Catane (Sicile). Due SERRA DI FALCO G 3 , prince de St.-Pietro, a Palerme (Sicile), BERTINI O $ , membre de la Chambre legislative de Sar- daigne, conseiller a la Faculty de m6decine, membre de plusieurs academies, vice-pr6sident general du Congrts scientifique de France, a Turin. Baron DE ROISIN >^< , au chateau de Kurens, pres Tieves Prusse (Rhenane). BCCKLAND, professeur a TUniversit^ d'Oxford. Marquis DE SANTO ANGELO, ministre de S. M. le roi des Deux- Siciles , a Naples. Comte DE FURSTEMBERG ^, cliambellan de S. M. le roi de Prusse, a Apollinarisberg, pres Cologne. DES MBMBRES DB I/INSTtTUT DBS PROVINCES. MM. Baron DI* QCAST, mspecteur-gne>al des monuments historiques- de Prusse, a Berlin. ROULEZ , professeur d'archologie a rUniversit6 de Gand. Baron DE STASSART GO tifc , membre du Senat, president de TAcademie, a Bruxelles. SISMONDA ^ , professeur de geologic a FUniversite" de Turin , membre de TAcad^mie de la meme ville. Comte DE SELMOUR 2}, genlilhomme de la Chambre du Roi de Sardaigne, president de T Association agricole du Piemont. JACQBEMONT ^, membre du S6nat et president de la Soci^te acad^mique de Chambery. Mg r . MULLEH, 6veque de Munster. REJCHENSPERGER , conseiller a la Cour royale et membre de plusieurs academies, & Cologne. Mg r . GEISSEL $ , cardinal-archev^que de Cologne. BOTOWSKI , secretaire de 1'ambassade russe , a Paris. Comte DE LA MARMORA C 2j i directeur de T6cole de marine , a Genes. DoNALSTON , secretaire de Tlnstitut des architectes, a Lon- dres. LE MAISTREVANSTAING, president de la Socie"t6 archeolo- gique, a Tournay. QUETELET, secretaire perpetuel de 1'Academie royale de Bel- giqtie, a Bruxelles. JOBARD &, membre de plusieurs academies, a Bruxelles. DE WILMOSKI, cbanoinede la cathedrale de Treves, aTreves. THURMAN, membre de plusieurs academies, a Porentruy. Le baron DE PLANCKET, docteur en droit, membre de plusieurs academies, a Bruxelles. MURCHISON, membre de la SocietS royale de Londres, corres- pondant de Tlnstitut de France, a Londres. PARCKER, membre de la Soci&6 des Antiquaires de Londres, a Oxford. Le comte Ernest DB BEUST, directeur-general des mines, a Berlin. XXVIII LISTE BAECFFI (Tabb6) $, professeur de g6om6trie a rUniversite de Turin. Le comte AVOYADRO DE QUAREGNI C ^, professeur de physique in rUniversite de Turin. Le comte CESAR BALRO C $, depute, ex-president du conseil des ministres, a Turin. CIBRARIO C 3fc, senateur de Piemont, professeur de chimie & TUniversit6 de Turin. RAGOZIM ROCH, secretaire perpetuel de 1' Academic royale d'agricullure de Turin. Letoaron Joseph MANNO C^s, president du s6nat du royaume de Piemont et de la Cour d'appel de Turin, membre de 1' Academic, J. MORIS, senateur du royaume de Piemont, professeur de botanique a TUniversit^ de Turin. Le professeur CANTU ^, senateur du royaume de Sardaigne, a Turin. DAVIDSON, membre de la Socie^e" geologique, a Londres. DES MEMBRES DE L'lNSTITUT DBS PROVINCES. XXIX lEembres stranger: omis dans la lists trcssdente . MM. Le comte Joseph TELEKI , membre de 1' Academic imperiale d'Autriche, a Pest. Joseph ARNETH , directeur du cabinet imperial des Antiques , a Vienne. Le docteur Paul-Joseph SCHAFARIK, conservateur de la bi- bliotheque de TUniversite imperiale et royale, a Prague. Son Excellence M. Andrea conte CITADELLA-VIGODARZERE , se- cretaire de P Academic imperiale et royale des sciences , a Padoue. Joseph comte Kemeng de GYERO-MONASTOR , membre hono- raire de la Socie"te royale des savants hongrois, a Gerend , en Transylvanie. A. SCHRATTER , secretaire-general de 1' Academic imperiale des sciences, a Vienne ( Autriche ). lEsmbres Titulaire: , DECEDES DEPUIS LA PUBLICATION DU PRECEDENT ANNUAIRE. MM. THIERRY, doyen honoraire de la Faculte" des Sciences de Caen, e"lu le 15 mai 1846, mort le . . . . 1852, remplacS par M. le comte DE NIEUKERQUE C $}, directeur-g6n6ral des musees. Le marquis DE LA PORTE, de Vendome, e"lu le 27 juin 18/iO, mort le 29 fSvrier 1852, remplac6, dans la classe des lettres, par M. D'ESPAULARD, president de la Socie"te" acad^mique de la Sarthe. XXX LISTE DES MEMBRES DE L'lNSTITUT DBS PROVINCES. OLLIVIER $, tTAvranches, elu le 23 seplembre 1839, mortie .... 1852, remplac^, dans la classe des sciences, par M. GOMART, de St.-Quentin. GREGORY ^, conseiller a la Cour d'appel de Lyon, e"lu le l er . juin 1842, mort le 27 mai 1852, remplac6, dans la classe des lettres, par M. RICARD, de Montpellier. Le comte DE BLOIS, de Morlaix, O $, eMu le 30 septembre 1845, raort le . . octobre 1852, remplace, dans la classe des sciences , par M. le baron James de ROTHSCHILD C &. DE HALDAT DU LYS $, de Nancy, 61u le 14 octobre 1847, mort le 26 novembre 1852, remplace, dans la classe des sciences, par M. le baron DE VERNEUIL $. Le comte DE COETLOSQUET e&, de Metz, 61u le 19 oclobre 1845, mort le . . . . novembre 1852, remplac6, dans la classe des lettres, par M. le comte DE PEYRONNET G ^, de Bordeaux. LE SACVAGE ^, de Caen, e"lu le 7 juin 1841, mortie 10 d6- cembre 1852, remplac^, dans la classe des sciences, par M. ARRONDEAU, de Toulouse. DE SAINT-GERMAIN, d'Evreux, elu le 7 avril 1849, mort le . . decembre 1852, remplace" par M. DENYS, de Mayenne , membre du conseil general des manufactures. 3$znbres Strangers. DE BONAFOUS, de Turin, ^<^>^<, elu le 30 septembre 1845, mortie 1852, remplace par M. DAVIDSON, de Londres. ASSISES SC1IENTIFIQUES EN 1853. L'arre"te pris 1'annee derniere pour la tenue des Assises scientifiques ( voir 1'Annuaire de 1852, p. xxv) est maintenu pour 1'annee 1853. Les presidents d'assises qui n'ont pas organise ces reunions scientifiques en 1852 , dans leurs circonscriptions , sont pries de les convoquer en 1853, jivant le mois de juillet , en se conformant strictement aux dispositions de 1'arrete de 1852. Les questions formulees a la suite de cet arre"te devront etre exclusivement mises a 1'etude. Pour les localites ou les assises ont eu lieu en 1852, des questions nouvelles seront transmises aux presidents par le bureau de 1'Institut des provinces. Le directeur-gcneral de 1'Institut des provinces, A. DE CAUMONT. ERRATA. Page 238, ligne 22 , sainte Hildu, lisez : Hilda. Page 239 , ligne 7 , accessoire , lisez : necessaire. ligne 30, par sous, lisez : pas avec. Page 240 , ligne 11 , pansandi , lisez : pausandi. Page 241 > ligne 11 , cappaj. Les, lisez : cappcej , les. ligne 15 , messe, lisez : mense. Page 245 , ligne 22 , ou il enfouissait sa , lisez : ou il enfoncait sa. Page 246 , ligne 21 , resiaire , lisez : seriaire. ligne derniere , enlevait, Uses : artivait. Page 247 , ligne 6 , Houdun, lisez : Loudun. Page 253, l re . ligne, sanatiles, lisez : saxatiles. ligne 2 , bande , lisez : lande. Page 254, l re . ligne, glorifiez-les , lisez : glorifiez-la. ,,. CONGRES DES MllGUES DES SOCIETES SAYANTES DES DEPARTEMENTS, : >*o;-"}o2 r,T eb to ,( 9ii6JUte-9is6j8 ) moM SOUS LA DIRECTION DE L'INSTITUT DES PROVINCES. SESSION DE 1852. STANCE DU 15 MARS. (Prgsidence de M. DE CAUMONT, directeur de 1'Institutdes provinces). La troisieme session du Congr^s des Societes savantes des departements est declare ouverte par M. de Caumont , di- recteur de 1'Institut des provinces, en presence d'unecen- taine de delegues des Societes savantes , parmi lesquels nous citerons : MM. Comte Louis DE KERGORLAY , de 1'Institut des provinces , secretaire-general de T Association bretonne. A. DUCHATELLIER , secretaire- general du Cougres des delegues. DE VERNEILH , de 1'Institut des provinces , inspecteur divisionnaire des monuments, a Nontron (Dordognej. 2 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. Comle DE MELLET , membre de 1'Institut des provinces, tlele"gue de 1' Academic de Reims et de la Societe d'agri- culture , sciences et arts de Chalons-sur-Marne. Comte Georges DE SOULTRAIT , membre non-residant du Comite des arts et monuments , inspecteur des monu- ments historiques de TAllier, de!6gu6 de P Academic de Macon (Sa6ne-et-Loire), et de la Societe nivernaise des lettres , sciences et arts. Vicomte DU MONCEL, delegue de TAcademie de Cherbourg. Le chevalier QAUGAIN, tresorier de 1'Institut des provinces, delegue de Bayeux. Vicomte DE CUSST , membre de 1'Institut des provinces , inspecteur divisionnaire des monuments historiques. GOMARD, delegue de la Societe academiquede St.-Quentin. R. BORDEAUX , membre de 1'Institut des provinces, delegu6 d'Evreux. DIDRON aine, secretaire du Comite historique des arts et monuments, directeur des Annales archeologiques,aParis. Comte DE SERAINCOURT, delegu^ de Moulins (Allier). Comte DE VIGNERAL , de 1'Institut des provinces , inspec- teur divisionnaire de 1'Association normande , delegue du departement de 1'Orne. General baron PETIET, depute au Corps legislatif , delegue deNevers(Nievre), grand-officier de laLegiori-d'Honneur. General RAYMOND , ancien depute, membre de 1'Institut des provinces , delegue du departement de TEuro. P'ESPAULARD , premier adjoint au maire du Mans , pre- sident de la Societe d' agriculture , sciences et arts , delegu6 de la Sarthe. DE LESTANG, delegue de la Societe d'agriculture, sciences et arts de la Sarthe. DE LA BIGOTTIERE, ancien officier-superieur , delegue" de CONGRES DBS ACADEMIES. la Societe pour la conservation des monuments , section de 1'Eure. Baron DE MONTREUIL, depute au Corps legislatif, membre de 1'Institut des provinces , delegue du Cornice agricole de Gisors. BEAULIEU , delegue de la Societe de statistique des Deux- Sevres, aNiort. PINARD , delegue de la Societe franchise pour la conser- vation des monuments , section de Seine- et-Marne. CALEMARD DE LAFAYETTE, delegue de la Societe academique du Puy ( Haute-Loire ). Achile AYRAUT , delegue de la meme Societe. THIOLLET , delegue de la Societe de Sens. Comte DE RIENCOURT, delegue de la Societe academique d' Abbeville. JABOUIN, sculpteur, d61egu6 des Soci6tes savantes de Bor- deaux. La baronne DE MONTARAN , deleguee de 1'Association normande. DB GLANVILLE , membre de 1'Institut des provinces , dele- gue de Rouen. DE LA LONDE, ancien officier de cavalerie, delegue des Societes savantes de Rouen. MAHUL , ancien prefet f delegue de la Societe academique de Carcassonne , membre de 1'Institut des provinces. DE CLOCHEVILLE, delegue de la Societe academique de Boulogne-sur-Mer. Vicomte D'ARJUZON , delegue de la Societe franchise pour la conservation des monuments, section de 1'Eure. SAILLBT , delegue de la Societe d'agriculture de la Meuse. PORIQUET , ancien magistral, delegue de 1' Association normande, division de 1'Orne. INSTITCT DBS PROVINCES DE FRANCE. Baroii MERCIER, depute au Corps legislatif, president du Cornice agricole d'Alencon. Vicomte LE JEANS, delegue de Marseille. Marquis DE GALIFAIT, de!6gue de la Societe de statistique de Marseille. DE QUATREFAGES , membre de 1'Institut des provinces , ancien professeur a la Faculte de Toulouse. DE SAINT-GERMAIN, membre de 1'Institut des provinces, a Evreux. MOSELMANN , inspecteur de 1'Association normande , de- legue de St.-Lo. Paul DE WINT , delegue de 1'Academie de Reims. TESTE D'OUET, delegue de 1'Academie de Reims. Comte DE VESVROTTES , delegue de 1'Academie de Dijon. Le vicomte DE POMERETJ , delegue du canton de Duclair (Seine-Inferieure). Comte D'ALVIMARE , inspecteur des monuments historiques d'Eure-et-Loir. Onesime LE ROY , delegue des Societes savantes de Ver- sailles. Baron DE MESNIL-DURAND , delegue de rAssociation nor- mande, section de Lisieux. DE BUZONNIERE, de Tlnstitut des provinces, delegue de la Societe acadeimique d'Orleans. Comte PE TRISTAN , delegue de la me* me Societe. DE VAUTENEY , delegue de la Societe du departement dllle-et-Vilaine. DE LOUVIGNY, delegue de la Sarthe. Arthur DE LA BORDERIE, delegu& de la Societe archeolo- gique d'llle-et-Vilaine. MICHEL, delegue de TAcademie de Metz. Le marquis DE ST. -SEINE, delegue de 1'Academie de Dijon, ONGRES DES ACADEMIES. 5 Victor PETIT , de 1'Institut des provinces , delegue de la Societe archeologique de Sens (Bourgogue). Isidore LEBRUN , delegue de FAssociation normande. Le baron TRAVOT , delegue de la Societe d'agriculture d'Avranches. DE GODEFROY , delegue de la Societe de St.-Omer. Gustave DE LA RENAUDIERE , delegue de Vire. Le comte DE LAMBERTYE , delegue de la Societe d'agri- culture de la Marne. BOULLAY, delegue des Societes savantes de Seine-et-Oise. PETIT DE ROSEN, de Tongres, membre de V Academic d'ar- cheologie de Belgique. F. DU PLESSIS-D'ARGENTRE , delegue dllle-et-Vilaine. CORDIER, delegue de 1' Association normande, an cieu depute, BRIAND, delegue de F Association normande (Orne). CELLIER DU FAYEL , delegue de la Societe d' emulation de Rouen. CHAVIN DE MALAN , de 1'Institut des provinces et biblio- thecaire du palais du Luxembourg. L'abbe LECANU, de la Societ6 des Antiquaires deNormandie. DE LA CHAUVINIERE , ancien directeur du Cultivateur , membre de plusieurs Societes savantes. Jules DE VROIL , delegue de 1'Academie de Reims. Gustave DE LORIERE, delegue du Mans. LIAIS, delegue de Cherbourg. Albert DU BOYS , delegue de 1'Academie de Grenoble. PARCKER, de Londres. Comte DE BARRE , delegue de Verneuil (Eure). PERNOT, delegue de Vassy (Haute-Marne) . Le vicomte DE KERIDEC , du Morbihan, aucien depute. DB BEHAGUE, duLoiret, membre du Conseil general de 1'agriculture. 6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. DE LA BOIRE , president et delegue de la section d'agri- culture de la Societe d'agriculture , sciences et arts de Bayeux. A. DREOLLE , homme de lettres , de!6gue de Libourne. LE TRONNE , delegue de la Societe d' agriculture , sciences et arts de la Sarthe. BIZEUL , de Blain , membre de 1'Institut des provinces , d6- legue de la Societe arch^ologique de la Loire-Inferieure. Sont presents au bureau : MM. le general Petiet , depute au Corps legislatif ; le general Raymond , de 1'Institut des provinces ; Achille Le Clere , membre de 1'Institut ; de Buzonniere, de 1'Institut des provinces , secretaire -general des Congres scientifiques de France ; le marquis de Saint- Seine, d61egue de Dijon ; d'Espaulard, president de la So- ciete du Mans ; le vicomte de Cussy , de 1'Institut des provinces; Duchatellier, de Quimper; le comte de Soul- trait , secretaires , et Gaugain , tresorier. M. le directeur se livre d'abord a des considerations elevees sur le but du Congres des delegues, puis il indique quelles seront les matieres sur lesquelles porteront particu- lierement cette annee les discussions , et donne lecture des principales questions formulees dans le programme im- prime. M. de Caumont rend compte ensuite de 1'etat des publica- tions de 1'Institut des provinces et poursuit en ces termes : II a ete , vous le savez , fonde sous les auspices et la direction de 1'Institut un Bulletin analytique et biblio- graphique des publications faites en province , ce Bulletin a paru regulierement depuis le commencement de I'ann6e 1851. Vous aurez examiner s'il y a lieu d'apporter quelques modifications & cette publication destinee a faire con- CONGRES DES ACADEMIES. 7 naitre , dans toute 1'etendue de la France , les travaux collectifs des Societes savantes et les travaux individuels des hommes studieux. Des ce moment, on doit de sinceres remerclments a ceux qui 1'ont redigee , particulierement a M. Duchatellier qui est charge de la direction. J'aurais a vous rappeler , en peu de mots , ce qui a ete fait 1'annee derniere et les principales resolutions da Con- gres , mais vous avez tous entre les mains, I'Annuaire de Tlnstitut des provinces. Vous avez vula ce que nous avons fait pour traduire en actes les conseils que vous aviez for- mules 1'annee derniere ; ces efforts ne se ralentiront pas , ils deviendront au contraire plus puissants a mesure que les resultats viendront les justifier de plus en plus. Aujourd'hui que le calme et la tranquillite sontretablis, la vie academique et studieuse devra , nous 1'esperons , devenir plus active et plus forte : libres des preoccupations politiques et des inquietudes qu'elles font naitre , nous de- vrons nous reporter avec plus d'ardeur vers nos recherches et nos travaux modestes , qui , pour n'etre pas toujours apprecies des hommes d'Etat, n'en ont pas moins leur importance et leur haute utilite. J'ai maintenant a indiquer 1'ordre des travaux pour la session de 1852. La section des sciences naturelles , physiques et agri- coles se reunira , chaque jour, de 9 heures du matin all heures , sous la presidence de M. le comte de Vigneral. La section des affaires academiques , presidee par M. le vicomte de Cussy , siegera de 11 heures a 1 heure. La section de litterature , beaux-arts et archeologie , se reunira de 1 heure a 3 heures , sous la presidence de M. le comte de Mellet. 8 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. II y aura seance generale au moins tous les deux jours de 3 heures a 5 heures. Get ordre , comme vous le voyez , est le m^me que 1'annee derniere. II est rationnel ; rien ne devait nous de- terminer a le changer. M. le president donne lecture de differentes lettres : M. Woillez, de St.-Quentin, annonce 1'envoi d'une Carte historique et monumentale du departement de I'Oise ; M. Parrat , de Porentruy , fait 1'envoi au Congres d'un nouvel essai ^interpretation des hierogtyphes ; M. Boulange , de Metz , s'excuse de ne pouvoir se rendre aux seances du Congres , et annonce que M. Victor Simon rendra compte des travaux de 1' Academic de Metz ; M. le general Pelet, senateur, s'excuse sur Fetat de sa sante de ne pouvoir accepter la presidence de la commis- sion de geographic ; M. Aymard , secretaire de la Societe academique du Puy , annonce 1'envoi d'une monographic du genre cynodon et d'une autre du genre entelodon, suivies d'un apergu paleontologique du Yelay : plus une note sur le fossile humain de Desine , la premiere qui ait paru sur cette curieuse decouverte , dont 1'importance , dit M. Aymard, est maintenant reconnue par tous les paleontolo- gistes qui ont visite ce beau morceau et le gisement dont il provient ; M. Roux, de Marseille, membre de 1'Institut des pro- vinces , regrette de ue pouvoir se rendre a Paris ; M me . Philippe-Lemaitre s'excuse de ne pouvoir assister aux seances du Congres; M. le comte de Pongibaud exprime le regret d'etre CONGRES DES ACADEMIES. 9 retenu dans son department , ou il est appele a sieger comme jure aux assises ; M. le baron de Stassart exprime son vif regret de ne pouvoir prendre part aux travaux du Congres ; La Societe de statistique de Marseille designe MM. de Caumont , le comte de Villeneuve et le marquis de Gallifet pour la representer au Congres ; La Societe d' agriculture , des sciences et des arts de Boulogne-sur-Mer , charge M. de Clocheville de vouloir bien la representer au Congres ; M. Le Vot, bibliothecaire de la marine a Brest, membre de 1'Institut des provinces, s'excuse de ne pouvoir prendre part aux travaux du Congres ; M. Le Glay , archiviste du departement du Nord, adresse une notice sur les travaux scientifiques de la ville de Lille; M. Thibault , de Clermont, erivoie une note sur les travaux des architectes diocesains ; La Societe des arts et des sciences de Carcassonne , delegue MM. Mahul , Jouy et Dupre pour la representer au Congres ; L' Academic de Macon delegue M. le eomte de Soultrait ; La Societe d'agriculture de la Haute-Sa6ne delegue M. le marquis de Saint-Seine pour la representer au Congres. Plusieurs autres lettres ou notes renfermant des docu- ments sur les travaux des Societes savantes des departe- ments en 1851, et divers memoires manuscrits ou imprimes sont renvoyes a M. de Cussy , president de la section des affaires academiques. M. de Caumont fait part a Tassemblee de la question suivante qu'il trouve deposee sur le bureau : Quelles sont pour Favenir les questions a formuler et a resoudre 10 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. au sein des assises scientifiques convoquees dans les de- partements par 1'Institut des provinces. II pense que la formation d'une commission est necessaire pour exa- miner cette question et soumettre a 1'assemblee les conclu- sions qu'elle croira utile de prendre : il designe MM. de Kergorlay , Gomard , Mahul , du Moncel et Calmard de la Fayettepour faire partie de cette commission. D'autres commissions sont successivement designees : 1. Pour examiner la carte monumentale de 1'Oise par M. Woillez : 2. Pour indiquer les modifications a introduire dans la redaction du Bulletin bibliographique : La premiere sera composee de MM. Victor Petit , de Soul trait , de Bonneuil. La seconde de MM. Duchatellier , Bordeaux , de Soul- trait , de Cussy , Derache. Les membres du Congres sont ensuite invites a se par- tager de maniere a donner leur temps aux etudes prepara- toires qui se feront dans les sections. M. de Moselmann, delegue de St.-Lo , regoit la parole pour traiter la question du programme ainsi congue : Quelle impulsion doivent donner les Societes d'agricul- ture et du commerce a la navigation interieure , au per- fectionnement des canaux et a la recherche de nouveaux debouches ?. ; il s'exprime ainsi qu'il suit : CANAUX ET CHEMINS DE FER. Une des questions les plus importantes pour I'industrie, 1'agriculture et me"me pour la vie priv^e, telle que la civi- lisation nous 1'a faite , est la question des transports. On ne saurait croire , lorsqu'on ne fixe pas son attention sur ce CONGRES BES ACADEMIES. 11 point, quel r61e immense il joue dans la vie moderne et combien toutes les questions qui s'y rattachent sont vitales pour une nation. Quel est I'industriel ou I'agriculteur qui, dans son compte de revient , ne voit pas les transports tenir une place considerable en temps et en argent? Quel est le par- ticulier d'une vie un peu active qui ne soit force" de compter dans sa depense une proportion enorme pour sa locomotion ? Tout ce qui tend done a augmenter la vitesse et la facilite des transports tout en diminuant leur prix. merite une etude approfondie et surtout impartiale; c'est a ce point de vue surtout que nous appelons votre attention sur les courtes reflexions que nous allons vous presenter concern ant les chemins de fer et les canaux. Jusqu'a present la plupart des livres , memoires , articles faits sur cette matiere ont ete traites dans un but de riva- lite et de comparaison hostile , soit a un systeme , soit a 1'autre. Que Ton nous permette de prendre la question d'un point de vue plus eleve, plus philosophique et, selon nous, plus utile. Pour nous qui reconnaissons 1'immense avantage des uns et des autres , qui ne voulons , a aucun prix , sacrifier ni les chemins de fer aux canaux , ni les canaux aux chemins de fer , nous allons considerer avec impartialite quel pourrait eHre leur admirable role , si , loin de vouloir se faire une concurrence insensee , ils com- prenaient qu'ils sont indispensables les uns aux autres et que leur prosperite depend deleur accroissement reciproque. Voici , selon nous , le r61e de chacun : 1. Les chemins de fer. Les voies de fer transporteront tout ce qui a besoin d'etre porte rapidement d'un lieu a un autre , lorsque le volume, le poids et la nature des objets a transporter le permettront. 12 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Ainsi : correspondance, voyageurs, objets manufactures ou Ton paie le transport seulement de la matiere utile, objets pre"cieux representant un capital important, viandes abattues, poissons dont la qualite serait alteree par une longue route. Mais il est d'autres objets qu'ils ne peuvent transporter qu'a leur propre detriment, a eux, ainsi qu'a celui des matieres elles-me'mes ; d'autres enfin qu'il leur est com* pletement interdit de charrier. Les charrois qu'ils ne peuvent faire qu'a leur detriment sont ceux : des matieres pondereuses , telles que minerals, materiaux de constructions , engrais et tous ceux dont le poids enorme defonce les voies , exige une puissance de traction considerable et representent un rnince capital , et tous les materiaux ou matieres qui doivent supporter un dechet avant leur eniploi definitif de telle sorte que le prix de transport qu'on leur affecte se trouve augmente par tout le poids inutilement remue des dechets. Les charrois qu'ils ne peuvent faire qu'au detriment des matieres transporters sont, par exemple, celui des matieres qui craignent un tamisage ou tassement par suite des chocs repetes ; ceux enfin qu'ils ne peuvent faire a aucua prix ; ce sont les pieces toutes faites qui d6passent la lar- geur de la voie ou la longueur des wagons. Reste maintenant une question importante , c'est celle des chargements fraetionnes qui exigent une main-d'ceuvre extrSmement chere. Prenons pour exemple les houilles : supposez qu'il vous faut transporter par voie de fer le chargement d'un bateau ordinaire : que de wagons, que de porteurs , que de temps et que de frais ! Nous n'in- sisterons pas sur ces verites si evidentes et nous diron& encore une fois : aux chemins de fer , les matieres ouvrees, COttGRES DBS ACADEMIES. 13 les voyageurs , les dep&ches , les matieres alimentaires putrescibles , etc. , etc. Mais , au nom du ciel , ne dormez pas a un cheval de course la charge d'un elephant. Voyons maintenant le r61e des canaux ; d'abord comme moyen de transport. Cette question est beaucoup moins connue en France que celle des chemins de fer ; car notre pauvrete , a cet egard , est veritablement bien triste ! aux Etats-Unis , on compte un mille pour 5,000 habitants ; en Angleterre . un millepar 9,000 ; en France un mille par 13,000 !1 et encore les canaux faits ne se communiquent pas : Feau leur man- que souvent. Si la comparaison etait faite par mille actif, utilise , quel chiffre ininime nous montrerions ! Nous avons tres-peu de canaux et Ton s'en sert tres-peu. On commence par faire de grands travaux , longs et neces- sairement interrompus par le manque de fonds. Les popu- lations riveraines apprennent a mepriser le canal avant qu'il ne soit fait ; puis viennent les tarifs a payer , les bateaux a construire, et quand on considere la navigation des canaux en France , on voit qu'elle est presque nulle malgre 1' argent qu'on a depens6 pour la creer. Et cependant c'est aux canaux a faire justement 1'ou- vrage que les chemins de fer ne peuvent accomplir : les minerals, les pierres, la chaux, le platre, la houille, les engrais , les bois . les grands objets en fonte , tels que volants , arbres et autres details de machines , voila leurs chargements : ils doivent porter a 1'industrie et a 1'agri- culture ces matieres premieres soumises a tant de dechet , que les chemins de fer rapporteront une fois fabriquees. Aux canaux done toutes ces matieres lourdes ou sujettes a d'enormes dechets : puis le transport vers les ports de mer ou le chargement peut s'efifectuer largement et facilement* 14 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Voici , selon nous , le r61e des uns et des autres quant aux transports. Mais il est deux questions incidentes que Ton ne peut passer sous silence quand on parle des canaux. L'une de ces questions , celle de 1'emploi des forces des chutes , interesse au plus haut point I'industrie , 1'autre , celle des irrigations , est vitale pour 1' agriculture. Des chutes. Quand on construit un canal , il existe necessairement des endroits ou une pente tres-decidee determine une chute qui peut 6tre tres-faible ou tres-forte. Eh bien, aujour- d'hui , ces forces sont entierement perdues ; et il serait de la plus haute necessite d'etablir la faculte d'exproprier les terrains attenant a la chute , de maniere a ce qu'une usine puisse s'y etablir. Quand la chute sera faible , elle pourra faire mouvoir des machines agricoles qui ne de- mandent pas une force considerable ; une machine a battre par exemple ; quand elle sera plus forte , un moulin , une tannerie, une machine a broyer des engrais , etc. Irrigation. Quant a I'irrigation , c'est avec un profond sentiment de honte que nous dirons que la France possede a peine 94,600 hectares de terrains arroses ( et Ton sait quel mode d'arrosage imparfait et souvent nuisible est employe ) ! tandis que la Lombardie , ce pays si peu considerable , en possede 400,000 hectares. Et cependant que de facilites la France ne possede-t- elle pas pour etablir avec les canaux de transports de magnifiques canaux d'irrigation. CONGRES DBS ACADEMIES. 15 On ne salt pas encore la valeur d'arrosements biea fails. Void le compte d'un canal dans les Hautes-Alpes ( canal des Herberts } fait en 1774 et qui a 28,000 de longueur , pour amener Feau de la Serveze. Avant le canal ,. les 1,800 seterees valaient 40 fr. Tune , immediatement apres 1'arrivee de 1'eau , elles s'eleverent a 300 et sont main ten ant a 900 fr. Autrefois le plateau valait 74,000 fr. et ne rapportait que 2,000 fr. de pacage ; maintenant on 1'estime 1,600,000 fr. et il en rapporte 80,000 ; et c'est cependant dans une latitude tres-froide. II y a dans les arrosements bien faits des millions de millions a donner a 1'agriculture ; et , ne 1'oublions pas , c'est la qu'est la richesse , c'est la qu'est la force , c'est la qu'est le pays. Conclusion. Que Ton ne voie pas , nous en serions desoles , dans cet eloge des canaux une attaque centre les chemins de fer : encore une fois , nous repetons que nous ne concevons pas J'un sans 1'autre ; qu'ils ne peuvent que gagner a leur prosperite mutuelle et s' en tr' aider de telle sorte que le pays y trouve d'enormes richesses. II faut que 1'un fasse le gros ouvrage , 1'autre le travail rapide ; ii faut qu'ou 1'un ne pent passer 1'autre s'etablisse ; il faudra aussi que souvent ils s'ajoutent bout a bout , de maniere a se completer Tun par 1'autre. Souvent on s'ent&te a vouloir faire passer un canal surune moutagne; ce qui exige des travaux enormes et ne reussit que tres- imparfaitement. Si Ton etablissait un rail-way qui put porter sur des trues les bateaux d'un revers a 1'autre , les frais seraient bien moindres et les travaux plus faciles. Ce n'est qu'a cette condition que nous pourrons donner a 16 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. noire Industrie et a notre agriculture une impulsion se* rieuse qui doublera , centuplera nos richesses. MM. le general Raymond , de Buzonniere , le baron de Montreuil et de La Boire, presentent diverses considerations sur le m&me sujet , apres lesquelles 1'assemblee decide qu'avant de prendre une conclusion , la question sera ren- voyee a une commission qui en fera son rapport. Cette commission , designee par M. le president , se compose de MM. de Montreuil, Moselmann, de La Boire, Raymond et de Buzonniere. La question denouveaux debouches a creer aux produits de 1'agriculture etde 1' Industrie agricole est ensuite posee. M. Moselmann fait remarquer que Fetablissement des chemins de fer rayonriant de tous les points de la France sur Paris a cree , au profit des departements du centre de la France et de ceux places a une certaine distance , une occasion d'apporter leurs produits sur le marche de Paris et de faire ainsi une tres-redoutable concurrence aux de- partements plus rapproches de la capitale qui , a raison de 1' elevation des prix de la terre , n'ont pu baisser leurs prix de maniere a soutenir toujours avec avantage la de- preciation survenue dans les cours ordinaires du marche parisien. C'est par ces raisons que la Normandie en- tr'autres a du s'ingenier pour se creer des debouches de 1'autre c6te de la Manche et que les exportations de bes~ tiaux et debeurre ont du surtout appeler toute son atten- tion. Seulement , dit Torateur, tout n'apas ete fait pour le succes dans ces entreprises , et si la qualite du beurre n'a pas ete toujours suffisamment recherchee de la part des expediteurs, Tengraissement et 1'elevage des bestiaux n'ont pas non plus peut4tre ete diriges de maniere a CONGRES DES ACADEMIES. 17 satisfaire completeraent les gouts du consommateur an- glais. M. de Laboire fournit des details tres-circonstancies sur la fabrication des beurres d'Isigny et prouve que les produits de cette provenance sont encore les plus recherches , et qu'ils seront long- temps encore enmesure de primer, tant a 1'etranger qu'a 1'interieur , les produits de mme nature qui pourront leur faire concurrence. M. Cordier , ancien representant , fournit de son c6te de tres-curieux details sur les conditions d'age et d'engrais- sement dans lesquelles doivent se trouver les animaux destines aux boucheries de Londres et de 1'Angleterre. Plusieurs exportations ont ete mauvaises et desas- treuses, parce que les animaux expedies n'etaient pas bien prepares. M. Duchatellier dit en parlant de la Bretagne que les ex- peditions qui ont ete faites par le port de Morlaix a desti- nation de 1'Angleterre ont manqu6 leur but par les me"mes causes, et que dans une ou deux circonstances les expedi- teurs , apres avoir remis leurs animaux pendant quelques jours dans les herbages voisins de Londres , n'ont pu les refaire assez promptement pour se couvrir de tous les frais de 1' operation. II est cependant officiellement etabli par la douane que de tres-importantes exportations se font depuis quelques annees des ports de la Manche pour 1'Angleterre. II ne s'agit done , pour conserver ce debouche et le deve- lopper, que d'apporter dans la preparation des animaux a exporter le soin tres-arre"te de se conformer aux gouts du consommateur d'Outre-Manche. M. le marquis de Saint- Seine, vice-president dela com- mission departementale des antiquites de la C6te-d'Or , 18 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. appelle 1'attention du Congres sur les travaux qui s exe- cutent en ce moment a Dijon pour I'achevement de Fancien palais des etats de Bourgogne, aujourd'hui l'H6tel-de- Ville. II expose que le 18 septembre 1851 , le Conseil des bail- ments civils a adopte pour ces constructions un plan qui conserve deux monuments d'une haute importance au point de vue historique et archeologique , la Tour de Bar et les Cuisines des Dues , que posterieurement et au moment me"me ou les travaux adjuges allaient s'executer , le Conseil municipal de la ville de Dijon parait avoir decide qu'un plan nouveau , qui compromet Texistence d'une partie de ces monuments, serait substitue a celui qui avait regu Tap- probation du Conseil des batiments civils. Par ces motifs , M. le marquis de Saint-Seine demande que le Congres prte 1'appui moral de son influence pres de M. leMinistre de Tinterieur, a la conservation de monu- ments classes depuis long-temps parmi les monuments his- toriques. M. Achille Le Clere , membre de 1'Institut et du Conseil des batimeuts civils , appuie la demande de M. de Saint- Seine. Le Congres prenant en consideration la proposition qui lui est faite , considerant que la question soulevee interesse a la fois 1'histoire et Tarcheologie , que des-lors elle ne saurait lui e*tre etrangere , Emet le voeu que M. le Ministre de Tinterieur maintienne pour les constructions a executer a FH6tel-de-Ville de Dijon le plan adopte par le Conseil des batiments civils le 18 septembre 1851. M. Duchatellier recoit la parole sur la premiere question du programme et s'exprime ainsi qu'il suit : CONGRES DBS ACADEMIES. 19 MfiMOIRE DE M. DUCHATELLIER. MESSIEURS , La premiere question de votre programme, qui est ainsi congue : Quelles modifications les Societes savantes de Paris et des departements devraient-elles introduire dans leurs statuts pour se mettre en harmonic avec les faits academiques actuels et avec 1'extension des etudes , est sans contredit une des plus graves qui put vous 3tre soumise ; mais aussi certainement une de celles qui meritait le mieux votre attention. Nous appartenons tous , de pres ou de loin , a une ou plusieurs societes dont les travaux nous sont conn us , dont 1'existence nous interesse. Je pourrais vous demander , Messieurs , s'il en est beaucoup qui prosperent ; s'il en est beaucoup dont 1'histoire et le passe repondent a tout ce qu'on s'etait promis , a tout ce qu'on devait justement attendre. Elle serait longue , sans doute , la chronique des Societes de departement, et certainement semee de details tres-curieux , tres-instructifs , tres-honorables pour le pays ; mais elle laisserait voir aussi bien des moments de tiedeur , bien des lacunes de complete improduction ; des epoques prolongees de decouragement. Vous savez toutes ces choses t Messieurs ; vous les avez touchees du doigt , signalees m&me : et nous vous avons surpris, comme nous nous sommes surpris nous-mme, profondement affliges de ses resultats t plus affliges encore de ne pouvoir y porter remede. Et tout d'abord ne nous en defendons pas : si nous vou- 20 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Ions conserver aux serieuses et fortes Etudes faites dans les d6partements 1'avenir qui leur est du, il faut parer a ces desastres , apporter un remede sur et prompt a cet etat de choses , que je ne veux pas appeler de la d6faillance , mais que vous reconnaitrez certainement avec moi pour tre , dans beaucoup de cas , un dep6rissement alarmant et in- contestable. Comment en douterions-nous ? Est-ce que les Congres, cette utile institution de notre age , qui a deja rapproche tant d'hommes habiles et puissants par la pensee , qui a remue, depuis bient6t vingt ans, tant d'idees, tant de faits, tant de doctrines, qui a donne des points de reunion a tous les hommes engages dans la vie intellectuelle du pays; est-ce que les Congres , dis-je , ne sont pas la preuve avouee et hautement dite de Tinsuffisance des Socie" tes locales que leur position a isolees ou tenues 61oignees des grands cen- tres d'activite. Dans un autre ordre d'id6es , ce que nous faisons ici , en creant un point de reunion , ce que nous avons fait par la creation d'un Bulletin bibliographique destine a relier tous les travailleurs entr'eux et a faire con- naitre leurs ouvrages ; ce que le gouvernement a fait de son cote en creant les comites historiques de Tinstruction publique , en consacrant un bulletin a leurs recherches comme nous avons nous-m^mes consacre les proces-verbaux de nos Congres a la propre histoire de nos efforts et de nos Etudes ; toutes ces choses , disous-nous , ne temoignent- elles pas du besoin que nous ressentons tous? Ces faits et ces circonstances ont apport6 un tres-utile concours au mouvement que nous sollicitons , a 1'impulsion reelle des bonnes etudes : cela est incontestable. Mais ce mouvement lui-me'm.e, comment s'est-il fait , qu'a-t-il ete au fond , que peut-il garantir pour 1'avenir? Ce sont la autant CONGfcES DBS ACADEMIES. 21 de questions qu'il faudrait examiner , une a une , si nous avions le temps; qu'il faut au moiiis etudier en bloc et rapidernent , si nous voulons nous rendre un compte exact de ce que nous pouvons attendre des efforts que chacun de nous accepte et multiplie dans la plus louable intention. Pour repondre a toutes ces questions a la fois il suffit en quelque sorte de rentrer en nous-meme, de revenir aux Societes locales auxquelles nous appartenons les uns et les autres, et de nous avouer sans honte et sans detour ce qui s'y fait a de tres-petites exceptions pres. Un homine actif , intelligent, ami d6voue de son pays, adorateur zele des lettres et de la science , se trouve-t-il dans une cite , au chef-lieu d'un departement ou ailleurs , tout , pour un instant , s'anime de son zele , s'illumine et s'eclaire de ses ardeurs. S'il n'y a pas de Societe , il s'en cree une : c'est ordinairement pour quelque chose d'une utile application qu'elle commence. Quelques hommes plus ou moins lettres veulent avoir une bibliotheque : on la fonde; un vieux dep6t existait, et il s'enrichit, d'abord de dons particuliers, de dons electoraux, d'immunites gouver- nementales , puis des souscriptions un peu , et des alloca- tions municipales quand il se trouve un conseil 6claire et ami des bonnes etudes : des-lors on lit dans la localite ; deux ou trois hommes travailleiit ; il se fonde me"me des collections , soit d'histoire naturelle , soit d'art , soit d'ar- cheologie ; et , a un moment donne , la Societe savante , outre ses proces-verbaux , a aussi ses memoires imprimes, ses collections, voire me"me ses gloires departementales. Mais cet apogee atteint , que devient la Societe ; quelle vie a-t-elle; de quel avenir s'est-elle assure? enfin quelle loi de progres et de developpement a-t-elle par elle-me'me ou par ce qui 1'entoure? 22 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRA.NCB. Vous comprendrez , Messieurs, pourquoi je ne m'eten- drai pas sur cette partie de mon sujet , et pourquoi , au lieu de rechercher toutes les circonslances intimes et de vie privee en quelque sorle qui dominent la matiere , je me contenterai de vous rappeler a lous ce qui s'est passe dans le sein de vos propres Societes pour procurer des auditeurs , d'abord a ceux qui voulaient bien y faire des communications, des lectures , un public ensuite a ceux qui consentaient a livrer a la publicite le fruit de ieurs veilles. Tout est la suivant nous. Et si chacune de nos Societes avait des auditeurs pour ses communications , et des lecteurs pour ses publications , tout serait dit. Mais des auditeurs , Messieurs , jusqu'a un certain point nous les avons trouves et nous les trouvons toujours dans nos grandes reunions centrales , dans nos Congres enfin , dans ces nombreuses et bieaveillantes assemblies ou tant d'homraes avides de savoir et justement tourmentes du besoin de communiquer entr'eux , viennent cordialement et avec le plus aimable abandon , echanger Ieurs idees et se mettre en rapport avec tous ceux qui , dans la ligne de Ieurs etudes, ont un acquis quelconque a mettre en coramun. II ne peut pas y avoir le plus leger doute sur ce re- sultat ; et pour tous ceux qui , depuis un certain nombre d'annees , ont suivi les Congres scientifiques et r6gionaux de la France , il est certain , il est incontestable , que toutes les grandes etudes faites dans les departemeuts ont et entreprises dans la vue plus ou moins arre"tee de prendre date et rang dans les Congres et de consigner dans Ieurs proces-verbaux les resultats acquis ou entrevus. Mais de leur c6t6 les Congres ont-ils pu repondre com- CONGRES DBS ACADEMIES. 23 pletement a ces desirs et a ces besoms : nous croyons que non , et notre raison de le dire , c'est qu'en dehors des seances, les Congres n'ont eu d'autres moyens d'action, que leurs proces-verbaux ; et que ceux-ci nous paraissent tres-insuffisants pour cet objet. Qu'est en effet un proces- verbal de Congres? la reproduction bien incomplete, souvent inexacte , presque toujours tronquee, d'une suite de seances rapidement ecoulees , pleines de communica- tions qui se pressent, qui ne sont pas toujours classees suivant leur veritable importance , et qui se disputent avec la parole feconde et facile de certains orateurs le tres -court espace de quelques feuilles , qui , en breves interlocutions, doivent donner au Congres lui-menae le plus de relief possible. Restent quelques memoires, justement publies in extenso , mais qui , avec les proces-verbaux eux-me"mes , ne paraissent qu'a des termes fort 61oignes et quand tout 1'interet anim6 des seances s'est en quelque sorte efface lui-meme de la memoire des membres de la reunion , seuls appeles ou a peu pres a recevoir ces volumes de proces- verbaux quand , le plus ordinairement , une annee s'est deja ecoulee. C'est n'avoir fait que la moitie de la besogne , et si jusqu'a un certain point 1'histoire de nos travaux et encore plus de nos efforts a tous se retrouve dans les proces-verbaux de nos Congres , nos travaux eux-me* mes ne sauraient y avoir qu'une place bien faible et completement iusuffisante. La est toute la question et tout le mal aussi de notre propre situation : de grands travaux personnels se sont faits depuis quelques annees, de louables et courageux efforts se sont repetes a bien dire de tous les points du sol, mais nos Societes elles-memes, ces Societes, qui sont dan? nos departements notre vie de tous les jours, qu'ont- 24 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. elles fait , qu'ont-elles produit , quelle action surtout ont- elles eu pour 1'utile et solide developpement des lettres? Pen vois qui ont des seances tons les mois , beaucoup qui ne se reunissent que deux ou trois fois Fan ; quelques- unes qui publient un volume par exereice , un tres-petit nombre qui essaient de se rammer par des publications mensuelles.... mais lelecteur, le public de ces livres et de ces memoires ou se trouve-t-il ? Un cercle de plus en plus retreci formant le personnel de la Societe de 1'arron- dissement ou du departement constitue la modeste galerie au sein de laquelle ses efforts naissent et s'eteignent ordi- nairement. Or, je le demande, est-ce un tel cercle, un tel public d'amis fideles et fort eclaires sans doute , mais sans echo comme sans rayonnement au dehors qui fera germer de grandes ceuvres et pourra les echauffer de cette vie qui fait la gloire des lettres et de ceux qui les culti- vent. Vous ne le pensez pas et vous savez que non, Messieurs. Nous ne craignons done pas de le dire : pour ranimer nos Societes departement ales, il faut leur donner ce qui leur a toujours manque, un horizon plus vaste , un champ de publication mieux approprie a leurs besoins , un public et des lecteurs qui apprennent a les connaitre et a les aimer. Eh bien ! nous ne croyons pas cela impossible , nous le croyons m^me facile, pratique, et tout a notre portee, si le gouvernement justement ami des lettres veut bien nous seconder , si les Societes elles-memes veulent s' aider , car sans leur concours devoue rien n'est possible. Dans notre pensee il suffirait que vous voulussiez bien autoriser, des ce moment, votre commission perma- nente a tenter de reunir en un corps de memoires les plus travaux <3e la province ; et , pour cela , faire un CDNGRES DBS ACADEMIES. 25 nouvel appel aux Societes departementales qui se font habituellement representer a notre Congres. C'est deja pour elles que le Bulletin bibliographique a ete cree : Nous leur demandons des aujourd'hui, pour le moment ou elles publieront leurs Memoires, de vouloir bien, a chaque emission de ces ecrits , faire tirer a part 100 a 150 exemplaires des Memoires qu' elles voudraient faire entrer dans le recueil des Archives ddpartementales qu'il est urgent de fonder. Ces Memoires , tires a part a 100 ou 150 exemplaires , et presque sans frais , puisque ce serait sur la composition faite au compte des Societes pour leurs propres volumes , seront remis a votre commission permanente qui les clas- sera et les reunira a ceux des autres Societes qui ferqnt des envois du me'me genre. Ainsi classes et reunis par les soins de votre commission , ces Memoires seront assembles en volumes avec une table raisonnee par ordre de malieres , et aussit6t envoyes a toutes les Societes qui vous auront elles-m&mes fait des envois , ou qui se seront associees a vos travaux ; de sorte que chaque Societe et chaque travailleur, au lieu d'etre reduits au cercle etroit d\m public resserre dans les limites depar- tementales , auront de suite toute la France et le monde savant pour juges et pour appreciateurs. Je m'arrete, Messieurs, car cela n'a besom , ni d'expli- cations , ni de commentaires . Au lieu d'etre reduits a trois ou quatre lecteurs dans le sein des Societes auxquelles vous appartenez , votis aurez Toccasion de faire parvenir votre pensee a tous ceux qui orit interest a la connaitre et qui sont capables de la discuter. Je ne crois pas me tromper , Messieurs , en vous disant qu'un pareil mode de proceder changerait presque comple- 26 INSTITUT DBS PROVINCES I>E FRANCE. tement la vie de nos Societes et rendrait a leurs travatilleurs I'importance et le rang qu'ils n'auront jamais tant que leurs travaux ne seront ni conn us , ni justement apprecies. Je me resume en deux mots : isoles dans les departe- ments et les villes de province , vous avez cree les Con gres , et la discussion animee de la parole a fait connaltre tout ce qui se faisait ou se tentait loin de Paris sur tous les points de la France.... mais souffrez que je le dise : ces Congres n'ont jamais ete et ne pouvaient e"tre qu'une sorte de programme , un cadre pour beaueoup de travaux a signaler ou a entreprendre il faut auiourd'hui faire con- naitre plus completement les travaux qui ont ainsi ete annonces ou entrepris ; apres avoir dit ce qu'on faisait , il faut montrer ce qu'on a fait. LES CONGRES pour eclairer et activer la pensee merne du travail; LES ARCHIVES DEPARTEMENTALES pour montrer ce qu'on a fait ; pour realiser notre contingent dans les sciences et dans les iettres ; pour livrer enfin a une veri- table publicite ce qu'il peut y avoir d'utile et de pratique dans ce que tant d'hurnbles travailleurs entreprennent chaque jour dans le silence de la province. Et pourquoi, dans ces ciroonstarices , le gouvernement ne nous aiderait-il pas de son concours ; vous remarquiez comme moi , dernierement , la grace toute royale avec laquelle le roi de Prusse , apres avoir splendidement res- taure le palais Barberini a Postdam , en livrait les plus beaux appartements aux Societes savantes de cette petite ville : nous n'aurons jamais besoin de rappeler de pareils exemples a 1'illustre chef qui nous a permis , depuis si long-temps, de placer son nom a la tete de notre institu- tion. Nous devons &tre surassures de trouver en lui le bienveillant appui dont nous pourrons avoir besoin. . ES ACADEMIES. 27 A quoi sert-il que je vous entretienne plus long-temps de la gravite de la question. La reconstitution des hautes Etudes litteraires dans les departements , par le concours des Societes savantes , est a la fois une question de morale et d'ordre public : a ces deux titres elle sera comprise de tous. r -f -r t r f rv Yjr Conclusions. Le Congres fonde, a partir de ce jour, un recueil appele ARCHIVES LITTERAIRES ET SCIENT1FIQUES DES DEPARTEMENTS destine , avec LE BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE deja existant, a elargir les relations des Societes departemen tales avec le monde savant; la commission permanente chargee de 1'execution de ce projet voudra bieri y aviser par toutes les demarches convenables et par une note envoyee a toutes les Societes des provinces. ^ M. R. Bordeaux dit qu'il ne partage pas 1'opinion de M. Duchatellier sur les moyens qu'il propose dans le but d'activer les travaux des Societes de departement. Suivant lui, 1'inactivite de la plupart de ces Societes et le peu d'importance de leurs travaux vienneut de ce que toutes les etudes y sont coufondues, et que la science elle-me'me n'est ni classee ni hierarchisee comme elle devrait l'e"tre. Pour donner une direction et une activite nouvelle aux Societes des departements, il faudrait d'abord les distinguer , les classer entr'elles ; il faudrait regler a la fois leurs attri- butions et leurs circonscriptions ; aux unes les recherches purement locales ou les etudes dirigees vers un but special et marque a Tavance; aux autres des travaux d'une plus grande ctendue, d'une plus haute portee aussi, de telle sorte que la Societe d'arrondissement serait difTerente de cello de departement, et celle-ci de la grande circonscription. provinciale , qui aurait a sa t6te une academic superieure 28 INSTITT7T DBS PROVINCES DE dont le nombre des membres serait limite et dont 1'autoriteS par la superiority et la nature inline des travaux , ne tar- derait pas a s'etablir pour les etudes des Societes secon- daires de la circonscription , dont elle prendrait ainsi la direction morale et toute bienfaisante. M. Calmard de La Fayette , repondant h M. Bordeaux , croit que cette organisation est impossible , qn'elle man- querait d'ailleurs son but en ce qu f elle arr&terait souvent, dans les etudes co-name dans les recherches , des develop- pements qui ne sont pas toujours faits de la maniere la plus utile dans les grandes villes ou M. Bordeaux paraft vouloir placer ses academies superieures. Puis , ajonte-t-il , qui done serait juge du merite qui devrait conduire a faire partie des academies ainsi superposees en autorite et en influence su parce qu'ils etaient ', (f v 34 INSTltUT DES PRCiViNCES DE situes dans sa terre de Sormery. II se desista de ses pre^ tentions moyennant 300 arpens de bois. J'ai vu chez un notaire de Neuvy, village pres de Sor- raery, un pied oil tige en fer forge a trois branches , qu'ofi m'a dit provenir des ferriers de Sormery ; mais cet objet He presentait pas dd caracteres suffisants pour tre facile- ment date. La profession de mineurs , d'ouvriers de grosse forge , de maitres de forges , etait alors tres-repandue. On donnait le litre de maitre au direcfeur de la forge, nom qui est reste 1 aux chefs de ces etablissements* Les forges efaient nombreuses e( s'exploitaient par des fermiers qui les prenaient a bail a courte duree. Ainsi, en 1383, Tabbaye St.-Marien d'Auxerre amodia a Henry Moque et a Hetiry Hette Alemens, ouvriers de grosse forge , un quartier de terre situe dans le bois de 1'Etang , pres Auxerre, pour un an , pendant lequel temps lesdits ouvriers pourront y traire myne a faire fer, tant qu*ils pourront , pour Toeuvre d'une forge seulement , moyennant 15 francs d T or et 15 pois de fer chacun de 3 pieces de fer. Precedemment , un autre ouvrier de forges appele Mai- sieres avait loue une autre portion de ce terrain. En 1395, un denombrement de la terre de Pony, pres Courgenay , arrondissement de Sens , fait mention de la mine que Ton prend dans les bois pour faire fer (1). Du m&me c6te , mais dans Je departement de 1'Aube , a Rigny-le-Ferron , on travaillait le fer dans le XlV e . et (e XV e . siecles , car on voit souvent dans les comptes de ce temps des achats de fer et de clous qui se font dans ce (1) Fonds de Parchevecli de Sens, Archives de 1'Yonne* CONGRES DBS ACADEMIES. 35 3ieu pour 1'usage de la cathedrale de Sens et d'autres edifices. Son surnom 1'indique du reste ; mais cette In- dustrie est eteinte aujourd'hui. Les forges d'Andresy, pres de Courtenay, sur la riviere de Clery , sont connues au XV e . siecle. Les moines de St.-Pierre-le-Vif de Sens les fondent en 1446 , en donnant a bail a M. de la Hongre, seigneur de Villeneuve-la-Don- dagre, trois saulx de moulins en ruiue , a charge d'y elever au moins deux forges a fer. II devait prendre de la mine dans les bois du prieure d'Andresy. La redevance etait de 100 sous par an. Les heritiers du premier bailleur donne- rent a leur tour les torges a exploiter a des forgerons qui leur payaient une redevance en fer. En 1475 , damoiselle Gilette de Hongresse , proprietaire des %3 des forges, re- cevait 2,600 livres de fer par an. Les moines rentrerent par la suite dans la possession des forges d'Andresy, et les amodiaient, en 1512, 30 livres tournois et 2000 livres de fer. Quelques annees apres , ces forges cesserent d'etre en activite (1). L'archeveque de Sens , Tristan de Sallazar , autorisa , en 1483 , noble homme Jehan de Pesme, ecuyer, maitre des forges de Fossemore , a prendre la myne pour fere fer dans les minieres de la terre de Villefolle , pres Ville- neuve-le-Roi. Le bail fut fait pour 12 ans, a 9 livres par an. En 1487, ce m^me Jehan de Pesme, maitre de la forge des Preaux , commune de Chaumot , amodie de nouveaux minerais a Villefolle (2). A Villiers-sur-Tholon , a Escamp, sur le rocd'Avigneau, il y avait , au XV e . siecle , des forges qui fur en t detruites dans les guerres. (1) Archives de Fabbaye de Sl.-Pierre-le-Vif. (2) Fonds de Tarchev^che de Sens, 36 INSflftTT DES PROVINCES DE Les archives de I'eve'che d'Auxerre nous apprennent aussi qu'en 1480 les forges d'Entrains furent mises sus , c'est-a-dire fonddes. A la me"me epoque, il y avait dans les bois de Varzy ( Nievre ) , a une demi-lieue de Corbelin , un canton qu'on appelait le bois du Laitier. On y tirait de la mine ou laitier pour faire mine a fer qu'on menoit a la forge de Croisy. On en prenait encore dans d'autres parties des me'me bois , et Ton payait a l'6v^que 4 livres par an de droit de f err age (!}. En 1489, le seigneur de Senan , pres Joigny, avait dans sa terre des forges at faire fer et des forges a faire acier. En 1493, 1'archeve'qiie de Sens fit etablir des forges dans sa terre de St.-Julien-du-Sault , et donna a cet effet 500 livres a messire Le Thegneux, maitre de la forge. Cette exploitation acquit un certain developpement. En 1518, Jehan Balthazar , qui difigeait ces forges, les ceda a noble homme P. Balthazar, son fils , moyennant 80 livres de rente annuelle. Elles etaient assises sur le grand ruisseau de St.-Julien, et se composaient de batiments , maisons , pres et dependances, avec ustensiles , trois harnois de 14 chevaux, avec le bois, charbon, mynes, etc., aprendre es terres de St.-Julien et ailleurs , et de plus le bail pour prendre de la mine dans la seigneurie de Pr6cy. Le prelat qui avait fonde eette forge la legua en mourant a ses successeurs, Elle rapportait 13 milliers de fer par an (2). Suivons 1'ordre chronologique. En 1514, noble homme M e . Severin Balthazar, probablement parent des maltres (1J Fonds de rgveche" d'Auxerre, Archives de I'Vcnne. (2) Archives de Feveche de Sens* DES ACADEMIES. 37 de St.-Julien , etait maltre des forges de Villiers-St.- Benoit (1). En 1531 , le chapitre de Sens ceda les forges de Lompy- sur-St.-Aubin'-Chateau-Neuf pour 5 sous de rente per- petuelle. En 1542, Jehan Colas dit Sonnet , maltre de la forge a fer d'Alibeau-sur-St.-Martin-des-Champs , loue a Jean Constant, maitre de forges a Roncheres, la forge d'Alibeau, moyennaut 225 livres , dont une partie etait due aux he- ritiers de Severin Balthazar, qui etait prededemment a St.- Julien. La forge d'Alibeau se compose de forge , fourneau , chaufferie, marteau, roues, rouaiges, em pall em en ts, biez, cours d'eau, maisons, mar^chauderie, halle, cours, etc (2). A Chitry-les-Mines , village de la Nievre de 1'arrondisse- ment de Clamecy , il y a des mines de plomb et des indices de mines d'argent. En 1469 (70) , le roi permit a Parret des Barres , seigneur de ce lieu , d'y ouvrir des fosses d'ar- gent et de plomb , sans tre tenu a payer le dixieme du produit(3). Apres le premier tiers du XVI e . siecle, les documents deviennent de moius en moms nombreux sur les vieilles forges. Ces usines out disparu depuis long-temps. Les grandes forges d'Aisy-sur-Armangon datent de la seconde moitie du XVt e . siecle. Celles d'Ancy-le-Franc sont toutes fecentes. M. de Verneilh , invite a dire ce qu'il sait sur le meme (1) Archives de St.-Germain, priettr^ de St.-Sauveiif. (2) Archives du chateau de St*Fargeau. (3) Archives nationales, Reg* 496^ n* 40* Tres. des Gh 86 INSTlTtJt DBS PROVINCES DE sujet , Cartage les idees emises par M. Quanlin ; il a sou- vent trouve dans le Perigord de grands aoias de laitier et de scories, au milieu desquels se rencontrent divers objets, mais il est difficile de savoir a quelle epoque precise ces residus ont pu e"tre produits ; en effet , les tuiles a rebord, qui abondent dans ces scories , furent en usage non seu- lement a 1'epoque gallo-romaine , mais encore jusque pendant les X e . et XI e . siecles. Une medaille de Cons- tantin trouvee dans un de ces amas, pourrait seule donner une indication utile. Du reste , il est certain que la fonte du minerai etait operee d'une maniere tout-a-fait barbare, au moyen de creusets en terre refractaire, que Ton plagait au milieu de bois ennamme et dont les scories sortaient par des troiis pratiques a 1'aide d'un baton. On trouve communement des debris de ces creusets, sur lesquels sont encore imprimees les mains des ouvriers qui les fabri- quaient. Ces precedes barbares furent en usage jusqu'au XV e . siecle, alors seulement des etablissements mieux organises furent etablis pres des cours d'eau. L'orateur ne croit pas , du reste , que les abbayes se soient jamais oc^ cupees de metallurgie , leurs travaux etaient purement agricoles. M. Bordeaux est completement de 1'avis deM.de Verneilh pour ce qui a rapport a la fabrication du fer pendant la premiere moitie du moyen-age ; il parle de ces forges a bras dont la tradition a conserve le nom dans le departement de 1'Orne , et qui n'etaient autre chose que les fourneaux etablis au milieu des bois ; mais il fait observer que beau- coup de grandes forges se trouvent pres d'anciennes ab- bayes , et il cite de nombreux exemples a 1'appui de son dire. II ajoute que certains barons de la Normandie , au moyen-age, avaient le droit exelusif d'extraire du rninerai COtfSRES DtS ACADihllfcS. 3& dans I'etendue des domaines qui relevaient de leur fief" , et il fallait que ce droit fut d'une certaine importance , puisque ces seigneurs prenaient dans les actes le titre de barons fossiers. Les feudistes ne donnent aucuns details sur ces droits. L'orateiir cite diverses looalites ou se trouve une grande quantite de petits tertres formes de dep6ts de residus de la fabrication du fer ; ces tertres se detruisent de jour en jour, pared qu'on emploie les scories a divers usages, i reparer les chenlins , a faire du mortier. M. de Caumont ajoute que la fonte du mineral se fit d'une maniere si iinparfaite , que Ton retire encore souvent du fer des scories provenant des etablissements du mbyen- 4ge. M. Pasquier cite a 1'appui de ce qu'a dit M. Bordeaux, la Chartreuse deSt.-Hugon, sur les frontieres du Dauphine et de la Savoie, presde laquelle etaient de hauts fourneaux. L'industrie metallurgique avait du reste pris en Dauphine tin si grand d^veloppement au moyen-age , qu'un edit de Humbert II , date de 1340 , eteignit les fourneaux du pays pendant tin certain temps de Tannee alin d'arr&ter le de- boisement. M. de Caumont revient sur 1'usine de Fabbaye de Fon- tenay, et pense que ce ne devaitpas ^tre un hautfourneau, mais simplement une forge dans laquelle se fabriquaierit les charrues et les autres outils dont les moines faisaient usage; le peu de scories qui se trouve pres de ] confirme cette opinion. M. de Verneilh fait observer que Ton employait du bois et non du charbon pour la fonte du mineral ; il a trouve des tisons , des morceaux de bois a demi consumes et meme des ecailles d'huitres , ce qui semblerait faire croife qu'au moyen-age les moyens de transport n'etaient pas 40 tNSTlfUT DBS PROVINCES t> aussi lents qu'on le pense generalement, puisqu'a 50 lieuea de la mer des hultres pouvaient arriver eii etat d'etre mangees. M. le president pose la question suivante : Quelle etait, aux diff6rents siecles du moyen-age, la disposition des vergers , et celle des jardins , dans les chateaux et les abbayes ? Cette question etant reservee pour &tre traitee par M. Chavin de Malan , dans une autre seance , on passe a la suivante : Quelles etaient , au Xll e . siecle , les pratiques agri- coles en usage dans chaque contree de la France ? M. V. Petit pense que la question est bien difficile a traiter d'une maniere un peu satisfaisante dans Fetat ou se trouve actuellemeut la science. M de Verneilh a trouve dans la Dordogne des chartes du XIII 6 . siecle qui sembleraient indiquer qu'a cette epoque 1' agriculture etait fort avancee, et que Ton elevait pour le moins autant de bestiaux que maintenant. M. de Caumont cite le savant ouvrage public par M. Delille , comme renfermant beaucoup de precieux rensei- gnements pour la question. L'opinion du savant directeur de 1'Institut des provinces est qu'au XII e . et au XIII C > siecles on cultivait beaucoup de terres qui depuis furetit laissees en friche. On a trouve des traces de sillons dans des landes on ne peut plus sauvages. Les maisons religieuses possedaient de nombreux bes- tiaux. Trois grandes abbayes de Normandie , celles de Troarn , d'Ardennes et de Fontenay-sur-Orne , elevaient des chevaux qu'elles vendaient aux chevaliers a Tepoque des Croisades ; elles s'occupaient egalement de ramelio- ration des races d'animaux utiles. CONGRES DBS ACADEMIES. 41 M. de Caumont en a donne des preuves dans le l er . vo- lume de sa Statistique monumentale , en citant le testa- ment de Henry de Tilly , leguant ses plus beaux animaux a 1'abbaye d'Ardennes. Apres quelques observations de MM. Raymond Bordeaux et Victor Petit au sujet des divers modes de c!6ture des champs au moyen-age , M. le president resume cette dis- cussion , d'ou il ressort evidemment que plus on etudie le moyen-age, plus on voit que cette epoque, accusee de barbarie, etait dans un grand etat de prosperite. M. de Verneilh appuie ce que vient de dire M. de Mellet, pour le XIII 6 . siecle; mais il ajoute que le XIV e . et plus tard le XVII. furent des siecles de decadence et de mi- sere, pendant lesquels la prosperite des epoques anterieures decrut sensiblement. Une discussion incidente , au sujet des inductions que 1'on peut tirer de la grandeur des eglises au moyen-dge , pour arriver a une appreciation de la population des cam- pagnes a cette 6poque , s'eleve entre MM. Bordeaux et Victor Petit. M. le president engage ces Messieurs a for- muler une question sur ce sujet fort interessant ; cette question serait soumise au Congres a la suite de celles du programme. La cinquieme question est ensuite posee : Dans quelle contree les etoffes de soie usitees en France au XIII 6 . siecle ont-elles ete confectionnees? a quelle epoque a-t-on commence en France a fabriquer des etoffes de soie ? M. de Caumont lit la note suivante dans laquelle il fait ressortir toute Timportance de cette question : 42 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. NOTE DE M. DE CAUMONT. II regne encore a ce sujet une obscurite qui disparaltra , nous 1'esperons, quand les Societes archeologiques et les Congres auront fait des recherches plus etendues que celles qui ont eu lieu jusqu'ici. L'industrie de la soie etait si prospere dans la Peninsule, au XII e . siecle , d'apres les recherches de M. le vicorate de Santarem, que le celebre geographe Edrisi, qui voya- geait dans ce pays a cette epoque , assure qu'il y avait dans le seul royaume de Jaen plus de six cents villes et ha- raeaux qui faisaient le commerce de la soie. Dans le siecle suivant , cette prosperite etait encore tres- grande dans le royaume de Grenade. Conde nous apprend que le roi maure Aben- Alahmar , qui regnait en 1248, protegea beaucoup la fabrication de la soie ; et il ajoute que cette fabrication avait ete tellement perfectionnee , que la soie d'Espagne etait preferee a celle de la Syrie. II n'est pas douteux qu'au XIII e . siecle on fabriquait des etoffes de soie pour la France, c'est-a-dire commandees par des notabilites de ce pays, Nous voyons en effet sur la chasuble donnee par saint Louis au bienheureux Thomas de Biville , que j'ai figuree dans le Bulletin monumental , les fleurs de lis , les armes de Castille et autres figures heraldiques , qui ne s'appli- quent qu'a saint Louis et a sa famille (V. la page 371 de VAbecedaire d'archeologie). Nous voyons egalement la fleur de lis sur un tissu trouve a Angers dans le tombeau de l'eve"que de Beaumont , qui fonda la cathedrale de cette ville au XIII 6 . siecle. II resulte de ces faits et de beaucoup d' autres que, a partir CONGRES DES ACADEMIES. 43 du XIII 6 . siecle , on voit figurer dans les tissus de soiedes figures heraldiques qui n'ont pu 6tre faites que sur com- mande. II importe done de savoir qnelle etaitla fabrique qui approvisionnait plus parliculierement la France a cette 6po- 44 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRA.NCE. que ; etait-ce la Sicile , etait-ce 1'Espagiie , etait-ce 1'Italie ou d'autres contrees , ou bien n'avait-on pas en France des ouvriers qui tissaient des etoffes avec des soies venant de 1'etranger ? II est tres-important d'elablir, en se basant sur des do- cuments incontestables , a quelle epoque le tissage de la sole fut introduit eu France, et c'est ce qui m'a determine a poser la question. Le mme orateur ajoute que M. de Santarem viendra peut-etre lui-mme donner des renseignements ; il engage M. Didron a dire quelques mots. M. Didron trouve le sujet tres-curieux, mais fort difficile a traiter ; on public tous les jours des dessins de curieuses etoffes du moyen-age, mais sans savoir ou se fabriquaient ces tissus. M. de Caumont pense que ces etoffes, qui , pour la plu- part, portent des emblemes heraldiques , pourraient bien avoir ete tissees en France. M. Didron dit qu'il serait tres-curieux d'en recherclier la preuve, et de trouver aussi ou se fabriquaient les vitraux qui sontbien autrement nombreux que les etoffes anciennes. On ne sait rien encore sur cette fabrication ; il convient d'appeler vivement T attention des archeologues sur la fabri- cation de ces deux produits du moy en-age. M. de Verneilh trouve que les dessins et le style general de rornementation des etoffes des XII e . et XIII 6 . siecles ont un caractere tout-a-fait national. M. Bordeaux appuie ce qu'a dit le precedent orateur : les dessins des etoffes se trouvent reproduits dans rornemen- tation de detail des pierres tombales et des vitraux , jusque sur les fonds des armoiries , qui, de loin , paraissent unis. M. de Caumont cite Topinion de plusieurs savants selon CONGERS DBS ACADEMIES. 45 lesquels la fabrication des e*toffes de soie aurait commence en France quand on a commence a cultiver le murier vers le XVI e . siecle ; mais il croit qu'on a pu faire en France , long- temps auparavant , des etoffes de soie avec des soies Venues du dehors. On passe a la question suivante : Quelle part les Societies savantes des departemerits doivent-elles prendre dans les recherches et les explora- tions qui permettront 1'acheivement de la geographic an- cienne de laGaule? Comment le travail doit- il e"tre conduit c et distribu6 entre les exploratenrs? Sur la demande de M. Victor Petit , cette question est renvoyee au lendemain. M. de Caumont, toutefois , lit une note imprlmee et accompagn^e de gravures sur bois , sur la seconde partie de la question. NOTE m M, DE CAUMONT* Les savants ont determine avec une grande sagacite* renn placement des villes et des stations mentionnees par 1'iti- neraire d'Antonin et la carte de Peutinger, mais les localites non mentionnees dans ces tableaux geographiques et dont le nom est inconnu, n'ont point ete decrites ni indiquees sur des cartes. On n'a pas non plus recherche la position des villas et des edifices publics ou prives qui existaient ca et la dans les campagnes ; on a neglige le plus souvent de noter les decouvertes qui peuvent fournir des renseigne- ments pour ce denombrement. Bref, la ge'ographie des Zo- calite's d'origine gallo-romaine, que les geographes anciens qui nous sont parvenus n'ont pas eitees , est encore a faire, C'est cette etude des localites dont le nom est complete- ment ignor^ , mais dont les vestiges sont plus ou moms 46 1NSTXTUT DBS PROVINCES DE FRANCE. importants, que je voudrais recommander et que pour ma part j'ai commencee partout ou j'ai pu explorer le sol fran- c.ais, ou me mettre en rapport avec ceux qui 1'avaieut etudie, dans leurs contrees respectives. Mais on dira peut-e"tre , a quoi bon replacer sur la carle des vestiges sans nom, ces villas que de riches colons avaient elevees et qui ont peri, comme leurs possesseurs, sans que 1'histoire ait eu a s'en occuper? Cette statistique, qui sera toujours incomplete, est-elle done digne d'occuper des es- prits serieux? A cette objection , je reponds que les recherches dont je viens d'indiquer 1'objet > sans avoir une importance com- parable a celle des travaux des savants commentateurs des itineraires et de la table Theodosienne , s'y rattachent pourtant d'une maniere directe , en indiquant sur quels points des Gaules la population a laisse le plus de traces de richesse et d'intensite , en procurant de nouveaux ren- seignements sur la distribution de$ edifices. Peut-etre meme rectifieront-elles quelques idees sur la position de certaines localites mentionnees par les documents anciens , et qui n'a etefixeelaouon croit les reconnaitre, que faute de renseignements plus complets ou d'indices plus coiicluants. D'ailleurs , en fait d'etudes, il ne faut pas toujours se poser la question d'utilite; il faut s'efforcer de connaitre le plus possible, ne fut-ce que pour satisfaire la curiosite : les resultats utiles viendront certainement , qu'i^s aient ete prevus ou non. Quoi qu'il en soit , je peux annoncer que depuis 17 ans j'ai constate la presence sur le sol frangais de plus de quatre-viugt villse ou elablissements gallo-romains, la plu- part completement inconnus du monde savant , quelques- uns cites dans des memoires a peine connus. CONGRES DBS ACADEMIES. 47 Et que Ton ne croie pas qu'il soit ici question de vestiges de peu d'importance ; je ne parle que de constructions assez considerables et dont presque toutes etaient decorees de marbres et de peintui*es. Les vestiges d'un ordre inferieur doivent sans doute etre indiques dans la statistique monu- .mentale d'un canton ou d'un departement , mais elles ne sauraient trouver place sur la carte general e de la Gaule , et je n'en tiens ici aucun compte. Mais ces explorations et celles que d'autres personnes ont faites sur bien des points , celles que les societe"s ar- cheologiques ont recommandees , sont loin d'avoir epuise le sujet : il reste beaucoup a explorer pour completer la statistique des localites habitees sous la domination ro- maine. )'autre part, uue quantite considerable d'enceintes entourees de remparts ou de fosses, placees sur des points eleves d'ou la vue s'etendait au loin , sur des presqu'lles entourees de vallees plus ou moins profondes , n'ont pas ete etudiees ni denombrees ; quelques-unes ont te indi- quees et designees sous la denomination de camps remains. Mais on s'est arr&te la. On n'a pas cherche , au moyen de fouilles , a savoir si ces camps renfermaient quelques constructions romaines , s'ils avaient et6 habites long- temps , s'ils etaient devenus des especes de bourgades , et si , au lieu de les considerer comme des gites temporaires pour les troupes, il ne fallait pas y voir plut6t des localites fortifiees babitees par des garnisons attachees au sol , pro- prietaires des campagnes voisines . On n'a pas cherche a faire concorder les faits historiques avec 1'origine de ces emplacements. La Societe frangaise pour la conservation des monu- ments a fait explorer plusieurs localites de ce genre de la 43 IKSTlTtTT DBS PROVINCES DE FRANCE. plus haute importance : ainsi le plateau du Mont-d'Eraines ( Calvados ) , les enceintes de Benouville , de Danville et d'Escures , m&me departement , ont fourni bon nombre d'objets gallo-romains et d'autres objets probablement me- tovingiens. Dans d'autres departements, le camp de Cora f PLAN DE I/ENCElNTE DE CORA. departement de 1'Yonne, a ete exploit aux frais de la So* ciete , des fouilles out encore et6 faites a Nisy-le-Comte t dans 1'Aisue. CONGRES DES ACADEMIES. 49 Des commissaires se sont transported a Landu- 7wm(C6te-d'Or), au Mont- Beuvray ( Nievre ) , et sur d'autres points indiques comme dignes d'etre ex- ploits : ces visites ont produit la connaissance de faits curieux qui font desirer qu'une grande impulsion soit donnee a ce genre de recherches encore nouveau. Nous croyons done pouvoir re- pondre par les proposi- tions suivantes a la ques- tion posee au programme concernant 1'etude de la geographic ancienne : 1. Rechercher et de- crire soigneusement les vestiges de villa ou gran- des maisons de campagne gallo-romaines qui exis- tent sur les diffe rents points du territoire fran- cais ; en lever les plans ea indiquer Templace- ment sur des cartes a grand point , etc. 2. Explorer avec la plus grande attention les divers emplacements for- 3 50 . INSTITUT DES PROVINCES DB PRANCE. tifie"s qui peuvent remonter a I'^poque gallo-romaine et en lever des plans. 3. Faire des fouilles dans ces enceintes pour decouvrir les fondations de murs qui peuvent s'y rencontrer. 4. Examiner quels sont les points elevesqui, a des distances plus ou moins considerables , pouvaient corres- ponds avec les enceintes fortifiees au moyen de signaux. 5. Determiner le trace des voies romaines qui parcou- raient les contrees voisines et rechercher comment le sys- teme de viabilite s'accordait avec les emplacements dont il vient d'etre question. 6. Rechercher quels rapports devaient exister entre ces points fortifies et les contrees du voisinage. 7. Explorer attentivemeut les lieux de sepulture et tirer du nombre des tombeaux existants des inductions sur la population qui occupait le pays. M. le president remercie M. de Caumont de sa commu- nication ; puis il donne lecture de la septieme question du programme , ainsi congue : Quels sont les documents et les faits qui peuvent in- diquer a quelle epoque on a cesse completemeni de chauffer les appartements au moyen d'hypocaustes? M. de Caumont dit que la question est resolue pour le lX e . siecle; a cette epoque, on faisait usage d'hypocaustes, comme le prouve un curie ux plan d'abbaye de cette epoque, avec une legende explicative , qui a ete trouve a 1'abbaye de St.-Gal ; la grande salle du refectoire qui y est figuree est chauffee de cette maniere. On passe aux questions qui ont trait aux reformes a faire dans le chant liturgique et au r61e de Torgue pendant l'offic e divin. M. de Saint-Germain prend la parole : il pense qu . '-' S DfaS ACADEMIES. 51 plusieurs systemes de reforme etant en presence , il con- vient d'atteadre pour se prononcer , et que prealablement il faudrait obtenir de Tautorite ecclesiastique et des Societes savantes un concours actif pour le retablissement des ecoles de musique soit ecclesiastique, soit civile, afin que le chant populaire religieux , me*me tel qu'il est en ce mo- ment, soit execute convenablement. M. le president repond que la reforme qu'il convient d'etablir n'exclut pas les travaux a faire pour ramener le plain-chant a sa purete originelle ; ces deux operations peuvent fort bien marcher de front. M. d'Espaulard, au contraire, ne croit pas qu'on puisse arriver a une bonne execution avant une reforme. M. de Saint-Germain ditque ce ne sont point les prtres ou les gens qui chantent qui pourront reformer la note; ce sont des gens speciaux, des savants, qui doivent s'occuper de cette reforme. . , } M. Didron fait observer que la question se presente au double point de vue de la science et de Texecution. On peut assimiler le chant a 1' architecture : pour cette derniere on etudia avant de construire ; or , apres les importants travaux qui se font en ce moment sur la musique religieuse, on en arrivera necessairement a la pratiquer. On commence deja me"me a le faire. Ainsi dans le diocese de Reims on a public" un Missel et Ton va publier un Antiphonaire ; ces livres ne sont pas encore parfaits , on y trouve des fautes, mais ce ne sera qu'apres des etudes plus completes que Ton pourra retrouver Pancienne liturgie telle qu'elle etait. La question n'etant pas epuisee est renvoyde a la pro- chaine seance. La seance est levee a 3 heures. Le Secretaire, C te . Georges DE SOULTBAIT. 52 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. SEANCE DU 17 MARS. Pr6sidence de M. le comte de MELLET. L'ordre du jour appelle la discussion de cette question du programme : Quels sont , depuis quelques annees , les faits acquis concernant les caracteres de 1'architecture et des arts accessoires durant 1'ere me>ovingien:ae? Quelle direction doit-on donner a Tetude de cette periode arch&ologique? M. de Caumont a la parole et s'exprime ainsi : NOTE DE M. DE CAUMONT. Cette question est assez complexe, et pour en faire com- prendre 1'etendue, il faut avant tout indiquer comment elle doit se subdiviser et sur quels faits il sera bon de s'arr&ter particulierement dans la discussion qui sera etablie. Quant aux caracteres generaux de 1'archilecture , nous les avons precedemment fait connaitre , soit dans notre Cours d'antiquites , soit dans les autres ouvrages que nous avons publics. Nous avons demontre par des exemples au- thentiques que , durant Tere merovingienne , le petit ap- pareil avec chalnes de briques, les ornements dessines dans les revetements au moyen de briques diversement combinees , avaient , comme dans les derniers temps de la periode gallo-romaine , ete d'un usage habituel : nous avons aussi montre quel etait 1'etat de la sculpture et com- ment la peinture et la mosai'que avaient conserve sous les GONGRES DBS ACADEMIES. 53 merovingiens a peu pres les me"mes caracteres que dans i'age precedent, sauf les differences resultant du degre de talent des artistes. FRAGMENT DE I/BGLISB DE GENNES II reste beaucoup a aj outer a ces apergus, et les notions que nous avons donnees ne peuvent 6tre completees qu'au- ^ "abaaaoaaoaadpcDaaaQd oaaaacDaaaaaoaaaaaa ' oDa aaaaoaaaoaoaaaaoDOQ "JOQQOCDOCDQDQ FRAGMENT DE L'EGLISE DE StEVRES taut que Ton recherchera tons les debris de 1'epoque me~ rovingienne , qu'on les dessinera , qu'on les decrira : ainsi 54 INSTITUT DBS PROVINCES DE. FRANCE. tous les Edifices de cet age, fussent-ils reduits a quelques assises de maconnerie , devront etre dessines , et nous sommes fonde a croire qu'on en tFouvera quelques-uns qui n'ont pas encore ete signales. Les objets portatifs presumes de 1'age merovingien don- neront lieu a d'autres observations. Nous avons restitue a cet age les colliers de verre et de terre cuite decouverts dans les sepultures , et que iiagueres encore on attribuait a 1'epoque celtique parce que Ton en avait trouve dans des tombelles , et que Ton s'etait hate de rapporter aux Celtes tous les monuments de ce genre. Aujourd'hui, les musees reuferment bon nombre de ces bijoux : on peut les etudier, et il sera bon d'examiner quelle est la nature de la couverte des globules en terre cuite dont nous preseritons quelques specimens. II y aura lieu de rechercher par des enqueues faites aupres des observateurs de diff^rents pays , si ces colliers appartenaient a des guerriers , ou si , comme quelques-uns Font pense , ils appartenaient a des femmes. Les explorations de M, de Saulcy dans la Mozelle , les fouilles nombreuses de M. 1'abbe Cochet dans la Seine- Inferieure, celles de M. Hugo dans le Haut-Rhin et beaucoup d'autres dans divers departements dont le resultat avait ete indique dans mon Cours , ont sans doute eclaire les questions qui se rattachent a 1'origine de ces objets. M. de Saulcy a depuis long-temps indique des caracteres pour reconnaltre les sabres et les armes mero- vingiennes. M. 1'abbe Cochet , de son c6te , a constate bon nombre de faits curieux. Cependant rAcademie des ins- criptions publiait cette annee par la voix de son rapporteur qu'il eta.it bien difficile de limiter I' art gallo-romain de I'avt me'rovingien. CONGRES DBS ACADEMIES 55 56 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Dans la pensee de rendre plus rares les chances d'erreur par une appreciation plus rigoureuse des caracteres , nous formulerons les questions snivantes , developpement na- turel de la question generale indiquee au programme , et nous esperons qu'elles pourront tre resolues a 1'aide des reuseignements fournis par les membres presents au Con- gres. 1. Les bijoux en or en argent et en bronze pre- sumes merovingiens parce qu'ils ont et6 trouves aveo des monnaies de cette epoque , ont-ils des caracteres precis qui les distinguent des bijoux de 1'epoque gallo- rornaine ? 2. L'emploi des verres de couleur et des grenats enchasses dans ces bijoux est-il particulier a Tart mero- vingien , et peut-on en tirer de serieuses inductions pour classer les fibules, les agrafes et autres objets du me'me genre ? 3. La composition des bronzes merovingiens est-elle la m6me que celle des bronzes gallo-romains? 4. Les perles de verre et de terre cuite emaillee ap- partiennent-elles a 1'ere merovingienne et saxonne exclu- sivement , ou bien 1'emploi en a-t-il commence dans les siecles precedents ? 5. Les caracteres indiques par M. de Saulcy pour les armes tranchantes de 1'epoque merovingienne n'ont- ilspas persiste dans les siecles posterieurs a cette periode? 6. La poterie merovingienne , si ressemblante a la poterie romaine par ses formes , a-t-elle des caracteres qui puisseut la faire reconnaitre? M. de Cussy a rec,u plusieurs objets trouves dans des tombeaux dans differentes provinces. Ces objets consistent en colliers de verre et armes de diverses natures ; il pense CONGRES DBS ACADEMIES. 57 que ces tombeaux sont merovingiens , car parmi les armes on remarque tine francisque. M. le comte d'Hericourt annonce la publication pro- tjbaine du dessin d'un tombeau merovingien trouve en Artois. M. Isidore Lebrun pense que les ornements en verroterie doivent etre de la periode gallo romaine. M. d'Hericourt repond que les Gaulois se servaient aussi d'ornements de cette nature et qu'on en a trouve aux en- virons de Treves dans des tombeaux presumes gaulois, M. Bizeul demande s'il est possible de reconnaitre d'une maniere positive les distinctions entre les constructions gallo-romaines et merovingiennes , soit par la forme des briques ou plutot des tuiles a rebord, soit par Fappareil des pierres. M. de Caumont repond que la distinction est impossible a etablir, car il existe souvent une grande analogic dans les constructions de ces deux epoques. M. de Glanville rend compte d'un mmoire de M, 1'abbe Cochet sur les anciens cimetieres. M. Fabbe Cochet n'a-t-il pas tort , dit-il , de regarder comme exclusivement mero- vingiens tous les cimetieres dont les sepultures ne sont pas faites par incineration. M. de Glanville voudrait subs- tituer au mot cimetiere celui d'inhumation , qui serait plus juste, car les merovingiens ont pu continuer a ensevelir leurs morts sur Tempi acement d'anciens cimetieres gallo- remains, et ii arrive quelquefois qu'on retrouve dans des cimetieres qui semblent exclusivement merovingiens des traces anciennes d'incineration. Les armes trouvees dans les tombeaux ne peuvent pas toujours servir a distinguer les Epoques, les armes gallo-romaines offrant beaucoup de ressemblance avec les autres et la francisque se retrouvant 58 iNSTiTtrr DBS PROVINCES DE rarement. Les ornemenls emailles ne prouvent pas davan tage, mais certaines monnaies cities par M. Pabbe Cochet sont bien mrovingiennes. M. de Glanville voudrait qu'on appelat positivement merovingiennes les sepultures seules qui presenteraient des caracteres certains , soit par des symboles Chretiens , des medailles ou toute autre preuve incontestable de leur origine. M. Victor Petit lit un rapport sur une communication de M. Commarmond relative a la decouverte d'un bain romain, a Feyzin , departement de I'lsere \ ce rapport et 1'envoi de M. Commarmond sont deposes sur le bureau. Le rn&me orateur traite la question du programme : Quelle part les Sociel6s savantes des departements doi- vent-elles prendre dans les recherches et les explo- rations qui permettront Tachevement de la geographic ancienne de la Gaule? Comment le travail doit-il 6tre conduit et distribue entre les explorateurs ? Voici les conclusions du travail de M. Victor Petit : Le Congres considerant qu'il est utile de donner aux etudes archeologiques eoncernant la geographic de la Gaule un ensemble general , accorde son approbation a la propo- sition suivante : Art. l er . Une Commission composee de trois membres nommes par ie Directeur de 1'Institut des provinces , est chargee de faire copier, dessiner , imprimer et publier une edition reduite de 1'Itineraire d'Antonin et de la carle Theodosieune dite de Peutinger. Art. 2. Ce volume , qui pourra etre de format in-8. ou in-4 ., sera publie sous les auspices de 1'Institut des pro- vinces et de la Societe frangaise pour la conservation des monuments historiques. Art. 3. Une somme de mille francs sera allouee en ga- CONGRES DBS ACADEMIES. 59 fantie par ces Societes a la Commission a titre d'avances. Cette commission devra rendre compte des depenses. Art. 4. Un libraire sera charge du dep6t et de Tenvoi des volumes , et touchera une remise consentie de part et d'autre. Art. 5. Les sommes resultant de la vente rentreront dans la caisse de la Societe francaise ; les travaux de la commission seront purement honorifiques. Art. 6. Le prix du volume sera de cinq a six francs les frais d'envoi non compris. Art. 7. Le volume contiendra : 1. tableau comparatif des mesures antiques et anciennes et des nouvelles mesures lineaires; 2. un fac-simile de la table Theodosienne com- prenant exclusivement le territoire de la France actuelle ; 3. copie de 1'itineraire d'Antonin, comprenant le meme territoire ; 4. table generale par ordre alphabetique. Art. 8 et dernier. La publication du volume devra tre terminee dans le delai d'un an a compter du mois d'avril 1852 ; 1'edition sera de mille exeinplaires. Ces conclusions sont deposees sur le bureau et la dis- cussion en est renvoyee a 1'une des prochaines seances. M. Onesime Leroy a la parole ; il lit un memoire sur la question du programme : Quel est Tetat de 1'art drama- tique dans les departements ? M. Onesime Leroy s'afflige de Tetat de decadence ou est tombe le theatre en province , particulierement au point de vue de notre belle litterature, dont les traditions sont completement perdues. II voudrait que le Congres s'occupat des moyens de mettre un terme a cet etat de choses et d'empe"cher le progres du mal. M. de Mellet dit qu'on s'est plus preoccupe de la ques- tion d'art que de la question morale, et pourtant cette 60 ItfSTITtfT DBS PROVINCES DE FRANCE. derniere domine et absorbe tout le reste. L'art drarnatiqtre actuel est devenu une ecole d'immoralite et la premiere condition pour lui rendre , en province comme h, Paris , sa splendeur , serait de le rendre moral , chaste , religieux me"me s'il est possible. Cette tradition est perdue depuis long- temps , et il faudrait presque remonter aux mysteres du moyen-age pour ne pas trouver sur le theatre la vertu baffouee et Tadultere honore ; mais il y a la des difficultes impossibles a resoudre. L'orateur pense que nous devons abandonner la discus- sion en nous bornant a faire des voeux pour que le Gouver^* nement ait rceil sur les theatres et les empeche de devenir, a Paris comme en province , une ecole de scandale. II pro- pose 1'ordre du jour. M. Onesime Leroy convient que la degradation morale du theatre est une des grandes causes de sa decadence materielle. Les ouvrages representes sont en effet dangereux a plus d'un titre et servent a entretenir et a envenimer encore nos divisions sociales ; inais , s'il n'est pas possible d'arrter le torrent , il demande que le Congres emette le voeu que le Gouvernement oblige les directeurs de province a conserver au moins pour les families honn&tes une ou deux representations par mois dans lesquelles on ne don- nerait que des pieces chatiees et dont le choix serait deter- mine par une commission speciale. M. de Riancey s'eleve avec force contre toute tentative de resurrection theatrale en province. Quant a la proposition de M. Onesime Leroy relative aux representations speciales, il la trouve impossible : d'abord , parce que ce serait im- poser aux directeurs une charge trop lourde et qu'ils n'ac- cepteraient pas ; ensuite , parce qu'une commission telle qu'il la desire serait trop difficile a former, Et qui est-ce COtfGRES DES ACADEMIES, 61 done qui voudrait accepter 1'eflorme responsabilite du choix des pieces qui pourraient tre representees sans inconve- nient devant toute espece de spectateurs? en est-il beaucoup, m^me dans notre ancien repertoire, sur lesquelles la censure n'eut pas a porter des ciseaux plus ou moins sevefres , et ou s'arr&era cette severite, jusqu'ou devra aller 1'indul- gence? Ces questions seraient insolubles, et il n'est pas un tribunal qui voulftt en assumer la responsabilite. Au surplus , cela ne remedierait pas au mal ; il est ailleurs , il est dans la sociele mme , et il faut que la reforme des moeurs precede la reforme de Tart dramatique. Jusque-la , dit 1'orateur , les theatres continueront a decheoir ; c ; est leur faute. Je ne tiens pas a ce qu'on les soutienne , et pour ma part , dans les assemblies deliberantes , je n'ai jamais voulu voter une seul.e subvention pour les theatres ; subventions, ne 1'oublions pas , qui sont prises pour leur quote part dans la bourse de nos paysans et de nos pau- vres cultivateurs, pour servir h payer les plaisirs des oisifs de nos grandes villes. Je n'en regrette pas moins que les che(-d'oeuvres de notre litterature ne puissent plus 3tre represeiites ; mais on ne petit obliger les directeurs a les donner devant un public qui ne les goute plus. La Prance veut du drame ; elle en veut partout , elle en fait partout; elle a perdu le gotit des belles et grandes choses , le thedtre en est coupable, reconnaissons-le : c'est lui qui a fait le mal , mais il est impuissant a le reparer. S'il tombe, ne cherchons done pas a le relever, nous n'y pou- vons rien. Je vote pour Tordre du jour. ( L'improvisatiou de M. de Riancey est accueillie par les applaudissements unanimes du Congres. ) M. de Saint-Germain s'oppose aussi aux representations extraordinaires demandees par M, Onesime Leroy. 62 iNsirrtrr LES PROVINCES DE FRANCE. M. Isidore Lebrun presents quelques considerations dacs Pin tore" t des theatres de province , et dit qvril y a plusieurs causes materielles de decadence auxquelles on pourrait apporter quelque remede. Ces causes sont , a son avis , le trop grand luxe des representations theatrales , qui ruinent les entrepreneurs; la mauvaise prouonciation des acteurs, qui se font mal entendre et qui degoutent le public. II ne saurait approuver, au reste , les representations speciales, parce qu'elles seraient le rendez-vous des mauvais sujets qui s'y reuniraient tout expres pour insulter les families honrie'tes auxquelles elles seraient destinees. Sans insister beaucoup sur sa proposition , M. Onesime Leroy y revient neanmoins pour dire que si elle etait seu- lement approuvee par le Congres, elle exercerait une grande influence sur les directeurs de province. La proposition de 1'ordre du jour, expliquee de nouveau par M. de Riancey, est mise aux voix et adoptee a une grande majoiite. Le Secretaire , V te . DE BONNEUIL , Inspect eur des monuments de la Marne. STANCE DIT 18 MARS, ( Pr^sidence de M. le comte DE MBLLET ). La seance est ouverte a 1 heure, Siegent au bureau MM. de Caumorit , le vicomte de San- tarem, membre de 1'Institut, le vicomte Du Moncel, Jaboin, de Bordeaux ; Woillez, le vicomte de Bonneuil, et le comte Georges de Soultrait, secretaire, CONGERS DBS ACADEMIES. 63 Les proces-verbaux des deux seances precedentes sont lus et adoptes. Une commission est nominee pour faire un rapport sur la 8 e . question du programme , relative a 1'architecture et aux arts accessoires de la periode merovingienne , rapport qui sera lu en seance generale. Cette commission est coraposee de MM. Bizeul , le comte d'Hericourt et Woillez. Les questions relatives a 1'agriculture du moyen-age sont reiivoyees a samedi , M. 1'abbe Chavin de Mallan , qui doit les traiter, ii'etant pas present; toutefois, M. Quantin qui a un rapport a lire sur ce sujet sera entendu dans la seance de ce jour. M. de Caumont annonce que M. Victor Petit n'ayant pas encore termine son rapport sur la belle carte monumentale du departement de 1'Qise soumise au Congres par M. Woillez , ce dernier veut bien entretenir 1'assemblee de la maniere dont il s'y est pris pour dresser eette carte. M. Woillez prend la parole : depuis long-temps deja il s'etait occupe de la question des cartes monumentales : ayant parcouru et etudie le departement de POise , il avait tous les documents historiques et archeologiques neces- saires pour la confection de celle de ce departement, mais il ne savait quel systeme de notation choisir ; le systeme adopte par 1'Institut des provinces ne lui etait pas connu ; il indiqua done sur sa carte les monuments des trois grandes periodes archeologiques au moyen de signes de couleurs differentes : la periode celtique en bleu , la periode gallo-romaine en vermilion et la periode moyen- age en noir. Dans les marges il inscrivait les noms anciens et modernes des localites importantes, ainsi qu'un resume de leur histoire* 64 INSTlTtTT DBS JPROVINCBS 1> M> Woillez ajoate que son proceed , facile employer avec le pinceau , le devient beaucoup moins pour la ty- pographic : qu'ensuite la carte chargee de tant de signes differents est un pen ccnfuse ; il vaudraitdonc mieux dresser une carte pour chaque arrondisseraent , ou trois cartes particulieres , une pour chaque grande p^riode , et encore celle du moyen-age devrait-elle etre double pour la geogra* phie ecclesiastique et pour la geographic feodale. M. de Caumont dit que la commission chargee d'etudier la carte de M. Woillez donnera, sur la maniere dont cette carte a ete executee, des details plus etendus. M. Du Moncel trouve fort bonne Tidee de donner aux signes qui indiquent les monuments des teintes differentes ; il connait un procede lithographique a 1'aide duquel on pourrait , au moyen de deux pierres seulement et par con- sequent a peu de frais , imprimer ces cartes polychr6mes. M. de Caumont demande que M. Du Moncel veuille bien presenter plus tard & 1'tnstitut des provinces un essai de son procede. II semble a M. de Mellet que 1'Institut ayant i'annee derniere resolu la question des cartes monumentales , ne peut guere se dejuger en recommandant une nouvelle ma* niere de dresser ces cartes. M. Du Moncel repond que ce n'est point un nouveau mode de notation qu'il propose , mais bien un perfection- nement a celui qui a ete adopte a la derniere session du Congres. Tout en adoptant cette raison , M. de Mellet demande qu'il soit bien convenu que le Congres ne revient point sur sa decision premiere. On revient a 1'ordre du jour, et M. Quantin lit la notice suivante sur la 9 e . question du programme. CONGRES DBS ACADEMIES. 65 Quelles etaient, au XII e . siecle , les pratiques agri- c< coles en usage dans chaque con tree de la France? NOTE DE M. QUANTIN. Les moines de 1'ordre de saint Benoit. renouvele dans Citeaux, peuplerent, au XII e . siecle, les campagnes de la Basse-Bourgogne et du Senonais. Leurs statuts leur prescrivant la culture de la terre , on les vit partout ouvrir le sol inculte et defricher les fore'ts. Us etablirent leurs freres convers sur de nombreuses grangisB , metairies isolees et eloignees au moins de 2 lieues les unes des autres , ou ils elevaient des pores, des mou- tons et de grands troupeaux. Les seigneurs du pays voulant concourir a 1'accroisse- ment des maisons de Dieu , afin de racheter leurs peches , dotaient richement les monasteres. Ils -leur donnerent particulierement des droits d'usage dans leurs vastes fore^s pour les troupeaux de leurs granges. Les bois sont alors la grande ressource pour T alimen- tation des troupeaux , comme pour le chauffage et 1'entre- tien des batiments des villages qui en etaient voisins. On ne les exploite guere en grand. On les brule pour faire de la cendre ou du charbon. Le ble froment, Tavoine , 1'orge et le seigle sont les cereales des pays du departement de TYonne. Les pois, les feves, le lin , sont egalement mentionnes des ce temps. Au XIII 6 . siecle, les baux a rente de terrains par les monasteres , a charge de planter des vignes , se voient assez ordinairement. Ces vignes doivent reveniraux moines bailleurs apres un certain temps. 66 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE^ Voici les termes d'un bail fait par 1'abbaye de Rigny en 1293, d'une c6te appelee Mainberte, a des habitants de Jouy , a charge d'y planter de la vigne dans les deux annees qui suivront , et seront lenus de cultiver lesdiles vignes selon 1'usage , savoir : Taillare , paisselare , fodere , binare et eas uno anno circonfodere et alio non , et illo anno quo cir con fosse non fuerint tenebuntur eas rebinare. Apres huit ans , les religieux devaient avoir le tiers du produit. L'irrigation des pres etait pratiquee au me'me siecle dans la vallee de la Vanne. Au XIV e . siecle, la societe laique s'etant ouvert de nouvelles voies d'activite et la foi religieuse se refroidissant, les monasteres n'eurent plus assez de bras pour cultiver les vastes domaines que la munificence des temps ante- rieurs leur avait donnes. C'est alors que les colons laiques remplacerent les moines convers dans les metairies. Us prirent a baux a longs termes , a baux emphyteotiques de 99 ans , les domaines des champs* On vit bient6t les pre- mieres families s'accroltre et , au bout de quelques gen6- rations , former des hameaux et des villages sur 1' empla- cement des granges et metairies fondees par les moines aux XI e . etXII. siecles. Quelques villages du departement de TYonne ont existe j usque dans ces dernieres annees sous les conditions de ces beaux emphyteotiques , et 1'Etat a vendu a leurs habitants les maisons et les champs qu'ils cultivaient de pere en fils depuis des siecles. D'autres proprietes rurales possedees par les moines ont ete morcelees et donnees a baux a rente, c'est-a-dire alie- nees , dans le XIV e . siecle et plus generalement aux XV e . et XVI e . 'a et6 Torigine d'un grand nombre de proprietes CONGBES DES ACADEMIES. .^j 67 privees des gens du tiers-etat. Le morcellement de la pro- priete dans notre departement de 1'Yonne a existe dans certains villages des le XIII 6 . et le XlV e . siecle. Dans d'autres con trees de la Puisaye , 1' agglomeration est encore et sera long-temps la condition naturelle du sol, qui, dans ces lieux , est d'une culture difficile et qui demande des frais considerables qu'uii petit proprietaire ne pourrait faire. Je n'ai parle jusqu'ici que des proprietes monastiques et du tiers-etat. Mes recherch.es n'ont pas assez porte sur les proprietes feodales. J'ajouterai cette remarque, que la vigne etait deja cul- tivee .,au moyen-age dans un grand nombre de lieux du pays actuel du departement de 1' Yonne , et que, m&me dans les derniers siecles , on la trouvait encore dans certains territoires d'ou elle a disparu completement de nos jours. C'est surtout apres les guerres des XIV e . et XV e . siecles, qui avaient tout devaste en Bourgogne et TIle-de-France , que les travaux agricoles refleurirent. Les territoires aban- donnes avaient ete envahis par les ronces et les broussailles. On vit , dans le premier tiers du XVI e . siecle, une foule d'accensements , d' alienations de ces terrains incultes , qui se transformerent rapidement en cultures. Les bois , negliges ou de peu de valeur pendant des siecles, commencerent , au XVP. siecle, a etre exploites pour 1'approvisionnement de Paris. L'invention du flottage vint accroitre les moyeiis de transport par la riviere d' Yonne, et Ton vit alors amenager les forts des seigneurs et des monasteres , dans lesquelles les habitants des vil- lages puisaient auparavant a pleines mains. M. le camle d'Hericourt indique des faits particuliers 68 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. a 1'appui de 1'opinion de M. Quantin : au XIII 6 . siecle on mit en pratique certaines ameliorations agricoles qui passent pour des inventions modernes ; ainsi il connalt un bail de cette epoque , passe par un monastere , dans lequel se trouve une clause qui oblige le fermier a marner cer- taines terres. On sail que les religieux de 1'ordre de saint Benoit s'occuperent toujours beaucoup de defrichements ; les abbayes de femmes de cet ordre faisaient aussi cultiver leurs terres par des freres convers sous leur direction im- mediate; uu chapitre noble de 1'Artois fonda, au XIII. siecle, un prieure dont les religieuses durent diriger de grands travaux agricoles. M. de Caumont tient d'eleveurs de chevaux que la race chevaline ardennaise si renommee avait ete formee par les moines de 1'abbaye de St. -Hubert. II serait curieux de voir si quelque fait de 1'histoire de cette abbaye vient a 1'appui de cette tradition. M. d'Hericourt annonce quel'Academie d' Arras a mis au concours 1'histoire de 1'agriculture aux differentes epoques. Ce fait ne peut manquer d'etre cite dans le travail qui resultera du concours. M. Victor Petit depose sur le bureau sa belle lithographic de l'eglise Notre-Dame de Chalons-sur-Marne ; le Congres examine avec inter&t ce magnifique dessin , qui represente l'eglise restauree avec ses quatre Heches. M. le president demande a M. Petit s'il desire que Ton reprenrie la discussion de sa proposition relative a une nouvelle publication de la carte de Peutinger. M. Petit declare retirer sa proposition devant les objec- tions qui lui ont ete faites ; toutefois M. le president rap- pelle quelle etait la proposition et dit que le Congres peut parfaitement la discuter theoriquement, m6me apres Tavis CONGR&3 DBS ACADEMIES. 69 contraire de la Societe franchise , devant qui seule elle avait etc presentee, M. le vicomte de Bonneuil demande qu'on passe a cette discussion, et M. Quentin voudrait que la question fut re- prise sous une autre forme. M. le president pose de nouveau les 13 e . et 14 e . ques- tions relatives a 1'etude de la geographic ancienne de la Gaule et a la maniere dont les Societes savantes doivent coordonner leurs recherches a cet egard. M. Quantin demande que 1'Institut des provinces veuille bien donner aux Societes un plan de travail et solliciter de ces Societes des rapports detailles. M. d'Hericourt a la parole pour entretenir I'assemblee des travaux sur la geographic de la Gaule qui s'executent dans le Nord : dans le departement du Nord on a public un glossaire de tous les noms de lieux aux diverses epo- ques ; ce glossaire aurait pour complement necessaire une carte ; dans le departement de la Somme la Societe des antiquaires de Picardie a charge ses correspondants de faire des recherches dans chacune des localites du pays , puis elle a envoye le resultat de ses travaux aux archeo- logues des departements voisins , afin que ces derniers puissent continuer de suivre , chacun chez eux , les voies indiquees dans la Somme ; dans le Pas-de-Calais 1' Academic d' Arras mit au concours une question de geographic an- cienne qui fut resolue d'une maniere satisfaisante ; la com- mission monumentale institute a Arras par M. Desmous- seaux de Givre va publier une carte complete des voies romaines dans le departement ; c'est done dans le Pas-de- Calais que 1'etude de la geographic ancienne a produit les resultats les plus satisfaisants. M, de Caumont voudrait que dans chaque departement ' 70 INSTITUT DBS MoVltfGfiS DJ3 les persounes qui s'occupent de la question marcjuassetit sur une carte a une grande echelle , le double de la carte de Cassini par exemple, totis les renseignements geogra- phiques a mesure que ces renseignements leuf parvien-* draient. Ce serait la meilleure mafche a suivre. M. Bizeul annonce qu'il a presente au Cohgres de &en- nes un essai de carte des voies romaines de la Bretagne ; il depose sur le bureau 1'explication de cette carte et des notices sur differentes voies partant de la petite ville de Blain qu'il habite. M. Bizeul s'est entendu , pour la jonc- tion des lignes , avec M. 1'abbe Voisin , qui a coinmenc6 la carte des voies du Maine , et avec quelques personnes qui s'occupent du me" me travail dans le Poitou. M. Woillez appuie ce qu T a dit M. de Caumont de 1'uti- lite d'une carte a tres-grande Echelle ; il voudrait que la meme grandeur fut adoptee partout , afin qu'on puisse plus facilement raccorder les cartes les unes avec les autres. M. Grave , dans 1'Oise , a fait un fort beau travail geogra- phique. A la demande de M. le president une commission est formee pour dresser le plan d'etudes qui sera soumis a la section d'une maniere precise. Cette commission est com- posee de MM. le comte d'Hericourt , Bizeul , Quantin et Woillez. M. le vicomte de Santarem , rnembre de 1'Institut , en- tretient longuement 1'assemblee de Tintroduction de la soie et de la fabrication des etoffes de soie en France. On n'a encore rien de bien certain sur Tepoque precise de cette introduction et sur le pays d'ou nous vient la soie ; on en est reduita des conjectures; les textes positifs manquent. L'industrie sericole nous vient-elle de 1'Espagne par les Arabes , ou de la Sicile par les rois angevins? C'est une CONGR&S DBS ACADEMIES. 71 question importante dont les savanis doivent s'occuper. En resume, il parait au savant orateur que 1'ordre chronologique de 1'introduction des vers a sole et du precede de la fabri- cation des etoffes de soie dans 1'Occident doit s'etablir de la maniere suivante : Au VI e . siecle, dans 1'empire grec, a Constantinople sous le regne de Justinien ; Au IX e . siecle environ , dans la partie de la peninsule hispanique qui etait sous la domination des Arabes ; Au XII e . siecle, en Sicile, au temps de Roger (1130), apres que ce prince se fut empare des principales villes du Peloponese et eut transporte leurs nombreux ouvriers en soie , et avec eux leur industrie a Palerme. Ce ne fut done qu' apres le XII e . siecle que cette indus- trie se repandit dans le reste de Htalie et de 1'Europe. Encore au XIV e . siecle , apres la prise et le pillage de St.-Jean-d'Acre , les navires de TEurope allaient chercher la soie au royaume de Chypre , ou le commerce des villes de Syrie s'etait concentre apres cette catastrophe. M. le president remercie vivement M. de Santarem de son interessante communication. La seance est levee a 3 heures. Le Secretaire, Comte Georges DE SOULTRAIT. SEANCE DU 19 MARS. ( Pr&idence de M. DE MELLET ). La seance est ouverte par un tres-remarquable rapport de M. d'Hericourt sur la question du programme ainsi 72 INSTITUT DES PROVINCES DE concue : Quelle part les Societes savanles des depar- tements doivent-elles prendre dans les recherches et les explorations qui permettront 1'achevement de la geogra- phie ancienne de la Gaule? Comment ce travail doit-il tre conduit et distribue entre les explorateurs. Ce rapport sera lu en seance generale. M. Du Moncel profile des conclusions de ce rapport pour recommander 1'etude des vestiges qui attestent les incur- sions des peuples du Nord et que souvent on confond avec des antiquites romaines. M. Thiollet voudrait qu'on accompagnat la description des voies romaines de coupes indiquant les vestiges qu'on aurait decouverts. Cette proposition 6tant comprise dans celle formulee par M. d'Hericourt , puisque pour bien con- naltre une route il faut en avoir les plans , la section n'en fait pas le motif d'un amendement particulier. M. Victor Petit fait le rapport suivant au nom d'une commission composee de MM. le vicomte de Bonneuil , le comte de Soul trait , Victor Petit , rapporteur. RAPPORT DE M. VICTOR PETIT. M. Emmanuel Woillez, membre de plusieurs Academies, a bien voulu adresser au Congres un remarquable travail intitule : Carte monumentale et historique du departement de I'Oise, Cette carte , de format in-folio , est dressee a 1'echelle de proportion de 1 metre pour 150,000 metres. C'estapeu pres la moitie de la proportion des cartes de Cassini. M. Woillez a colorie sa carte de differentes couleurs indiquant les limites actuelles du departement et celles du diocese, des doyennes etarchidiacon&3. D'autres couleurs dsignent CONGRES DES ACADEMIES. 73 les voies antiques et aussi tout ce qui peut appartenir aux epoque celtique et gallo-romaine. Enfin les differents styles des edifices religieux ou civils du moyen-age sont egalement representes par des couleurs de nuances diverses. Independamment de ces couleurs , un tableau annexe a la carte renferme cinquante-sept signes convetitionnels , destines a representer les differents monuments celtiques , gallo-romains et moyen-age. La carte monumentale que M. Woillez soumet a 1' appre- ciation du Congres , est le resultat d'un travail long , con- tinu et dispendieux. Ce travail resume t pour tout le depar- tement de i'Oise , les nombreuses recherches qui peuvent faire connaitre 1'anciennete, la valeur historique et la beaute d'un grand nombre de monuments dont quelques uns sont celebres. A cette meme carte sont annexes quatre tableaux con- sacres a la description ou plut6t a 1'indication de quatre vingt looalites importantes du departement de I'Oise , et aussi une biographic de quatre-vingt-sept personnages marquants du m^me departement. Ces notes biographiques indiquent sommairement le genre de celebrite et la date de la naissance et de la mort. Enfin une table analytique de la bibliographic del a pro- vince est 1'uue des parties les plus interessantes de 1'ou- vrage savant et consciencieux qui vous est soumis par Fhonorable M. Woillez. Avant de vous donner les conclusions de notre rapport , nous croyons devoir soumettre a votre appreciation quel- ques observations faites plutot a 1'egard des travaux qui pourraient e"tre en voie d' execution , ou seulement en projet , et qui se rapprocheraient des recherches historiques et ar- cheologiques qui vous sont presentees par M. Woillez. 4 74 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Messieurs , dans le travail tres-consciencieux de 1'hono- rable et savant M. Woillez tous les signes conventionnels sont nouveaux et appartieiment en quelque sorte a 1'auteur du travail. Les signes designant 1'epoque celtique sont indiques en bleu ; ceux de 1'epoque gallo-romaine sont en rouge; enfin ceux du moyen-age sont en noir. Cependant pour designer 1'age ou le style des eglises , on trouve le rouge , le jaune , le bleu , le vert, le violet et le bistre. Des couleurs a peu pres semblables sout employees pour les limites du territoire. Si nous vous parlons avec tant d'insistance de ces cou- leurs et de ces signes conventionnels , c'est qu'ils s'eloi- gnent beaucoup de ceux qui ont 6te proposes et adoptes par vous dans notre session derniere , au Luxembourg. Sans vouloir vous rappeler ici meme la simple analyse de la longue et minutieuse discussion qui eut lieu a Tegard du ehoix de ces memes signes , nous devons vous exposer de nouveau 1'une des principales considerations qui ont emp&che d' adopter 1'emploi des couleurs. Nous avons voulu que les signes adoptes et recommandes aux Societes savantes fussent facilement executables , soi* au crayon , soit a 1'encre , soit au pinceau , et cela au mo- ment, dans Faction me"me , du voyage d' exploration. Nous avons pense avec raison que Tempi oi de differentes couleurs etait impossible dans le mouvement actif d'une exploration rapide dans la campagne. D'ailleurs , Temploi et le maniement des couleurs de- mandant quelques notions de dessin , nous avons repousse leur emploi. Les couleurs peuvent etre plus seduisantes aux yeux , mais elles offrent de nombreuses difficultes pour la reproduction et la publication des cartes , qui ne peuvent CONGRES DBS ACADEMIES. 75 &tre imprimees a sept ou huit couleurs sans des frais con- siderables. La belle et tres-rem arguable carte de M. Woillez ne peut tre ex6cutee qu'a la main. Or, le but du Congres n'est pas seulement que tels ou tels membres des sociel6s sa- vantes puissent faire dans le silence de la bibliotheque une belle carte qui n'en sortira jamais : le but, au contraire, est d'arriver a publier, avec les moyens assez restreints d'execution que presentent les imprimeries de nos pro- vinces, les travaux de nos societes savantes. Nous avons done en principe repouss6 1'emploi des couleurs , en nous bornant aux signes conventionnels reunis dans le petit tableau de 1'Annuaire de 1'Institut des provinces annee 1852. Messieurs , nous concluons en vous rappelant que le beau travail de M. Woillez vous a ete soumis a 1'occasion d'un concours annonce par M. de Caumont. L'honorable M. Woillez est le seul concurrent qui se soit presente. Le Congres devra juger si le concours ne doit pas tre renou- vele ou annule. Dans 1'hypothese de 1'annulation, votre commission croit devoir vous proposer d'accorder une me- daille d'argent a 1'honorable et savant auteur de la carte monumentale et historique du departement de TOise. Une medaille d'argent est votee a M. Woillez. .< A.U sujet des signes colories adopt^s dans cette carte , une nouvelle discussion s'engage entre MM. Victor Petit, Du Moncel et Woillez. Ce dernier adoptant le mode de designation etabli par le Congres , fait pourlant une reserve quant aux grandes delimitations des con trees. Cette reserve est appuyee par M. Du Moncel, qui pretend que les moyens lithographiques employes aujourd'hui permettent de faire 76 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. a bon marche des cartes ainsi coloriees. M. Petit dit qu'en province un pareil travail serait mal execute , mais que , neanmoins , il approuve assez 1'idee de M. Woillez reser- vant au coloris les grandes delimitations. M. de Saint-Germain , revenant sur la question des signes , dit que Ton pouvait facilement les indiquer avec des crayons de differentes couleurs. M. Duchatellier exprime en quelques mots son opinion sur le systeme hieroglyphlque de M. Parrat , professeur de Porentruy. II lit ensuite un memoire sur cette question du programme : Quel intere't nouveau peut presenter pour 1'histoire et le developpement de la science humaine, Fetude des arts, des langues et des monuments de 1'Orient? MEMOIRE DE M. DUCHATELLIER. Messieurs , Telle est une des questions portees au programme de cette annee , et sur laquelle je demande la permission de vous arrter au moins quelques instants. Convenons d'abord , Messieurs , que les matieres que cette question indique nous sont peu familieres , ou tout au moins qu'elles ont ete bien rarement traitees parmi nous. Ce sera une raison , je 1'espere , pour que vous veuilliez bien m'accorder toute votre indulgence , et vous attacher moins a ce que j'aurai dit qu'aux idees que je voudrais es- sayer de faire naitre chez vous. Depuis que je me livre a 1'etude , j'ai vu Tesprit de mon pays s'attacher a bien des systemes , le gout de nos compatriotes se laisser entrainer, dans les arts comme dans CONGRES DES ACADEMIES. 77 les lettres , par bien des idees dont 1'influence a ete souvent d'un resultat fort contraire a 1'objet propos6 . Si dans ces systemes comme dans ces idees , je recher- chais celles de ces dernieres qui ont eu de nos jours , et parminous, pent &tre , la plus legitime influence , je si- gnalerais probablement tout ce que Fhistoire de notre pays et 1'art architectonique en particulier, ont gagne a ces patientes etudes d'archeologie que , comme des pionniers resignes et sans ambition , nous avons poussees , en quelque sorte, vers tous les points de notre territoire et de notre passe. Que de grandes et belles oeuvres sur nos monuments religieux, sur 1'art militaire de nos peres, sur leur vie publique et privee , sur leurs mceurs et leurs affections , sont sorties de cette source feconde! Combien d'autres nous sont encore promises , et que de justes et paisibles jouissances nous avons trouvees a revivre ainsi de la pen- see de nos peres , en surprenant quelquefois leurs secrets les mieux caches et les traits les plus oublies de leur caractere.... Mais, Messieurs, voila deja long-temps que nous re- manions ces idees , et voila long-temps aussi que nous tamisons , en quelque sorte , ces debris d'un passe que nous avons contribue sans doute a mettre en relief; que les Cougres et son habile directeur ont remis en honneur et place an rang" des plus belles etudes que les hommes de notre epoque pussent entreprendre , puisqu'il fallait prouver a tous qu'au moment merne ou certains novateurs pretendaient tout refaire dans notre societe, il y avait eu pour celle-ci , d'anciens ages et de belles creations que nul n'avait le droit de dedaigner, pas meme les plus inventifs; que beaucoup devaient encore irniter , que tous devaient etudier. Je le dis sans hesitation , Messieurs , notre 78 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. gloire et celle des Societes departementales sera d' avoir reveille ce passe , de 1'avoir donne pour modele ; d'etre venus de la province , une fois au moins , dire a Paris qu'il etait temps qu'il laissat la poussiere des vieilles ecoles , pour venir se rammer au souffle createur des traditions qui constituent toute la gloire de notre passe. Mais cela obtenu, permettez-moi encore une fois de vous dire que , pour avoir long-temps et presqu'exclusive- ment cultive une juste pensee d' application pour les arts de notre age , ce n'est pas une raison pour que nos esprits restent en quelque sorte soudes a cette reforme , et que , comme d'autres qui s' attachment invariablement a Tart grec ou aux formes iliaques et pharaoniques , qui, pour quelques annees, passerent j usque dans nos meubles, il ne faut pas que nous courious le danger , non pas de nous attacher a la lettre morte d'une pensee eteinte ou qui a fait son temps , mais meine de paraltre interdire a de nou- veaux travailleurs d'autres etudes que celles que nous avons affectionn^es , ou de Hmiter , en quoi que ce soil , le champ de nos investigations et de nos travaux. Et comment, en eifet, un aussi petit calcul aurait-il jamais pu entrer dans votre pensee? N'avez-vous pas deja, a Tun de vos precedents Congres, tres-positivement pose la vaste question de 1' ethnographic francaise , et n'avez-vous pas engage chacune de nos Societes et chacun de nos travailleurs a rechercher simultanement, sur tous les points de la France , quelles pouvaient etre , pour les groupes si varies de notre population , leurs points de depart dans le passe et leurs liens de parente avec les grandes families de la race humaine qui se sont si long- temps promenees d'un point du globe a 1'autre, avant d' avoir une langue , des arts et des annales. CONGRESS DBS ACADEMIES. 79 Rien n'est dedaigner dans un tel travail ; et en voyant de DOS jours deux intrepides savants du Nord qui vont , Tun, passer vingt ans dans les couvents du Thibet, et 1'autre, a peu pres autant vers les monts Altai et les frontieres du Nord-Ouest de la Chine, pour decouvrir le veritable berceau de la race magyare et finoise , nous ne pouvons , pour la propre histoire de notre pays et plus encore de sa civilisation et do sa langue, oublier ni de- daigner Fexemple des Castren et des Choma de Koro'i qui , tout recemment, retrouvaient les plus pr6cieux titres de leurs origines natioiiales, aussi bien dans les annales e*crites de la Chine et du Thibet , que dans la langue , les moeurs, les poeraes et les traditions des tribus qu'ils observaient, dans ces regions si peu frequentees de nos voyageurs, que nous n'avons encore que les cartes de la Chine pour nous y guider. Sans m'attacher plus qu'tl ne convierit a I'idee d'une ethnographic nationale , que nous avons demandee comme un travail de localite aux Societes departementales , je pense done que ce travail ne pourra jamais se faire d'une inaniere savante et convenable , sans une application sou- tenue des principes et des recherches que je ne fais qu'in- diquer. Mais la question generale des etudes orientales est beau- coup plus vaste et plus feconde qu'une simple question d'ethnographie , apres tant de siecles qui ont altere les langues , les moeurs et jusqu'aux types primitifs dont nous retrouvons a peine quelques traits dans un petit nombre de provinces; et pour nous replacer d'un seul coup au centre me"me de la question qui nous est posee : De quel interet pent dtre pour la science, T etude des arts et des monu- ments de I' Orient, permettez-moi de parcourir, quoique U INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. rapidement, ce que ces arts et ces monuments peuvent nous promettre d'heureuses conqu&tes et d'utiles applica- tions dans le champ de I'lntelligence. Vous ne voulez pas plus que moi, Messieurs, vous egarer dans ces pays lointains , et c'est peut-^tre assez , me direz-vous , d'avoir un jour admire les legers tissus des uns et les transparentes porcelaines des autres, pour parler de la Chine ou de 1'Inde. A ceux qui ont ete a Londres et qui ont visite le palais de cristal , je pourrais cependant dire quelque chose de plus; et, sans crainte d'etre dementi par eux , }e pourrais leur parler avec quelque detail , des armes que 1'Orient y avait envoyees , des objets de sellerie , des meubles , des teintures et des fantaisies en laque et en ivoire qu'ils y ont admires , sans trouver dans 'les produits de TEurope aucuns similaires a leur opposer. Mais ce n'est la qu'un petit detail ; seulement il me conduit a vous dire que, pour les arts profession- nels 1 , il y a en Chine et au Japon , d'immenses enc} r clo- pedies , laborieusement formees par les apports successifs d'un vaste corps de savants , organise depuis un temps immemorial et lorsque rien n'etait encore classe chez nous. Quand un jour nous connaitrons ces immpnses tresors , croyons bien , com me cela s'est deja produit , que nous serons plus d'une fois surpris d'y trouver des formules et des precedes vainement cherches ou poursuivis chez nous. Je ne veux me faire ici ni 1'historien de la Chine, ni son panegiriste fort insuffisant : mais comment ne vous rappellerai-je pas que la boussole , la poudre , I'imprimerie, les billets de banque, la gravure sur bois (Ij ont ete connus (1) Ce n'est que vers le milieu du deniier sicle que Tindustrie des papiers prints nous esl venue de la Chine. CONGRES DBS ACADEMIES. 81 de ces peuples , bien long-temps avant que nous en eussions Tidee; et , pour parler de quelque chose de plus actuel, comment m'abstiendrai-je de vous rappeler que , quand le merveilleux travail des puits artesiens etonnait si justement nos populations et le monde savant de 1'Europe, il y avait deja des siecles que le forage a la cordelle , usuellement pratique en Chine , donnait les plus heureux resultats , et que , lorsque nous suspendions des ponts a des fils de fer , ils en avaient depuis long-temps etabli sur des chaines du ine*me metal. On ne peut guere s'etonner apres cela que 1'Institut lui- meme, en remettant, en 1850, ses desiderata a un voyageur frangais, auquel le ministre de 1'instruction publique donnait une mission pour la Chine, le priat d' observer sur les lieux les institutions de credit et de bienfaisance qui ont con- couru a developper, d'une maniere si prodigieuse, rindustrie et la population de ces beaux pays, et lui recommandat, en me"me temps , d'etudier les r^glements de la librairie et le mode suivant lequel les documents edites par le gouver- nement , se repartissent entre les fonctionnaires et servent de base a leur gestion. Des voyages bien faits et des recherches bien dirigees dans les livres d'un tel pays , ne manqueraient pas de nous apprendre une foule de choses curieuses et pratiques que les seules investigations de la science ne sauraient donner. Mais , il faut nous hater de le dire , ce n'est encore la qu'un des c6tes de la question , et quels nouveaux horizons ne s'ouvrent pas devant nous , quand , feuilletant les an- nales d'un tel pays , nous pouvons remonter par des dates certaines jusqu'a plus de deux mille ans au-dela de 1'ere* chretienne, et rencontrer sur notre route , comme expres- sion de tout un autre monde, des hommes comme Con- 82 1NSTITUT DES PROVINCES DB FRANCE. fucius , Lao-Tsheu , Bouddha , Zoroastre et Pythagore , groupes dans uue meme epoque. Oh 1 sans doute , nous nous sommes resolument Sieves depuis cet age jusqu'aux productions et aux decouvertes les plus propres a honorer I'humanite ; mais ces hommes et leurs travaux ont ete notre point de depart , les phares long- temps allumes d'un passe qui marcha pour nous d'un pas bien lent. Voyez 1'etrangete de notre position a cet egard et de notre vanite aussi : quand, tout fiers du peu que nous savons de ces pays et de ces hommes, nous nous pro- clamions avec la plus risible assurance les maitres sans egaux de la science humaine , voila qu'hier quelques amis des lettres, quelques missionnaires d'abord, quelques an- glais ensuite , nous apprirent, non sans nous etonrier , qu'il y avait eu, pres de 1'Indus et du Gange, des hommes qui , dans les lettres et la philosophic , avaient d'inimitables modeles a nous presenter. Long-temps , en parlant de leurs croyances comme de leur savoir, on ne cita en Europe que leurs ridicules et 1'absurde tissu de leurs fables restees sans explication. Comme Herodote et Ctesias , qui avaient vu , du temps des Grecs , Tor et les pierres precieuses de 1'Orient gardees par des fourmis grosses comme des chiens , qui ne s'en- dormaient qu'au milieu du jour , nos voyageurs , et Marc- Sol entr'autres , persistaient a dire , jusque dans ces der- niers siecles , que les hommes de ces pays portaient a la chute des reins une queue qui les faisait ressembler a des animaux. Comment s'etonner des-lors qu'aujourd'hui encore la geographic de ces pays ne nous soit me"me pas connue ; que les itineraires de Fa-Hian et de Hiuen-Thsang , au V e . et au VIP. siecles, soient toujours ce que nous avons de CONGR&S t>ES ACADEMIES. 83 plus exact sur la region comprise entre YHymalaya et les monts Altai, et qu'Abel Remusat reconnaissait lui-meme que nous n'avions pas de source plus sure a consul ter. Comment enfin s'etonner qu'hier, aujourd'hui encore, Tun des plus grands civilisateurs de TOrient et du monde entier, Cakyamouni, ou le dernier Bouddhu , ait ete pris, jusque par les hommes les plus haut places dans la science, tant6t pour Herm&s ou Thoth , tant6t pour Mercure Trimegiste ; par quelques-uns pour Jupiter, par beaucoup pour Odin , et que c'est depuis quelques annees seulement que nous sommes parvenus a connaitre le veritable nom d'un pro- digieux genie, qui, apres avoir remue tout TOrient, a laisse dans ses doctrines philosophiques le germe d'une religion qui , depuis plus de vingt siecles , compte ses proselytes par centaines de millions. Mais, je le repete , Messieurs, car ces choses ne sau- raient trop se redire , hier encore nous ne savions rien de ces pays , et , nous donnant le facile plaisir de nous rire de quelques-unes des plus grossieres superstitions des classes illettrees , nous ne savions que fort peu de choses de 1'existence de ces peuples , et nous ne nous doutions pas que la Grece, la brillante Hellenic, avait emprunte aux mythes de 1'Inde ses plus riantes allegories, ses dieux et son olympe : nous savions bien que Pythagore avait voyage en Orient, quelques-uns avaient me"me dit que Platon y avait aussi pris quelques-unes de ses inspirations, et nous savions que les philosophes et les chefs d'ecole de la Grece avaient presque sans exception visite au moins les rives de TAsie-Mineure , mais qui savait en Europe , il y a cinquante , il y a vingt ans, que 1'Inde seule avait le mot et le secret de tous ces systemes , et que pas un des savants traites de la Grece sur les elements et la cosmo- 84 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. graphic du monde n'a paru sans eHre precede d'un ou de plusieurs traites identiques longuement discutes dans les ecoles de I'lnde. C'est au moins quelque chose de fort etonnant de n'avoir connu ou soupgonne qu'hier , en Europe , ces incompa- rables traites , qui comprennent , avec les plus hautes speculations de Intelligence , tout ce que cette science peut avoir d'applicable a la vie de 1'homme comme a ses besoms Mais ce qui est beaucoup plus etonnant encore et bien plus propre a nous confondre , c'est que , lorsque nous vivions ainsi dans la profonde ignorance de tout un autre monde, des peuples, que nous avons long- temps meconnus , traduisaient deja dans leur langue tous les monuments ecrits de ces pays. Les savantes reclierches des Reinaud et des Sylvestre de Sacy nous apprennent, en effet, que long-temps avant que nous fussions meme en mesure de lire ou de comprendre ces monuments, les arabes, des le IX e . siecle, avaient transporter dans leur laugue la plupart des poemes et des oeuvres philosophiques de Tlnde. C'est par cette voie que nous avons connu la riante histoire des Mille et une Nuits et les incomparables apologues de Bidpa'i, que les plus savants orientalistes n'hesitent plus aujourd'hui a faire remonter jusqu'aux Hindous (1) ; c'est enfin par cette voie , qu'inities a la veritable science du calcul , nous avons regu le systeme decimal et les caracteres arabes, qui n'etaierit encore qu'une creation du genie hindou, modifiee probablement , mais (1) M. Reinaud, de Tlnstitut, pense que, pour arriver & nous, les fables de Bidpai ont success! vein ent passe par le Sanskrit, le pehlvi, 1'arabe, Thebreu, le grec, et probablement meme par le tamoul. Mem. de I'lnstitut , voU 18, 2 e . partie, p. 129, etc. CONGRES DES ACADEMIES. 85 deja complete et toute developpee dans les Iraites de ma- thematiques que Calebrooke nous a fait connallre dans ces dernieres annees. Encore une fois , Messieurs , comment pourrions-nous plus long- temps dedaigner une telle science et de telles sources. Prenez quelques-uns de leurs grands poemes , lisez quelques feuillets du Ramayana ou du Mahubarata, et vous trouverez , dans la vie animee et feerique de la caste des guerriers , presque toute 1'histoire de notre feo- dalite avec les situations aventureuses et colorees de notre ancienne chevalerie. Leur premiere histoire est, comme la n6tre , celle de quelques grandes families elevees jusqu'a la condition divine , et toujours placees a un point de vue ou le mirage de la fable et de 1'invention se deploie dans ce qu'elle eut jamais de plus splendide et de plus inattendu. Ouvrez leurs codes , vous y trouverez en germe et en nom presque toutes les prescriptions des lois celtes , frarickes et burgondes : le rachat de tous les crimes ; les epreuves du fer et du feu ; presque les m6mes formes de proce- dure... On dirait la premiere lettre, une vieille edition de nos plus vieilles coutumes. Je le repete parce que je le crois fermement , ces sources et ces inepuisables documents ne peuvent etre plus long- temps dedaignes ; et , dans la science positive des faits , dans Thistoire, non plus que dans 1'etude des lettres et des arts , 1'Europe et 1'Occident ne sauraient negliger 1'etude des incomparables chefs-d'oeuvre que les grands peuples de 1'Orient nous ont laisses comme des modeles a consulter. Ainsi , pour ne citer qu'un fait entre mille , il y a quel- ques annees qu'entendant parler incessamment, dans toutes nos conferences agricoles , de 1'utilite des irrigations en matiere de cultures , je voulus savoir ce que les Arabes , 86 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. nos maitres dans cet art , avaient pu tenter ou faire en cette matiere. Je recourus 4 la geographic d'Edrisi , cet habile geographe du XII e . siecle, qui, pour je ne sais plus quel roi de Sicile , ecrivit et coraposa cette geographic que vous connaissez. Je lus dans son livre la description de Tun des climats qu'il devait connaitre le mieux , celui de 1'Arabie et des rives de 1'Euphrate. Quel ne fut pas mon etonnement de voir que la science des irrigations avait ete portee par les Arabes a un degre si savant de perfection , que, profitant des marees pour faire remonter 1'eau de la mer dans une partie des canaux qui sillonnaient le pays , ils la deversaient ensuite dans les rigoles d'immersion , de maniere a la combiner avec les eaux douces du fleuve pour donner au sol une fecondite qu'ils enrichissaient encore par des fientes d'oiseaux de mer qu'un grand nombre de navires , attaches au port de Bassora , allaient chercher au loin sur les lies desertes du golfe Persique C'etait , comme vous le voyez , Messieurs , pour 1'irrigation , un perfectionnement dont nous n'avons jamais approche, et pour l'amendement des terres ce prodigieux Guano , si hautement cite parmi nous comme une merveille du siecle , et qui , au fond , n'est autre cependant qu'une idee renou- velee , non pas des Grecs , mais des Arabes , comme les puits artesiens ont ete renouveles des Chinois et 1'ensei- gnement mutuel des Hindous , qui , lors de 1'occupation anglaise , n'avaient pas d'autre methode en usage dans leurs ecoles elementaires. Aussi quand , au XIV e . siecle, encore le voyageur frangais Jean de Mandeville visitant les pays d'Orient et s'arr&tant chez le soudan de Jerusalem, fut interroge par lui sur les pays d' Europe , son etonne- ment ne fut pas mediocre en voyant que les officiers de ce prince parlaient le frangais et presque toutes les langues CONGRES DBS ACADEMIES. .7 de 1'Europe en meme temps qu'ils avaient sur chacun de ses pays des renseiguements bien autrement complets que le voyageur franc lui-me*me. Mais revenons a des faits encore plus rapproches de nous . au moins par nos etudes ; et , tout en nous rappelant que nous avons dans 1'Orient , au point de vue general des sciences, des lettres et de la linguistique surtout, une mine encore inexploree , rappelons a ceux de nos collegues qui s'occupent plus positivement d'archeologie et d'his- toire locale , que les lies et les 6tes de TAsie , comine celles de 1'Egypte qui sont baignees par la Mediterrannee , sont extr&mement riches en monuments et en souvenirs du moyen-age ; que Rhodes et Chypre surtout , recemment vi- sites par MM Batissier et Mas-Latrie offrent, dans les monuments religieux et militaires el eves par les croises frangais , des inscriptions , des bas-reliefs , des ecussons et assez de richesses a recueillir pour former plusieurs nouvelles galeries dans I'h6tel de Cluny et nous fournir de nouveaux apergus sur 1'art monumental du moyen-age rnodine par le contact de 1'Orient. Vous savez tout ce que Tyr, St.-Jean-d'Acre , Sidon , Cesaree, Damiette , Beth- leem , Jerusalem et tant d'autres villes penvent nous offrir d'utiles etudes a faire. Mais c'est dans une de ces villes , a Gyrene et dans toute la region a laquelle elle a donne son nom , que la plus abondante moisson de ce genre pourrait probablement 4tre faite. De nouveaux voyageurs nous apprennent , en. effet, que la necropole de cette ancienne cite presente un tres-grand nombre de peintures consacrees a la reproduc- tion du bon pasteur et des saints personnages fondateurs du christianisme. De quel intere't saisissant ne serait pas pour Tart et Thistoire de notre sainte religion le rappro- 88 INSTITUT DBS PROVINCES DE FIUNCE. chement de ces peintures avec celles que nous faisait con- naltre ici , dans 1'enceinte ou nous 6tions 1'annee derniere , 1'habile artiste qui , apres avoir passe cinq ans dans les catacombes , nous a en quelque sorle reve!6 la Rome sou- terraine , depositaire des premieres emotions de la forte pensee qui a ranime le monde. Vous avez encore ces des- sins sous les yeux , et vous n'avez certainement pas oublie le caractere si original et si profondement senti de ces saintes figures, qui portaient avec elles, sous des teintes plates et un trait legerement fusele, comme un doux parfum de purete qui se me'lait a je ne sais quo! de primitif a 1'aide duquel la race et sa vieille civilisation se reconnaissaient encore. De quel intere't inattendu et sans egal ne serait pas le rapprochement fait entre ces dessins ; les uns rappelant 1'ancienne Rome , les autres la Lybie et 1'Afrique ; mais tons 1' action et Tinfluence d r une nouvelle croyance qui va regenerer le monde par la main des faibles et des plus humbles. Cette archeologie-la est tout-a-fait de notre do~ maine, Messieurs , et pour eclairer celle que nous faisons ici , presqu'au coin de notre feu , il n'est pas indifferent que nous remontions de temps en temps aux sources pre- mieres que 1'Orient nous offre. Et sur ce point ne croyez pas que la mine soit peu abondante ; pendant tout le moyen- age , les Arabes connaissaient mieux nos pays d'Occident que nous ne le faisions nous-me'mes. On peut voir dans plusieurs de leurs ecrivains, comme dans Edrisi, que je vous citais tout a Theure, des descriptions de nos provinces, de la Bretagne, par exemple (voir le 6 e . climat de la go- graphic ) , ou Ton trouve des appreciations et des fa its relatifs au commerce , aux industries locales , a la navi- gation, qu'on rencontrerait difficilement ailleurs. Je ne veux plus au reste vous en citer qu'un exemple , celui CONGRES DBS ACADEMIES. 89 relatif a Torigine me'me de 1'ogive . question si souvent posee , si souvent et si inutilement debattue dans nos societes. Lisez , dans les archives des Missions scienti- fiques , la lettre de M. Lottin , de Laval , au ministre de rinslruction publique en date du Gjuillet 1850,et vous verrez comment, sur les rives du Tigre , dans les ruines d'une ville du VI e . siecle batie par Kosrhoes en face de Seleucie, comment M. Lottin y a trouve 1'ogive employee a 1'etat de systeme architectonique. Je veux attendre et ne rien voir de trop absolu dans cette decouverte , mais le fait est au moins tres-important et tres-digne d'etre etudie; il est temps que nos regards se tournent vers ces regions. Mais je suis peut-e"tre bien long, et cependant, tout en ayant hate de terminer, je ne voudrais pas le faire sans vous dire au moins quelques mots des grandes decouvertes qui ont depuis peu appele Fattention du monde savant sur TOrient, pour vous prouver une fois de plus quel interest nous aurions aussi a porter nos propres regards de ce c6te. Les noms de Kors-Abad et de Mossoul avec ceux de MM. Botta et Flandin sont en effet dans toutes vos bou- ches , et il n'est certainement personne d'entre vous qui n'ait jete un regard sur la belle collection de dessins de M. Flandin, et un coup-d'oeil sur les incomparables mo- numents enleves aux palais de Ninive. Je n'ai , sans doute , aucun moyen de soulever le voile qui couvre la date et 1'histoire de ces monuments, non plus qu'aucune melhode pour lire les inscriptions cuneiformes qui les ac compagnent ; mais ce que ces monuments nous apprennent avec la Bible et les livres me'mes des Grecs , c'est que la science militaire de ces peuples comparee a celle des Juifs et des Grecs nos predecesseurs dans TOuest , nous prouve , 90 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. une fois de plus , que quand les Grecs et les Parses en vinrent aux mains, dans le V e . sieole avant 1'ere chre"tienne, le veritable savoir alli a 1'acquis d'une civilisation deja tres-avancee etait loin de se trouver du c6te des Helenes. II y a la , peut-e"tre , tout une page d'histoire a refaire , comme il y a de bien curieuses notions & relever sur les rois du mont Sinai , quand , avec les incomparables pre- cedes de M. Lottin, de Laval (1) , nous aurons reuni dans nos musees la collection a peu pres complete des inscrip- tions et des bas-reliefs encore incompris que nous offrent le mont Sinai , 1'Egypte entiere , de nombreuses regions de 1'Asie , le lac Van , 1'Hadramut , 1'Yemen et tous ces pays du centre desquels Herodote disait dej& , quatre cents ans avant 1'ere chretienne , que le monde 6tait si vieux qu'il y avait de son temps des villes , des empires , de grands monuments et d'anciennes traditions dont le sou- venir s'etait completement efface". Mais un dernier mot , Messieurs , et si la bonne fortune nous est donnee d'entendre dans cette enceinte le coura- geux academicien , qui, apres avoir visite les bords desoles de la Mer Morte , en a rapport^ le precieux tombeau de David qu'on voit aujourd'hui dans les salles du Louvre , apprenons de lui ce que la persistance des recherches et des etudes bien faites peut fournir d'inattendu pour la gloire et la grandeur de notre pays. (1) Dans une lettre de M. Lottin , de Laval , au Ministre de 1'in- struction publique, de mars 1850, cet arch^ologue dit qiTen /al jours, il a pu se rendre du Caire au mont Sinai, et relever, par ses proc&Ie*s , dans la valle"e ecrite , plus de 700 inscriptions complete- ment ine"dites, dont plusieurs de la plus grande dimension et dont les lettres avec un pouce de relief n'ont pas moins d'un pied de hauteur. CONGRES DBS ACADEMIES. 91 Comme j'avais Thonneur de vous le dire en commencant, j'etais peu en position de vous apprendre rien de bien nou- veau sur 1'Orient; mais je voulais essayer de vous faire partager au moins Tinter^t qui m'a porte depuis bien des annees a etudier les curieux souvenirs de ces pays si feconds en grandes choses ; et pour prouver une fois de plus aux savants orientalistes , qui, comme les Burnouf , les Lan- glois , les Reinaud , les Biot , les Julien , les Molh et les de Saulcy , ont jete tant de lumiere sur ces matieres , que leurs travaux sont curieusement etudies et le seront cnaque jour davantage. Je ne crains done pas en me resumant d'ajouter que , dans un temps peu eloigne , la Chine et 1'Inde seront , pour les peuples de 1'Europe, la source des plus rares comme des plus precieuses decouvertes dans le domaine de Tintelligence. Mais il faut pour cela que les etudes cfrmmencees soient poursuivies , vulgarisees , en quelque sorte , et pouss6es partout avec une nouvelle ardeur. Jusqu'a present , nous n'avons eu que les Cours du College de France , ou le Sanskrit , le chinois et 1'arabe aient ete enseignes. On sentira , sans tarder probablement, que cet enseignement doit s'etendre et que nos facultes provinciales , ou le caline et le silence sont si favorables a la science, devront comprendre 1'etude des langues qui, pour 1'application quelquefois et toujours pour la curiosite des decouvertes , 1'emporteront desormais sur le grec et le latin eux-me"nies. Et qu'on ne nous dise pas , Messieurs , sur ce point , que le programme des Societes departementales doit in- variablement rester limite aux faits et aux interns locaux des departements. Ces prix de hauies etudes que les diverses classes de 1'Institut distribuent chaque annee , par qui done sont-ils presque toujours merites , si ce n'est par de jeunes 92 INSTITUT DBS PROVINCES DB PRANCE. ecrivains formes dans les provinces , long-temps adonnes aux seuls travaux possibles dans les dpartements. Apres avoir essaye de vous dire quel intent nouveau peut presenter pour nous 1'etude des arts et des monuments de TOrient, je demande qu'en agraudissant de ce c6te le cercle de nos investigations , les 6tudes orientales prennent desormais un rang s6rieux dans nos programmes, et que nos assemblies, comme nos Congres, voient traiter chaque anne quelques-unes des questions qui se rattachent acesmatieres. M. Isidore Le Brun pretend qu'on doit etendre les re- cherches jusqu'en Oce"anie , et a 1'appui de cette opinion , M. Dr6ole rend compte de la decouverte qui a ete faite dans les lies Carolines, de superbes ruines monumentales. Au sujet de la poudre & canon dont M. Duchatellier attribue, dans son memoire , Tinvention aux Chinois, M. Du Moncel dit que la poudre a canon n'a pas eu plus d'inventeur que n'en ont eu les bateaux et les maisons , ou, pour parler plus categoriquement , que tout le monde Ta decouverte ; qu'elle n'est tout simplement qu'un perfec- tionnement du feu gregeois , comme le feu gregeois etait lui-m^me un perfectionnement des melanges incendiaires employes par les peuples d'Orient , de toute antiquite*. II est vrai que parmi leurs melanges incendiaires , les Chinois avaient un compose qui se rapprochait de la poudre , mais il n'avait aucune propriete expansive; aussi n'etait-ce que pour des feux d'artifice et a titre de fusees volantes , que les Chinois se servaient de ce melange inflammable. M. Dreole refuse egalement aux Chiuois 1'invention des ponts suspendus que leur attribue M. Duchatellier; il il pretend que dans la Colombie on a retrouve et on retrouve encore aujourd'hui des ponts suspendus , formes par des canes debois qui ont bien pu donner 1'idee de nos ponts. CONGRES DES ACADEMIES. 93 A propos de 1'ogive dont M. Duchatellier rapporte 1'ori- gine a 1'Orient, M. Du Moncel parle de deux portes qu'il a remarquees lors de sou voyage de Grece , dans des murs d'origine cyclopienne qui sont en ogive. Cependant il fait une grande distinction entre ces deux portes , en ce que la forme ogivale de Tune n'est que le resultat de la juxta-position de pierres appuyees 1'une centre 1'autre, tandis que 1'autre annonce une intention d'ogive evidente; cette derniere est celle del'acropole de Thorices. II rappelle ce sujet que M. Batissier a public un sarcophage lydien, dans lequel 1'ogive n'etait plus employee accidentellement , mais bien avec les moulures de notre architecture du moyen-age. Enfin , M. Du Moncel termine cette digression en disant qu'on rencontre quelquefois en Italie des ogives dans des constructions romaines. M. de Mellet combat cette opinion , en disant qu'il y a une grande difference entre 1'ogive employee accidentelle- ment et 1'ogive employee systematiquement. La seance se termine par une communication , fort inte- ressante, faite par M. Beaulieu, sur la decouverte d'un collier d'or gaulois , trouve pres de Niort , dans le voisi- 94 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. nage de monuments celtiques ; ce collier, fort curieux , est montre au Congres et provoque une autre communication de M. Duchatellier, relative a deux colliers a peu pres semblables , trouves pres d'Auray, en Bretagne, dans un tumulus gaulois. Us etaient renfermes dans des urnes qui se trouvaient placees au fond du tumulus. Le Secretaire, V te . Du MONCEL, DeUgud de Cherbourg , inspecteur des monuments de la Manche. STANCE DU SAMEDI 20 MARS. fPresidence de M. le comte DE MELLET). Siegent au bureau, MM. de Glanville, Albert Du Boys, de Bonneuil , ce dernier remplissant les fonctions de secre- taire. La seance est ouverte a 2 heures moins un quart. M. Du Moncel donne lecture du proces-verbal de la der- niere seance. M. Dreole demande la parole a propos du proces-verbal pour ajouter quelques mots au memoire de M. Duchatellier, sur les antiquites orientales , et sur 1'utilite qu'il y aurait a porter les etudes des Societes savantes sur les antiquites de ces contrees. M. Dreole cite a ce sujet un passage d'une lettre ecrite , il y a plusieurs annees , par M. Jaures , ca- pitaine de vaisseau , et dans laquelle il rend compte , en ces termes , des observations qu'il a faites dans ses voyages CONGRES DBS ACADEMIES. 95 dans 1'archipel des lies Carolines : A un mille du port de Metaloni, ou la corvette etait mouillee, il existe des ruines immenses qui paraissent avoir une antiquite tres- reculee. Les habitants actuels de 1'ile n'ont aucun sou- venir de 1'origine de ces constructions enormes. Us re- gardent ce lieu comme sacre et habite par les ames de leurs ance*tres. Ce sont de grands quadrilateres t entour^s de murailles gigantesques , formees avec des pierres basaltiques d'une grosseur prodigieuse. La race de geants qui a construit ces murailles, semble avoir laisse ces immenses ruines pour indiquer son existence. M. de Vautenet apporte aussi une observation du me'me genre , et tendant a prouver que 1'ogive remonte a une epoque beaucoup plus reculee que celle qu'on lui attribue generalement. II existe, dit-il , pres de Spolette, un aqueduc erige au V e . siecle et attribue a Th^odoric, roi des Goths. Cette immense construction , destinee a relier les sommets de deux collines , se compose de deux rangs d' arcades superposees. Ces arcades sont brisees ou ogi- vales , construites sur un rayon egal a la largeur du vide. Dans le premier rang d' arcades , 1'ouverture du vide est de 66 pieds , la hauteur de308. Les pieds droits ou piles n'ont que 10 pieds d'epaisseur sur 40 de largeur. Le second rang d 1 arcades du me'me style, est 6tabli sur le pont forme par les premieres. Ces arcades ont encore 51 pieds de hauteur , et le rapport de la hauteur & la largeur du vide est parfaitement normal a trois diametres. Voila done un monument anterieur aumoy en-age, ou les con- ditions statiques de Tarcade ogivale paraissent avoir en- tieremeut dirigeles constructeurs. Cet aqueduc, dont la conservation est parfaite , a ete cite par Rondelet , dans ses additions au commentaire de Frantin, avec planches 96 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. M. de Caumontdit qu'il a vu, a Spolette, a peu de dis- tance de la cathedrale et dans la valise , tin aqueduc en ogive qui est probablement celui dont on veut parler ; mais que tres-certainement cette construction n'estpas ancienne et ne remonte pas au-dela du XIII 6 . siecle. M. le comte Du Moncel ajoute enfin que, dans Pile My- tilene , il a trouve plusieurs exemples d'ogives. Apres ces diverses observations, le proces-verbal est adopte. L'ordre du jour appelle la discussion sur la question speciale du programme , relative a la reforme du chant liturgique. M. de Saint-Germain reproduit les observations qu'il avait deja presentees dans une des precedentes seances, sur la difficulte d'operer, des aujourd'hui , la reforme com- plete du chant liturgique , difficulte qui resulte, suivant lui , du defaut d'entente des differents systemes produits par les reformateurs qui ne s'entendent pas entr'eux , puis des frais enormes qu'entrainerait une mesure radicale et que les communes ne seraient pas en etat de supporter. Mais il demande qu'au moins 1'etude pure et simple du plain chant , tel qu'il est , soit plus suivie qu'elle ne Test actuellement dans les seminaires, dans les 6coles normales et dans les niaitrises. II affirme que , dans les seminaires, les classes de chant sont a peine suivies par sept ou huit eleves , et entierement negligees par les autres. Cette etude ne devrait-elle pas e"tre obligatoire comme les autres. Quant aux ecoles normales et 'aux maitrises, Tenseignement du chant y est tout-a-fait sorti de son but ; on en a fait de veritables Ecoles de musique , et les instituteurs , comme les enfants qui en sortent, ne savent souvent pas le plain- chant. CONGRES DBS ACADEMIES. 97 M. Albert du Boys repond qu'il ne salt pas comment les choses se passent dans toute la France , mais que dans le departement qu'il habite , Tetude du plain-chant n'est negligee, ni dans les seminaires, ni dans les ecoles nor- males. M. de Bonneuil dit quelques mots de la question de re- forme ; en general il y a, dit-il, un peu d'exageration dans les divers partis en presence. La musique qu'on peut appeler mondaine a ete introduite dans 1'eglise et c'est un grand tort sans doute , mais il ne faudrait pas cependant qu'on reduisit la celebration de I'ofnce divin ainsi que le voudraient quelques reformateurs a Fexecution pure et simple du plain-chant , sans aucune espece d'harmonie; on a beaucoup parle, dit-il, de quelques chants du XIII 6 . siecle qui ont ete executes a la Sainte-Chapelle et qu'on a trouve fort 'beaux , mais il faut remarquer qu'ils n'ont pas ete executes dans leur simplicite native, et que sur ces chants du XIII e . siecle on avait bel et bien ajoute une harmonie du XIX e . , on en a me" me fait un reproche aux artistes qui les avaient arranges en leur objectant qu'ils j avaient introduit des accords qui n'etaient pas connus au XIII 6 . siecle, ce qui etait un anachronisme , reproche peut-etre un peu severe. Toujours est-il que le public a 6te fort satisfait , mais il 1'eut ete peut-tre beaucoup moins si on se fut borne a reproduire ces chants dans leur nudite premiere. L'orateur veut done avec tous les hommes de gout et de sens , que Ton proscrive de 1'eglise la musique profane , mais qu'on ne negligent pas I'harmonie qui re- suite de Temploi du faux bourdon ou contrepoint qui donne a 1'execution du plain-chant un effet grandiose et solennel parfaitement digne de son objet. M. de Mellet repond que la discussion ne porte pas pre- 5 98 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. cisement sur la question de savoir s'il faut preferer les chants de telle ou telle epoque, par exemple, ceux du XIII 6 . siecle, a ceux qu'on emploie aujourd'hui, mais Ja reforme dont on s'occupe doit remonter beaucoup plus haut et ramener le chant liturgique a la purete de son origine , c'est-a-dire aux principes crees par le grand pape Gre- goire I cr . au VI e . siecle. C'est ce chant qu'on a appele pour cela le chant gregorien. Des travaux considerables ont deja 6te executes dans ce but , le haut clerge s'en occupe avec le zele et 1'activite la plus louable et une commission ecclesiastique composee de Mg r . Gousset, archeve'que de Reims, et de deux autres savants prelats , vient de publier son antiphonaire qui est base tout entier sur la reproduc- tion du chant gregorien. M. de Mellet avoue que plusieurs archeologues desireraient qu'on y joignit 1'etude des chants du XIII 8 . siecle, parmi lesquels on trouve aussi des monu- ments precieux a conserver. M. de Saint-Germain dit qu'il n'avait pas eu 1'intention de traiter le fond de la question de reforme , mais uuique- ment d'appeler Tattention du Congres sur la necessite de recommander, en attendant mieux , 1'etude du plain-chant dans les seminaires , les ecoles normales et les maitrises ; il prie en consequence la section des arts d'emettre un voau dans ce sens. L'assemblee consultee emet ce voeu. M. de Saint-Germain aborde ensuite la troisieme ques- tion quel doit &tre le r61e de Torgue durant 1'office divin. Une longue polemique, dit-il , a lieu a ce sujet; depuis quelques annees plusieurs savants ontdemande que cer61e fut borne a Faccompagnement du chant. Cette reforme pa- rattrait a 1'orateur un peu trop radicale , 1'orgue par la puissance des moyens dont il dispose est evidemment destine a un r61e plus important, c'est a 1'organiste a CONGRES DBS ACADEMIES. 99 n'ex6cuter que des morceaux appropries a nos ceremonies religieuses. M. de Glanville ajoute que, dans presque toutes nos grandes eglises, il y a aujourd'hui des orgues de chceur ou d'accorapagnement et que si Ton devait reduire 1'orgue a n'e"tre plus destine qu'a soutenir le chant il ne resterait plus qu'a supprimer les grandes orgues , ce qui n'est pas proposable. Sur cette autre question : Quelle est la meilleure ma- niere de jouerle plain-chant sur Forgue? L'accompagne- ment de la main droite sur le chant a la basse ou a la pedal e est-il absolument condamnable? M. de Saint-Ger- main refute 1'opinion de Regnier qui avait dit : le chant a la main gauche est contre-sens et non contre-point , et il rappelieque, dans la grande symphonic de Beethoven en si bemol , 1'adagio commence par un chant de basses qui a toujours ete regarde comme un chef-d'oeuvre. L'orateur ajoute que si le plain-chant etait joue par la main droite , il serait couvert par les basses. II convient au surplus qu'il est fort difficile de donner sur ce point des conseils aux organistes. II entre ensuite dans des details techniques tres-savants sur la construction des orgues , les progres qu'on doit ad- mettre et les perfeclionnements qu'il serait absurde de rejetter , 1'emploi des jeux de mutation, etc. Mais Tassem blee ne se regardant pas comme suffisamment eclairee ajourne la solution de ces differentes questions. L'ordre du jour est la lecture du proces-verbal de la seance du 18 mars. Ce proces-verbal est lu et adopte. Une com- mission est ensuite nominee pour aller porter au Ministre de 1'Interieur la reclamation de 1'Institut des provinces et de la Societe franchise , au sujet de la determination prise 100 INSTITUT DBS PROVINCES PE FRANCE. par le Conseil municipal de Dijon , relativement aux der- niers vestiges du vieux palais des dues de Bourgogne. Cette commission est composee de MM. de Vesvrottes , de Glanville et de Bonneuil qui se rendent sur-le-champ au ministere pour remplir leur mission. II est trois heures , la stance est levee. Le Secretaire , V te . DE BONNEUIL. STANCE DU 22 MARS 1852. ( Prfeidence de M. le C fc . de MELLET. ) La seance est ouverte a une heure. Siegent au bureau , MM. du Chatellier , de Verneilh , de Caumont, le V te . de Bonneuil, et Parker, d'Oxford. M. le C te . Georges de Soultrait remplit les fonctions de secretaire. Le proces-verbal de la seance precedente est lu et adopte. M. le President et M. Mahul se plaignent de quelques inexactitudes dans le compte-rendu sommaire des seances du Congres qui est donne par les journaux. Une discussion s'eleve au sujet de 1'origine de 1'ogive , a propos des arcs d'un aqueduc qui se trouve a Spolete , arcs que Ton a dit tre en ogive et qui sont cintres , comme 1'affirme M. Victor Petit. M. Dreole cite un texte de Cas- siodore qui semble parler d'un systeme ogival assez com - plet. M. de Verneilh pense, et suit la 1'opinion la plus ration- nelle , que Togive put tre inventee partout en me 1 me temps, attendu que c'est une forme qui dut naturellement 6tre employee par les architectes. M. le V te . de Bonneuil CONGRES DBS ACADEMIES. 101 an nonce qu'il a fait remettre a M. le Ministre de 1'Interieur la petition relative la conservation des restes du palais des dues de Bourgogne a Dijon, cette petition avait ete signee par M. le C te . de Montal ember t. M. de Saint-Germain a la parole pour developper les con- clusions qu'il propose sur les questions du programme re- latives a la musique d'eglise. CONCLUSIONS PROPOSEES SUR LBS QUESTIONS MUSIC ALES. On parle beaucoup de refonne a faire dans le chant liturgique ; quelle est la premiere , la plus urgente , celle eloppement de la ma- nufacture sera d'autant plus grand que la mecanique a pour elle : 1. Tavantage du bon march6 pour lequel Tancienne fabrication ne saurait entrer en lutte avec elle ; 2. le pei- gnage me'canique superieur au peignage a la main , en ce qu'il fait moins d'etoupes ; 3. le parti que les machines peuvent tirer des 6toupes , auparavant rejet^es comme ma- tiere de rebut. Le probl^me auquel 1'empereur Napoleon { dans le desir d'opposer , en France , une rivale a 1'indus- trie anglaise ), attachait une si grande importance et pour lequel il avait propose une prime d'un million , est au;our- d'hui resolu. C'en est fait de la vieille Industrie du filage a la main , elle est condamnee a disparaitre sans retour. Est-ce un bien ? Est-ce un mal? Je n'examinerai pas cette question delicate. C'estun fait queje constate. L'industrie marche a grands pas , elle remue la societe francaise jusque dans ses profondeurs ; loin d ? arr^ter ses progres , nous devons les accepter , mais en me 1 me temps nous devons chercher a tirer parti de ses innovations , dans rintere"t de nos populations rurales. II ne faut pas laisser sans compensation dans nos campagnes 1'immense lacune 126 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. que la cessation du filage a la main a produite dans la chaumiere ; les souffrances de nos populations rurales , quoique passageres, n'en sont ni moins profondes, ni moins douloureuses. Nos fileuses, nos tisseurs se comptent par millions ; ils sont laborieux , sobres ; qui pourrait voir sans une Emotion profonde cette population de femmes, de vieillards, privee de son modeste gagne -pain? Dans ces circonstances , nous devons envisager la question sous une nouvelle forme ; il s'agit , non de chercher a retablir Tan- cienne Industrie des fileuses , mais de retenir dans les cam- pagnes une grande partie de la population , en developpant la culture du lin jusqu'a ce que la production soit en rap- port avec les besoins de la consommation. C'est vers Ta- griculture qu'il faut tourner nos efforts ; c'est a elle qu'il faut demander les lins teilles que le commerce va chercher aujourd'hui en si grande quantite" en Russie , en Hollande et en Belgique. La culture du lin , par 1* agriculture franc. aise , aidera combler la lacune produite dans les campagnes par la ces- sation du filage a la main , d'autant mieux que cette plante exige beaucoup de main-d'oenvre et de grands travaux agricoles. Qu'on suppose maintenant cette depense de main-d'ceuvre appliquee par Pagriculture a 1'enorme quantit^ de lins teilles , fils et toiles , que la France tire encore chaque annee de 1'etranger , on aura trouve une ressource nouvelle pour les ouvriers et ouvrieres de la campagne , desheritees de 1'industrie du filage a la main par la mecanique. Quelles sont aujourd'hui les matieres premieres employees par les filatures de lins et d'ou proviennent-elles? La filature mecanique emploie aujourd'hui f dans le de- partement duNord, des lins de loute provenance, mais ONGRES DBS ACADEMIES. 127 particulierement des lins de Russie, parce qu'ils coutent moins cher et conviennent mieux pour les gros numeros. On estime plus ou moins les lins tellies , selon qu'ils vien- nent d'une contree ou d'une autre et selon la nature des eaux qui ont servi au rouissage et le plus ou moins de soins apports a cette operation. Les lins de Russie arrivent de Riga et de St.-Petersbourg par les ports de Dunkerque , Calais , Boulogne , Abbeville, Rouen ; ils sont generalement en grosses bottes emballes dans des nattes. Les balles russes ont un poids inegal qui varie de 160 a 200 kilos. Les lins russes sont rouis sur la terre , sur la neige ; 'ils seraient aussi bons ( quoique un peu sees) que les lins de nos pays , s'ils 6taient rouis dans Teau , par les bons precedes employes en Belgique et dans le Nord de la France. Un kilo de lin teil!6 russe vaut, en moyenne , rendu en France , droits pay6s , de 90 centimes 4 1 franc 30 centimes. Les lins de Hollande arrivent parAnvers, traversent la Belgique, pour parvenir a Lille. Ils sont emballes avec beaucoup de soins dans des sacs qui tous ont le mme poids de 102 kilos environ et contiennent 36 bottes de cinq poi- gnees. Les lins de Hollande sont rouis a 1'eau croupissante, ce qui leur donne souvent une couleur noiratre fort recher- chee pour certains emplois , les ecrus par exemple ; les memes lins que Ton emploie presque noirs acquierent , par le blanchissage , une blancheur plus eclatante que les lins jaunatres rouis sur terre , comme on est force de le faire dans les pays ou 1'eau est rare. Un kilo de lin teille de Hollande vaut en moyenne de 1 francs 20 centimes a 2 francs. Les lins de Belgique, surtout ceux des environs de Ma- lines , sont les plus estimes et se paient quatre ou cinq fois 128 INSTITtJT DBS PROVINCES DE FRANCE plus cher que les lins russes. Us se vendent par bottes , a 1'ancien poids de 14 onces pour livrejes bottes pesent une livre et demie de ces livres. Le prix des lins beiges ordi- naires est a peu pres le m^me que celui des lins frangais. Les lins beiges sont generalement rouis a 1'eau : ceux qui sont rouis dans 1'eau courante , sont blancs et ceux rouis dans 1'eau stagnante brun-gris. Dans les contrees ou Ton manque d'eau , on rouit sur terre. Les lins rouis de la sorte ont pour la quality et la couleur beaucoup d'analogie avec les lins russes. Tous les lins teill^s etrangers , emportes en France , par navires frangais , payent cinq francs , plus dix pour cent par cent kilos. Par navires etrangers et par terre , cinq francs cinquante centimes et dix pour cent par cent kilos , quelles que soient la qualite et la valeur des lins intro- duits. C'est en 1825 que les premiers fils anglais ont etc" in- troduits en France ; ces fils etaient le produit de lins russes files a la m6canique a Leeds et Aberdeen. C'etait alors peu de chose, car cefut seulement en 1831 que le systeme de la filature mecanique du lin , arriva en Angleterre a son point de maturite. Malgre la position differente des indus- triels frangais et anglais en ce qui concerne les defenses ' premieres d'etablissement , les moteurs , le fer , le charbon, 1'eclairage , les assurances , etc. , des filatures de lin a la mecanique s'etablirent alors dans les departements du Nord de la France , en depit des obstacles qui les entou- raient , des charges qui les grevaient , et de la perspective d'une lutte centre une industrie deja vieille et qui pros- perait depuis long- temps. Le gouverneraent eut le tort, a cette epoque , de ne pas proteger de suite , par des droits a Tentree sur les nouveaux fils introduits en France, tout a la fois et les filatures naissantes et 1'ancienne industrie CONGRES BBS ACADEMIES. 129 des linons et batistes si importante pour un grand nombre de departements , parmi lesquels le departement de TAisne figure au premier rang ; aussi, lorsque , par la loi du 6 mai 1841 , une augmentation de tarifs fut enfin decretee par les chambres , une grave atteinte etait deja portee au commerce des fils de lins et tissus frangais qui avaient perdu leurs debouches sur presque tous les points ou ils avaient ete reraplaces par des produits anglais. Tout ce qu'on put faire , ce fut de reconquerir le marche franc.ais , et encore n'y parvint-on qu'a Paide de la legislature. A Tabri de cette protection, les filatures franchises prirent plus d'extension , et aujourd'hui la France possede 105 filatures de lin, faisant mouvoir 244 mille broches. Parmi ces etablissemeuts, le departement du Nord possede a lui seul 50 filatures faisant mouvoir 112 mille broches (1). Les produits de uos filatures rivalisent, avec avantage, avec les fils anglais , et les importations des fils etrangers et des toiles ont diminue a mesure que nos filatures se de- veloppaient. Du reste , il est difficile d'etablir ce point raathematiquement , parce que depuis , la consommation a considerablement augmente. Si on veut se faire une idee de I'immense developpement que la filature du lin a pris en Angleterre , il suffira de consulter le rapport de M. Homer, inspecteur des manu- factures , qui constatait deja en 1834 , savoir : En Ecosse. ?^V r ' "^'.^f'.^o 159 filatures. En Irlande 32 Dans lenorddel'Angleterre. 152 TOTAL. . ^.^ 343 filatures. (1) Une broche, dans une filature m^canique, produit par jour 130 INST1TUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Depuis, le progres, loin de se ralentir, s'est encore active , si nous consul tons une lettre de juin 1838 , de M. Laherard , de Leeds , qui disait : A Leeds, on coinpte 500 filatures de lin. M, Marshall en possede trois qui occu- pent 1,700 ouvriers et 400 peigneuses. Ainsi , en 1838 , le nombre des filatures de lin dans la seule ville de Leeds etait de 500 , et on en construisait encore Si on considere la puissance de chacune de ces manufactures dont quelques-unes font mouvoir30a40 mille broches , on se fera une idee de la quantite immense des produits que cette industrie, qui date d'hier , jette sur tous les marches du monde. Malheureusememt , en me 1 me temps que la filature me- canique du lin se developpait en France, 1'introduction des lins teilles de Russie , de Hollande et de Belgique prenait de plus grandes proportions. Ainsi , pour ne parler que des lins teilles , Pimportation qui n'etait en 1827 que de 461 mille kilos, s'elevait en 1838 a 844 mille kilos. En 1843 a 6,679,000 kilos En 1850 a 17,854,000 kilos. Ces chiffres parlent d'eux-memes ; ils montrent claire- rement que si la loi de mai 1841 a affermi chez nous une industrie nouvelle , si elle a ouvert de nouveaux ateliers de travail ; si elle nous a releves de I'lnferiorite dans laquelle nous etions vis-a-vis de TAngleterre , elle n'a pas fait faire un pas a la production indigene du lin en France. Au contraire , cette production a diminue partout ou elle avait lieu. de 3,300 5 3,600 metres de fil (suivant la torsion plus ou moins forte) en n. 30, pesant de 140 & 160 grammes. Ce chiffre varie suivant le nume>o file, de moitie en plus, si on fait moitie plus gros, de moilie en moins, si on fait moitie plus fin. CONGR&S BBS ACADEMIES. 131 Quels sont done les moyens de relever la production des lins et de la mettre a la hauteur des besoms de 1'industrie? Avant de repondre a cette question, voyons ce qu'on a tente , depuis quelques annees , en Angleterre. L'Angleterre , qui a recueilli presque seule jusqu'alors le benefice de la filature et du tissage mecanique des lins , tirait encore , il y a douze ans , les neuf dixiemes des lins necessaires a ses filatures, de la Russie et de la Hollande ; frappee des avantages qu'il y aurait a tirer de son sol les lins qu'elle allait chercher en Russie , elle a tourne les yeux vers 1'Irlande , pour y developper la culture du lin , que les desastres subis par la maladie des pommes de terre , Fabaissement du prix de la main-d'oeuvre , devaient rendre profitable pour cette contree. Une association puissante s'est organisee en 1841, sous le patronage de la Reine. Cette Societe royale pour le deve- loppement et I' amelioration de la culture du lin, en Irlande , soutenue par les nombreuses souscriptions des notabilites de la Grande-Bretagne et les secours du gouvernement , subventionne aujourd'hui trente ingenieurs qui vont cbez les fermiers pour les aider de leurs conseils, avec mission, de repandre les meilleurs procedes pour la culture des lins, 1'extraction de la graine , et la preparation des fibres tex- tiles que produit cette plant e. Le sol de 1'Irlande , ameliore par le drainage , parait convenir a cette culture qui y a pris , depuis 1841 , un immense developpement. Une statistique, dressee en 1848 , par le gouvernemeut anglais , presentait une surface de terres cultivees en lin de 120,000 hectares qui, donnant chacun 500 kilos de lin , produisaient une recolte de 60,000,000 kilos , produit bien plus considerable que celui de la France qui , d'apres la statistique de M, Moreau de 132 INStlTUT DBS PROVINCES DB FRANCE. Jonnes, ne livre pas aujourd'hui annuellement 100,000 hectares a la culture du lin (tandis que le colza couvrait en France, dej& en 1848 , 174,000 hectares ). La reussite de la culture du lin en Irlande ne paralt plus douteuse, d'apres 1'extension extraordinaire qu'elle y a prise, et, si 1'Irlande ne fournit pas encore aux filatures anglaises tout le lin dont elles ont besoin , on reconnaitra qu'elle est dans une excel lente voie. Ce que vient de faire 1' Angleterre , la France peut et doit le faire avec d'autant plus de succes que, deja, dans la Flandre et dans la Vendee , la culture du lin est dans de tres-bonnes voies. C'est done vers I'agriculture qu'il faut tourner nos efforts. C'est vers le developpement et I'ame- lioration des moyens de culture du lin qu'il faut porter nos fojces actives , de maniere a produire , avantageusement et en quantite suffisante , la plus grande partie des lins que le commerce fait venir aujourd'hui de la Russie , de la Bel- gique et de la Hollande. Je dis la plus grande partie , parce qu'il est reconnu qu'il j a des especes de lin que la France n'a pu produire jusqu'alors. Les uns gros et durs , bons pour remplacer le chanvre , comme les lins de Frise ; les autres tres-fins et tres soyeux, comme les lins de Saint-Nicolas (entre Anvers et Malines ). II con vient d'appuyer nos fabriques qui consomment sur le sol qui produit et dont le travail ne nous fit jamais de- faut. Quoi qu'on fasse , la manufacture sera toujours lie au sol de 1'industrie agricole qui lui fournit son aliment r et, pour que sa prosperite s"e soutrenne,il fa at que I'a- griculture puisse la suivre dans sa marche et repondre a ses besoins. Tous les efforts doivent tendre a relever une Industrie qui a fait si long-temps notre gloire et notre pros- CONGRES DBS ACADEMIES. 133 perite , en lui fournissant economiquement les lins qu'elle va demander aujourd'hui a 1'etranger. Cherchons a nous affranchir du tribul enorme que nous payons annuellement a la Russie pour les lins qu'elle nous fournit et prenons bien garde de nous laisser devancer, dans cette culture, par les Etats-Unis qui tendent aujourd'hui a s'emparer de la production du lin comme ils se sont empares de celle du coton. On n'a pas oublie que la culture du coton aux Etats-Unis ne remonte qu'a un peu plus d'un demi-siecle et que jusqu'en 1781 on n'avait me" me dout6 que le sol et le climat pussent se prater a la culture du cotonier. Les 40 millions de matieres premieres introduces de \'e- tr*anger en France , sous forme de lins teilles , fils ou tissus, exigeraient anDuellement une mise en culture supplemen- taire de plus de 80 mille hectares de lins qui repandraient, a raison au moins de 400 francs de manutention agricole par hectare , la somme enorme de 32 millions. Quelle mine d*or pour nos ouvriers agricoles , desherites de 1'ancienne Industrie du fil a la main , independamraent de la filature et du tissage mecanique de ces produits par les ouvriers in- dustriels. Une autre consideration se pr6sente ici, c'est que Texten- tion de la culture du lin n'aura pas seulement pour objet la production en grand , par notre agriculture , d'une plante industrielle d'un large debouche , mais elle doit avoir encore pour but final la substitution du lin , pour T usage , au coton dont la production devient insuffisante et , dans un avenir peu eloigne , de nous fournir des tissus plus beaux et plus solides. Aujourd'hui que cette industrie pos- sede les me'mes elements de puissance, qu'elle marche a grands pas , il est permis de croire qu'elle ne tardera pas a s'elever aussi haut que sa rivale ; son influence bien- 134 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. faisante sera d'autant plus sensible , que la pi ante qui fournit la matiere premiere est un vegetal propre nos climats. Qu'on ne s'effraie pas de 1'extention de la culture du lin par rapport aux cereales. Les terres employees a la culture du lin ne diminueront en rien celles livrees a la pro- duction du ble, mais tendront a diminuer la culture du colza qui depuis peu d'annees a pris un developpement extraordinaire. Le lin , qui demande une terre bien preparee et bien fumee donne lui-mme le moyen de reparer les emprunts qu'il lui a faits. Outre ses tiges, le lin produit des graines qui fournissent une huile abondante, dont le residu forme tout a la fois une excellente nourriture pour les bestiaux et un precieuxengrais. Pour soutenir la production du lin en France et donner de Pextension a cette culture , il faut que les droits qui protegent la production de la matiere premiere soient en rapport avec ceux qui protegent maintenant les lins files et les toiles. C'est tout le contraire qui alien aujourd'hui : ainsi , tandis que les fils frangais sont proteges depuis 1841 par un droit plus que double de ce qu'il etait auparavant, les droits sur les lins teilles etrangers sont abaisses, de 10 francs qu'ils etaient d'apres la loi du 27 juillet 1822, a 5 francs , taux actuel. La France peut produire le lin et le chanvre en abon dance , mais elle ne peut le faire a un taux de revient aussi bas que la Russie. Nos lins sont d'une qualite superieure aux lins russes; mais , pour la finesse, nous sommes encore vaincus par les Hollandais et les Beiges qui produisent les qualites superieures plus couramment que nous. Que Tindustrie soit protegee , rien de mieux mais protection egale pour 1'agriculture ; le gouvernement paralt du reste dispose a entrer dans cette voie et a mo- CONGRES DBS ACADEMIES. 135 difier le tarif des douanes de maniere a proteger la pro- duction indigene. Conclusions. 1. Elever les droits sur les lins teilles , a leur entree en France , de maniere a proteger efficacement la production indigene de cette plante. 2. Accorder 1'entree en franchise des graines de Hn pro- venant de Riga , spcialement destinees a 1'ensemencement des terres, ce qui rendraitle renouvellement de la semence moins onereux pour les cultivateurs. 3. Distribuer des primes a Textension de la culture du lin, dans tous les centres agricoles oulesperfectionnements de Tagriculture rendent cette culture avantageuse. 4. Repandre dans les campagnes des traites simples et pratiques des meilleurs moyens de cultiver le lin avec avan- tage. 5. Enfin , introduire dans les regions ou le lin est cul- tive , des modeles de chacun des principaux appareils , ustensiles et machines perfectionnes , propres a battre , rouiret teiller le lin. Nous avions le dessein de borner ici notre examen de la question des lins ; mais , sur la demande de quelques per- sonnes a qui nous avions communique les renseignements que nous possddions sur la culture du lin , nous avons mis en ordre ces notes pratiques , en y ajoutant quelques faits puises dans , 1. Essai sur la culture du lin, par M. A. Roge , de Cam- brai. 1830. 2. Rapport, a M, le Ministre, sur la culture perfec- 136 1NSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. tionnee du lin en France ; en Belgique et en Hollande , par M. Mareau. 1851. 3. Rapport, a M. le Ministre , sur le rouissage et le teil- lage des tins en Irlande, par M. Pay en. 1851. 4. Notice sur la culture et la preparation du lin , par M. Dorey; le Havre, 1852. La surveillance du grand proprietaire ne peut s'etendre avec fruit sur tons les soins minutieux que demande la reussite de la culture du lin , oblige de se servir de jour- naliers pour un travail qui exige tant de soins et d'intere't. La culture de cette plante est plus soignee et plus fruc- tueuse la ou la propriete est plus divisee, surtout chez les petits cultivateurs assez aises , assez instruits dans leur art et chez lesquels tous les bras de la famille sont employes. Rien ne peut remplacer, dans la culture du lin qui exige une grande main-d'ceuvre , Vceil et la main du maitre, reparant les moindres accidents aussit6t qu'ils pa- raissent, ce qui n'est pas posssible dans une forte culture. Aussi, 1' agglomeration de la propriete dans une seule main , les exploitations agricoles importantes sont en ge- neral des obstacles a 1'extention de la culture du lin. Le lin demande un sol riche et tres-meuble, silico-argi- leux, bien amend6 et nettoy6 des annees precedentes. Les contrees montueuses et composees de terres argileuses peu profondes , sablonneuses , crayeuses ou marneuses , sont peu propres a la culture du lin. II faut a cette plante une terre de vallee douce et chaude. Les terrains humides et froids ne convienuent pas parce qu'ils ne peuvent etre la- boures , herses , ameublis , en temps utile ; mais , quand on peut remedier a 1'exces d'humidit^ par des fosses , le sol ainsi assaini conserve une fraicheur convenable a la culture du lin. Le terrain choisi doit e"tre un peu incline CONGRES DBS ACADEMIES. 137 au Midi, Les prairies naturelles , eutourees et coupees par des fosses qui leur out 6te leur exces d'humidite et sur lesquelles on a repandu le limon des fosses avant 1'hiver , sont tres-propres a produire les plus beaux lins. Dans les prairies rompues , le lin donne presque toujours un produit tres-abondant en filasse et en graine. Les trefles manques, traites de la meme maniere , conviennent aussi , pourvu que le sol soit propre et riche. Le lin pousse in6gal et jaunit quelquefois , dans une terre nouvellement charged de fumier. Cette plante reussit mieux dans un terrain engraiss6 de longue date. La fumure se place dans la recolte qui precede le lin , de maniere que le fumier de ferme soit entierement reduit , lors de Tern- pouille du lin. En Hollande, on ne fume la terre que tous les sept ans ; on place le lin dans la troisieme annee apres la fumure. Les fumiers froids ou de vache sont pref6 rabies aux fumiers chauds pour les Uns de fin. II est reconnu que les fumiers chauds produisent une tige d'un vert plus fonc6 qui paralt plus robuste , mais moins estimee dans le com- merce parce que la soie en est plus dure et plus seche. Cette derniere , quoique souvent plus longue d'une palme ( 1 1 centimetres ) est moins pesante , a poignee egale , que la soie recueillie au moyen d'un engrais froid. Les autres engrais qu'on emploie, tels que les urines fer- mentees ; les vidanges melees de tourteaux , les composts, les engrais pulverulents , la poudrette ,- le noir animal , le guano, les cendres pyriteuses noires ou rouges, conviennent suivant les terrains ; mais cependant ils doivent etre clas- ses suivant qu'ils sont moins ardents pour obtenir de beaux lins de fin. M. Payen , dans son rapport , dit que 1' analyse a con- 138 INSTITUT DBS PROVINCES DE PRANCE. duit la compagnie anglaise , pour la culture du lin en Irlande , a conseiller la composition suivante d'un engrais special pour le lin. Os pulverises 24kil 50 coutantS f. 75 c. Chlorure de potassium. . . 13 61 2 95 Chloruredesodium(selmarin) 21 77 31 Platre cuit en poudre. . . 15 52 63 Sulfatedemagnesie. ... 25 40 4 64 100 70 12 32 Lorsque la terre n'est pas dans un etat d'engrais suffisant et qu'il y a necessity d' employer le fumier de ferme , on transporte , pendant Tautomne , environ 25 a 30 voitures de fumier , a 1'hectare , que Ton a choisi le plus court pos- sible. On enfouit ce fumier imm6diatement avec le braban ou toute autre charrue en usage dans la contr^e. Quand , au contraire , la terre a 6t6 amended pour la recolte prece- dente ; ce qui est preferable (pour une recolte de chanvre par exemple ) , on binote la terre immediatement apres I'enlevement de la recolte. On donne un bon labour avant Thiver. Le terrain doit e" tre fouille profond^ment , car on sait que le lin pnetre dans le sol quelquefois jusqu'a une pro- fondeur de cinquante centimetres ; en mars , on rabat la terre avec la herse que Ton fait passer plusieurs fois. Assez generalement , on repand alors sur la terre soit des engrais liquides ou pulverulents , des composts , etc. L'emploi de ces engrais est presque immediatement suivi d'un hersage a la suite duquel 011 fait les semailles. La terre ne saurait tre trop fine ni trop douce pour recevoir la semence ; on s' attache particulierement a rend re tres- CONGRES DES ACADEMIES. 139 meuble la couche supSrieure du sol , en conservant au reste de la couche arable sa fraicheur , sans offrir trop de resis- tance aux racines de la plante. Les terres destinees a la culture du lin sont preparees , en Hollande et en Belgique , trois ans d'avance et de la maniere suivante : PREMIERE ANNEE. Be"cher , engraisser , mettre de la gadoue , semer du chanvre , ou planter des pommes de terres. DEUXIEME ANNEE. Retourner la terre avec la charrue, engraisser , semer de Torge ou du froment. TROISIEME ANNEE. Retourner la terre avec la charrue , y mettre de 1'engrais et de la gadoue et semer le lin au mois de mars. Au dire des liniers , la meilleure empouille qui puisse precMer le lin , c'est une r^colte de chanvre ; elle assure presque toujours une bonne r6colte de liu. En bonne cul- ture , le lin ne doit se presenter que tous les sept ans , dans la rotation de 1'assolement. On cite quelques excep- tions a cet egard ; cependant on est unanimement d' accord qu'il y a avantage , me'ine pour les meilleurs terres , a varier les semences par un bon assolement. C'est 1' opinion des cultivateurs namands qui alternent leur culture au moyen du b!6 , de 1'avoine , du lin , du trefle , du chanvre, betteraves , colzas et navets , de maniere a ce que chaque semence ne revienne qu'une fois dans le cours de la rotation. On nous a cit6 divers assolements sexennaux , combine's de maniere a faire entrer deux recoltes ameliorantes ou sarclees, avec fumure abondante, afin d'obtenir deux re- coltes de plantes sarclees , de sorte que la me'me plante ne puisse revenir qu'une fois dans la periode sexennale. M. Roge signale une singular-it^ remarquable, c'est que 140 INSTITUT DBS PROVINCES PB FRAHCB. le lin peut tre reproduil trois et quatre annees de suite dans le me 1 me champ, pourvu que la culture ne soit alternee par aucune autre pi ante. Seulement , apres chaque r6- c colte , on seme des navets qu'on ne recueille pas , mais qu'on enfouit la ou ils vienuent avec une petite portion de fumier. II est rare qu'on puisse r^peter plus de trois fois une recolte si extraordinaire ; a la quatrieme le lin brule , c'est-a-dire jaunit f blanchit et disparait. Les parties nutritives n6cessaires a la vegetation de cette plante , sont entierement 6puisees dans la terre qui l'a produite plusieurs fois. c La particularite que je fais remarquer n'est pas com- mune aux autres varietes de lins qui doivent toujours e"tre obtenues par 1'assolement sexennal. On peut semer sans nouvel engrais toute espece de plante qui demande c une terre grasse. II en serait de me 1 me de la terre qui a produit le lin de mai , si elle avait 6te fumee avant les B tfRANCB. a deux epoques, suivant le lin qu'on veut obteDir. Lorsque la terre a ete bien araeublie . on seme a la volee , en deux fois , pour la repartir plus egalement , vers dix heures du matin , par un beau temps , a 1'hectare , a raison de 2 hect. 50 en graine de Russie. 3 h. en graine tiapres- tonne. On la laisse sur terre jusqu'a deux heures d'apres midi. On recouvre par un ou plusieurs hersages ; le lendemain on y fait passer le rouleau. Une terre riche peut recevoir plus de semence qu'une terre maigre. La levee du lin s'effectue , pour le lin de mars , en 15 a 20 jours , pour le lin de mai , en 8 a 12 jours ; plus la germination est prompte et plus la recolte a de chances de reussir. Pendant ce temps , le cultivateur devra de- truire les taupes avec le plus grand soin. Le lin bien leve $oit former une belle pelouse d'un vert tendre; lorsqu'il a atteint une palme, soit 8 a 10 centimetres de hauteur , il faut proceder au sarelage. Plus t6t il serait dif- ficile de distinguer les mauvaises herbes ; plus tard le lin ae releverait difficilement. Maigre la proprete de la graine et la uettete de la terre , il est impossible d'eviter le deve - loppement d'une certaine quantite de mauvaises herbes qui nuiraient a la plante. II est done indispensable de faire sarcler au moins une fois dans les terres propres et deux fois dans les terres moins bien tenues. Cette operation doit 6tre faite par un grand nombre d'ouvrieres en meme temps, n'importe par quel temps , pourvu qu'il ne pleuve pas. On fait sarcler a la main , en n'enlevant que les plantes etrangeres et en laissant tout le lin leve ; on a reconnu que les tiges quine grandissent pas ( le tiers environ) forgaient les autres tiges a pousser droit, en les maintenant plus serrees. DES ACADEMIES. 145 Les ouvrieres sarcleuses doivent marcher sur les genoux et aller centre le vent; de cette maniere , elles nuisent moins a la plante qui se releve plus facilement. Plus les rangs des sarcleuses sont serres , moins il echappe de mauvaises pi antes , et moins le champ est pietine par les allees et venues. Quand on doit sarcler deux fois, la se- conde operation commence le plus souvent aussit6t qu'on a fini la premiere. Le sarclage coute dans le Nord environ 36 francs 1'hectare. La gelee fait peu de tort aux lins , mais les vents lui sont tres-prejudiciables ; s'ils sont froids , ils arr&tent la vegetation de la plante qu'ils rendent theon ou fourchue ; s'ils sont chauds, ils la dessechent. On attribue au fumier trop nouveau les taches qu'on re- marque quelquefois au moment de la vegetation. Dans ces places , le lin se chaufourne, s'echauffe, se bruleet meurt en blanchissant. Quelquefois, la tache va en s'agrandis- sant avec rapidite dans ce cas , cet accident provient le plus souvent de ce que le lin s'est affaisse d'un c6te et que cet affaissement emp^che 1'air de circuler entre les tiges et de les vivifier. La floraison du lin a lieu ordinairement vers le com- mencement de juillet. Si le lin est bien venu , il fleurit egalement, sa tige est fioe , deliee ( non fourchue ) et d'une nuance jaune-clair ; sa hauteur est de 1 metre, quelquefois plus. A ce point de la culture du lin se termine le plus souvent le r61e du cultivateur , dans une grande partie de la Flandre. II vend (a la raziere) son lin sur pied a des marchands de lin qui lui achetent sa recolte, pen- dant la floraison, aleurs risques et perils ; le surplus de la main-d'oeuvre est desormais a leur charge et le cultivateur n'a plus qu'a transporter la marchandise au lieu convenu , 7 146 INSTITUT DES PROVINCES DB FRANCE. lorsqu'elle est seclie et bottelee. line raziere ( 42 ares 22 } de lin sur pied se vend , dans le Nord , 400 francs , soil 880 francs 1'hectare ; dans les environs de St.-Quentin , le lin sur pied se vend 2 fr. 50 la verge, soit 600 fr. 1'hectare. Ces prix sont , du reste , subordonnes & la beaute de la recolte sur pied. Au cultivateur force de recolter lui-me'me son lin , nous conseillerions d' avoir egard aux observations suivantes : L'epoque de la cueillette du lin est tres-importante et ne doit pas avoir lieu indifferemment , au memo degr6 de ma- turite pour le lin de mars que pour le lin de mai. Pour le lin de mai ( seme avec la graine de Riga) , on attend, pour 1'arrachage, que la graine ait acquis sa matu- rit6. On n'a pas oublie que cette graine doit servir 1'annee suivante pour obtenir le lin de mars. La maturite a lieu vers le 15 aout, mais on ne doit pas attendre 1'ouverture des capsules ; car alors on perdrait une partie de la graine. Pour le liii de mars , la cueillette doit etre faite dans les- premiers jours de juillet , avant sa complete maturite, afiu d' obtenir une belle filasse. II est assez difficile de preciser exactement le degre de maturite convenable ; on nous a signal^ : les tiges encore vertes, legerement jaunes , la tele developpee et formant une petite pointe , la graine verte , juteuse et s'ecrasant sous une legere pression. La cueillette doit &tre faite par un temps sec ; 1'humi- dite ferait noircir le lin et tout serait perdu , filasse et graine. Cette operation demande assez de surveillance , parce que la longueur differente des filaments , dans une meme partie de lin, etantconsideree comme un defaut essen- tial, les cultivateurs soigneux font faire, lors deTarrachage, des lots des tiges les plus hautes ; il suffit de faire mettre dans les m&nes poignees les tiges de me'me qualite. CONORS DES ACADEMIES. 147 L'arrachage coute environ 30 francs Thectare ; si le temps est sur, on laisse les poignees de lin exposees au soleil pendant 24 heures pour donner les reins a la tige ; sans cela il est difficile de la dresser. Si le temps est incertain , il faut faire Her les poignees et les planter debout , trois par trois , en les ecartant du pied. On retourne le lin le jour suivant et on le dispose en cloche apres deux journ6es de beau soleil. On le met aussi en chaine, en le recouvrant avec des bottes disposees en toil. La dessiccation s'opere gra- duellement. Une partie des sues , passant des tiges dans les graines, la developpe et lamurit. Huit jours suffisent dans les grandes chaleurs pour arriver a un degr< de des- siccation suffisante. L' usage de mettre le lin en petites bottes liees sous les capsules, pour en former des haies ou ils sechent, est em- prunte de Courtray. II est un autre usage qu'on suit ac- tuellement dans les environs du Havre et que MM. Mareau et Dorey recommandent a 1'attention des cultivateurs. D'a- pres cette methode , les hommes qui suivent les faneuses ne lient pas les tiges en bottes, mais ils en forment une haie a double pente. Pour commencer ce travail , on plante en terre un pi- quet , et c'est centre ce piquet que Touvrier appuie les deux premieres poignees , graine contre graine , les ra- cines en dehors , de maniere a former un toit aigu ; il allonge indefiniment cette espece de toit , en appuyant de nouvelles poignees contre celles qui sont deja en place ? alternativement d'un c6te et de 1'autre. Lorsque la rangee est terminee , et avant d'enlever le piquet , on marie ensemble , par la tete et a 1'aide de quelques brins de lins , les cinq ou six poignees de chaque extremite; et le tout, ainsi dispose, resiste parfaitement a 1' action du vent. 148 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Cette disposition a 1'immense avantage de permettre a la fanaison de s'operer plusviteet plus regulierement ; 1'air circule , en effet , partout avec une egale facilite , ce qui ne saurait avoir lieu lorsque les poignees sont reu- nies par des liens. Ceux-ci ont en outre l'inconvnient , lorsque le temps est pluvieux, de retenir Peau dans la partie de la tige qu'ils compriment et de lui faire eprouver un commencement de rouissage duquel il resulte , lors- qu'on precede au rouissage general , que certaines par- ties sont deja trop avancees , lorsque les autres ne sont encore qu'a point. II faut de huit a quinze jours, suirant le temps, pour que la fanaison soit complete. On la reconnalt a la raideur des tiges. Par un temps sec, on fait mettre le lin en botte de 1 metre 15 detour, pesant environ 10 kilos, puis on le rentre dans la grange ou il se rasseoit. La recolte d'un hectare de lin produit, en moyenne, 2,500 kilos de lins en baguette. On bat le lin en grange avec des mailloches de bois , sur un billot et non avec des fleaux qui , mal conduits , casse- raient lasoie. La capsule etant brisee, la graine est imme- diatement libre. Des cultivateurs qui ont reconnu que la graine se conservait inieux dans son eiiveloppe jusqu'au moment de son emploi , ont donne la preference au peigne pour la separation de la graine. Le peigne est en fer, il a deux ou trois rangs de dents, et se fixe sur un chevalet. L'ouvrier prend une poignee de lin du cote des racines , il en fait penetrer les tiges entre les dents du peigne et les retire ensuite vers lui jusqu'a ce que toutes les capsules soient tombees. Pour Tegrenage, on se sert , en Irlande , d'un instrument compose de deux rouleaux creux , en fonte, tournant en sens inverse , ce qui est bien plus exp6ditif . Un hectare de lin produit environ huit hectolitres de CONGRES DBS ACADEMIES. 149 graine. La graine qui provient du lin de mars (cueilli avant la maturite ) est sans vertu pour une bonne reproduction ; elle est vendue pour le tordoir. Nous arrivons a la preparation la plus delicate de la cul- ture du lin , nous voulons parler du rouissage. Cette ope- ration a pour but de degager les fibres de la filasse de la paille, en decomposant les substances gommeuses et resi- neuses qui les tiennent agglutinees. Le lin est roui soit apres la recolte, soit au printemps suivant. II y a deux manieres priucipales de rouir le lin : a 1'eau et au pre. Nous n'entrerons pas ici dans les details du rouissage , preparation que nous ne conseillons pas aux cultivateurs d'entreprendre sur les indications donnees dans les livres. C'est une operation industrielle qui demande une grande experience ; on sait qu'une seule nuit d'orage suffit pour faire depasser , dans les routoirs , le temps du rouissage et occasionner de grandes pertes. Dans le cas oil le cultivateur se trouverait economiquement a portee de pres ou de cours d'eau , il serait preferable de faire venir un ouvrier rouisseur des bons pays ; cet homme le mettrait au courant de cette operation et lui eviterait les chances de pertes par suite d'avaries. Les graves inconvenients du rouissage en eaux stagnantes , 1'etendage sur les prairies des produits ferraentes qui repandent auloin les exhalaisons insalubres, ont depuis long-temps excite la sollicitude des hommes de progres. Plusieurs precedes ont ete essayes pour remplacer le rouissage, notamment les solutions etendues d'acide sulphurique ou de soude caustique , les eaux de savon noir , le lait de chaux ; mais les bains ont presente des inconvenients et des chances qui les ont fait aban- donner. Des essais faits en Allemagne ont paru donner des resultats satisfaisants sur le precede de rouissage a la 150 INSTITtJT DBS PROVINCES DE FRANCE. vapeur mis en pratique en Amerique et en Irlande. Mais des essais tenths a Lille n'ontpas obtenu , nous a-t-on dit, meme succes. La nature du lin en a ete tant soit peu al- teree. Voici succinctement comment M. Dumet decrit ce nouveau precede de rouissage. Le lin est place , dans les cuves de rouissage , debout serre , maintenu par des barres et quelques clavettes. Ces cuves sont a double fond ; le faux fond , sous lequel on amene la vapeur a volonte, est perce de trous comme dans une cuve a brasser. La cuve etant remplie d'eau , de fagon que rimmersion soit complete, on introduit la vapeur dans le serpentin , de maniere a el ever graduellement la tempe- rature jusqu'a 22 degres centSsimaux. La fermentation ne tarde pas acommencer, elle s'annonce par un degagement de nombreuses bulles de gaz et entretient presque seule la temperature initiale pendant 60 heures. Le rouissage est 4 son terme , lorsque la fermentation cesse presque entiere- ment; elle ne dure ordinairement que trois jours. Le lin euleve par poignees est mis au sechoir , et la des- siccation est terminee en placant le lin avant le teillage dans une piece contigue aux fourneaux et chauffee par la cha- leur perdue des generateurs. Le broyage et le teillage des lins, apres le rouissage, sont encore des preparations que nous conseillons aux cultiva- teur*s de laisser faire a 1'industrie qui la fera bien plus eco- nomiquement surtout avec les nouvelles machines dont M. Payen nous donne la description. Le lin est broye et teille par deux machines. Dans la premiere operation , le lin etendu en nappe passe succes- sivement entre cinq paires de cylindres a cannelures , graduellement plus fines. Les tiges etant concassees dans tous les porte-a-faux , entre les cannelures, on procede la - CONGRES DES ACADEMIES. 151 seconde operation pour en eliminer la chenevotte , afin d'obtenir la filasse. Les nappes broyees sont conduiles par une chaine sans fin dans la seconde machine ou elles sont battues par des tringles en fer, disposees suivant les ge- neratrices des deux cones entre lesquels la filasse est frottee sur les deux faces des nappes. Celles-ci , arrivees 4 I'extremite , sont en partie nettoyees de toute chenevotte ; mais, reprises une seconde fois en sens inverse, elles sortent completement epurees. Nous terminons ce travail par une indication du prix de revient des diverses operations que nous venons d r enu merer , sur les renseignements qui nous ont ete fournis par un linier de Moy. On comprendra que ces evaluations doivent se modifier suivant les lieux et les circonstances. Nous separons les deux sortes de frais dans 1'evaluation faite pour un hectare. FRAIS DU CULTIVATEUR. Location de la terre et impositions. 110 fr. Engrais (1). . jqfci * : < 150 Culture , ensemencement. ... 60 Graine de semence (2). ^Jiv-' fi ^ 135 Sarclage #n# si 36 491 491 f. (1) Nous ne comptons que la moiti6 d'une fumure; car, nous ad- mettons que le lin seme en premiere ou en seconde annee de fumure, n'a pas seul absorb^ la totality de Tengrais employ^. (2) Nous avons dit que la graine de Riga qui s'employait la pre- miere annee pour les lins tie mai coutait, pour 2 h. 50, a 60 fr., 150 fr. ; et que la graine d'apres tonne ou de seconde annee coutait, a 40 fr. Thectolitre, pour 3 hectolitres, 120 fr. ; le prix moyen de semence sera done de 135 francs Thectare. 152 1NSTITUT DES PROVINCES DB FRANCE. Report. 491 FRAJS DU FABRICA.NT DE LINS. Arrachage 30 fr. Battage , rouissage 63 Teillage 157 250 M. Mareau , dans son rapport a M. le Ministre , evalue les frais , en Belgique et en Hollande , a 727 fr. M. Dorey, dans sa brochure , les evalue a 745 francs dans 1'arrondis- sement du Havre. La culture du lin se pratique en France de bien des ma- nieres et se divise suivant les habitudes etles circonstances locales. Dans beaucoup de contrees , le cultivateur fait lui- meme toutes les operations de la culture , recolte , rouis- sage et teillage du lin. Dans la valle de 1'Oise , le cultivateur fournit la terre amen dee et cultivee moyennant un prix de location con- venu. Le linier fait semer, sarcler , recolter le lin a ses ris- ques et perils. En Flandre , c'est le cultivateur qui , lui-mtae , ense- mence le lin dans la terre qu'il a preparee , puis le soigne , le fait sarcler , et , lorsqu'il est en fleur , le vend sur pied aux marchands de lins qui le recoltent a leurs risques et pe- rils et le font ensuite battre , broyer et teiller , comme ils le jugent convenable. Ce mode de division nous paralt le plus naturel et le plus convenable et pour le cultivateur , et pour 1'industriel. C'est celui que nous conseillons aux cultivateurs d'adopter, afin d'introduire economiquement et sans embarras la culture du lin dans leur assolement. Mais , nous ne saurions trop le CONGRES DES ACADEMIES. 153 recommander , il faut que le cultivateur soit bien fixe al'a- vaiice sur le produit qu'il vent obtenir , afin de ne pas faire de fausse application dans le choix de la terre , dans Ves- pece de graine a seraer, dans 1'epoque de 1'ensemence- ment, et surtout le degre de maturite de la tige , a 1'epoque de la cueillee , tous points qui different entierement , sui- vaut Tespece de lin qu'on veut produire. Les conclusions de ce rapport sont mises aux voix. Sur Tart. l er . M. de Laboire craindrait qu'il nefut im- prudent de relever brusquement les droits , attendu que Tagriculture ne fournissant pas assez , la mise en oeuvre pourrait etre arretee , faute de matiere premiere. M. de Laboire voudrait done que le droit ne fut augmente que graduellement. M. Gomart croit au contraire que pour exciter le deve- loppement de la culture de lin , il faut la proteger des le commencement. M. de Laboire declare n'avoir voulu emettre qu'une idee de prudence. M. Dreolle suppose que le gouvernement a eu de graves motifs pour abaisser les tarifs. II voudrait done qu'avant le vote le pour et le contre fussent discutes a fond. M. Mahul repond que la pensee du gouvernement n'apu etre que d'exciter la fabrication nationale. La question lui parait d'ailleurs toucher a la question delicate de la pro- tection douaniere et du libre echange. II voudrait que par une reserve dans la redaction , cette question fut laissee entiere. II faudrait craiudre que Texhaussement du tarif n'elevatle prix des toiles, matiere a peu pres indispensable, et pour proteger uhe classe particuliere , soit celle des 154 ifrSTlttfT DfiS PROVINCES Dfe FfcANCfc. agriculteurs , soit celle des manufacturiers , on ne frappat d'uoe sorte d'impot, la classe generale de lous les consom- mateurs. M. Gomart ne voit aucun danger pour les consommateurs. La hausse des toiles est impossible , car le rapporteur ne propose 1'exhaussement du droit que sur les lins teilles , non sur les fils et les toiles. Les toiles 6trangeres n'6tant point frappees feront une concurrence et empe"cheront la hausse des toiles francaises. La mesure proposed n'attein- drait done que les filateurs , dans une faible proportion , et nullement les consommateurs. Sous le m6rite de ces observations , Tart. l er . est adopte. L'art. 2 est egalement mis aux voix et adopte. M. Gomart explique qu'il a pour but de prevenir la dege- nerescence de la graine de lin , qui ne peut servir au plus que trois generations. L'art. 3 est adopte sans aucune discussion. En proposant 1'adoption de Part. 4, M. le rapporteur ajoute que la Societe centrale d' agriculture s'occupe de rea- liser ce que propose cet article et de faire rediger un manuel pour la culture pratique du lin. M. de Laboire voudrait que ce manuel s'occupat aussi de suite de cette culture , le rouissage , le teillage. M. Gomart repond que eel a viendra en suite. Les art. 4 et 5 sont adoptes. M. Gomart continue en ces termes la lecture de son rap- port : Un dernier voeu que m'a charge de vous presenter la Commission , c'est la demande d'une legislation repressive sur la police des engrais. M. Bobiere , chimiste verificateur des engrais de la Loire- Inferieure , a cit6 les bons effets que M. le Prefet de la Loire CONGRES DES ACADEMIES. 155 a apportes par son arr&te dans le commerce des engrais ; il demande que cet arret soit etendu a toute la France. NOTE DE M. BOBIfcRE. MESSIEURS t Parmi les questions d'economie agricole a 1'ordre du jour , il en est une qui ne peut manquer de fixer votre at- tention , comme interessant de la maniere la plus directe le bien-etre des populations. Le calcul prouve que la fumure de Thectare de terrain coute en moyenne , en France , 135 fr. L'engrais entre des- lors pour 8 centimes dans le prix de 1 kilog. de pain , et si , par un moyen quelconque , on arrivait a faire diminuer de moitie le prix des substances fertilisantes choses que je crois possible en une dixaine d'annees , il n'est pas douteux qu'on ne realise un progres euorme , si 1'engrais n'entrait en effet que pour 4 centimes dans le prix du kilog. de pain, la France aurait chaque annee une eco- iiomie de 290 millions. Livre depuis plusieurs annees a Tetude des engrais dans 1'Ouest, j'ai ete assez heureux pour organiser a Nantes un service officiel de verification qui a donne des resultats sur lesquels j'ai besoiu de fixer votre bienveillante attention. Pendant dix annees, de 1840 a 1850, la fraude a in- troduit sur le marche de Nantes , une quantite de tourbe destinee a la sophistication des residus de raffinerie em- ployes comme engrais , qui represents pour 1'agriculture locale une depense perdue de 18 millions de francs. Un tel etat de choses ne pouvait durer , le moyen qui a paru le plus convenable a M. le Prefet de la Loire-Infe- rieure pour y porter remede , consiste dans le principe 156 INSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. de la vente avec ecriteaux indicateurs de la composition chimique des substances offertes a I'agriculture : par ce moyen toute liberte de melange est laissee au commerce , mais toute garantie est egalement donnee au cultivateur qui achete avec connaissance de cause. Le reglement adopte par M. le Prefet de la Loire-Infe- rieure est joint a cette lettre , il est contenu dans la bro- chure intitulee : Cornells aux Cultivateurs, que j'ai 1'hon- neur de soumettre au Congres. La Societe centrale d'agriculture de Rouen, TUnion Agricole du Sud-Est, ont successivement reclame de M. le ministre de I'agriculture , que le principe de vente des engrais avec ecriteau indicateur de la composition fut adopte sur tout le territoire de la France. Lememe voeu a ete for- mule en projet de loi a Fassemblee par M. Dumas, rap- porteur d'une commission nominee a cet effet ; les ins- tances des amis de 1'agiicnUure aupres du gouvernement sont d'autant plus motiveesque, sous 1'influence de Tarrete prefectoral de M. Gaujal , il a ete of ftciel lenient constate, 1'annee derniere, par la Chambre de commerce et le Conseil general siegeant a Nantes . qu'apres deux annees d'exercice la tourbe avait diminue de 15 j dans les melanges de noir residu de raffinerie livres a Tagriculture locale. On comprend Timportance de ce chiffre lorsqu'on reflechitque, chaque annee , les transactions relatives au commerce des pngrais s'elevent de 3 a 5 millions de francs. Je ne doute pas un seul instant, Messieurs , que le Con- gres n'appuie de ses vceux , aupres du gouvernement, les demandes de legislation repressive, successivement for- mulees a la Societe d'agriculture de Rouen , a TUnion Agricole du Sud-Est, au Congres central du Luxembourg, et dernierement enfin a 1'Assemblee legislative. Je joins CONGRES DBS ACADEMIES. 157 en consequence a cette lettre 2 brochures propres a faire apprecier a la commission d' agriculture , la haute impor- tance de la question et son etat dans 1'Ouest de la France. M. de Sussex, tout en approuvant les mesures prises a Nantes et qui sont speciales pour le commerce des engrais de la Loire-Inferieure, estime que la garantie n'est pas complete pour toutes les especes d' engrais. II demande que tous les marchands d'engrais soient tenus de declarer la composition actuelle et absolue de la chose livree. II veut que le marchand d'engrais soit place dans la position de bien faire ; il y aura ainsi avantage pour tout le monde. Suivant M. le general Remond , Inexperience a prouve dans la Loire-Inferieure , que 1'arrete de M. le Prefet a araene une economic de deux millions en reprimant la fraude. On a organise 1'essai chimique de manicre a ce qu'il puisse s'operer dans la moindre pharmacie. M. le prefet de la Loire-Inferieure, M. Gaujal, a fait une demarche pres du ministre de 1'Interieur pour etendre ces utiles me- sures a la France entiere. M. Bobiere, chimiste , est charge de preparer un travail a ce sujet. M. le Rapporteur relit la proposition deM. de Sussex. M. du Vauteuet repond que cela est justement ce qui se fait a Nantes. II dit que la fraude resulte d'une sorte d'ac- cord entre le fabricant et Vacheteur intermediaire , qui achete pour revendre. La mesure prise a Nantes empeche parfailement la fraude. La proposition de M. de Sussex est adoptee. L'ordre du jour amene la discussion sur les moyens de repeupler les rivieres a Taide de la fecondation artificielle des poissons. M. de Caumont annonce la presence, au sein du Congres, 158 1NSTITDT DBS PROVINCES DE PRANCE. de M. de la Rupelle , ingenieur en chef du canal du Centre , charge par le gouvernement d'appliquer sur ce canal la d6- couverte de M. Gehin. M. de la Rupelle declare que les experiences sont a peine commencees. Les canaux d'Orleans et du Loiiig sont com- pletement de"peuples. La production delacarpe parait de- voir 6tre la plus facile et la plus profitable : c'est done par elle que Ton commencera. On s'occupera ensuite de celle de la truite et de Tanguille. M. le comte de Mellet a ensuite la parole comme rappor- teur de la section des beaux-arts. Voici Tanalyse de ce rapport : M. de Caumont a lu un travail sur cette question du programme : Quels sont depuis quelques annees les faits acquis concernant les caracteres de 1'architecture et des arts accessoires durant 1'ere merovingienne? quelle di- rection doit-on donner a 1'etude de cette periode archeolo- gique? M. de Glanville a donne lecture d'une notice sur des monnaies merovingiennes decouvertes par M. 1'abbe Cochet. M.Victor Petit a egalement donne lecture d' un rap- port sur des decouvertes archeologiques faitesparM. Com- marmond , directeur dumusee d'antiquitesdeLyon. On a ensuite entenduune proposition deM. Victor Petit, proposant depopulariserpar une edition nouvelle la carte de Peutinger et Titineraire d'Antonin. Enfin M. Onesime Leroy a lu un memoire sur cette question du programme : Quel est T6tat de Fart dramatique dans les departements ; quels moyens y aurait-il de luirendre son ancienne splendeur? La question a ete vivementdiscutee par MM. de Mellet, One- sime Leroy, de Riancey, et Isidore Lebrun. MM. de Mellet et de Riancey proposentd'ajourner 1'examen de cette question. A la suite d'une improvisation tres-brillante et tres-chaleu- CONGRES DBS ACADEMIES. 159 reusement applaudie de M. de Riancey, Pajournement aete adopte. Le Secretaire-general , membre de Clnstitut des provinces , Raymond BORDEAUX. SEANCE DU 18 MARS. Pr&idence de M. le V te . DE SANTAREM, ancien ministre du roi de Portugal, membre de Tlnstitut de France. M. de Caumont invite M. de Santarem a presider la seance et appelle au bureau MM. de Buzonniere , Challe, de LaChauviniere, membres de plusieurs Societes savantes; de Morissure, president du Cornice agricole de Nogent- le-Rotrou (Eure-et-Loire). M. Oh. Gorriart remplit les fonctions de secretaire- general en 1' absence de M. Duchatellier. Le proces-verbal de la seance du 17 mars est lu et adopte. M. de La Renaudiere , secretaire de la section agricole , lit le rapport suivant : RAPPORT DE M. DE LA RENAUDlfiRE. La section d'agriculture et celle des sciences physiques se sont assemblies ce matin. L'honorable M. Du Moncel n'a pu se rendre a la reunion pour y donner une d6mon- stration de physique experimentale promise par lui , mais nous sommes heureux d'annoncer , du moins M. de Cau- mont nous en a donne 1'espoir , que ces curieuses expe- 160 INSTITCT DBS PROVINCES DE FRANCE. riences vont avoir lieu aujourd'hui me"me, dans le cours de la seance gnerale. La seance de ce matin a ete presqu'exclusivement con- sacree a entendre une communication pleine d'inter&t de M. de Verneuil, sur la constitution geologique de 1'Espagne. En attendant Tarrivee a la reunion de son savant com- pagnon de voyage dans la Peninsule , M. de Loriere a bien voulu nous entretenir de ses excursions botaniques dans les montagnes de la Catalogue et sur cette succession de plateaux superposes Tun a 1'autre , et qui forment le versant sud de nos Pyrenees-Orientales. A notre grand regret , le temps nous a manque pour donner au Congres une analyse fidele de Tinstructif voyage qu'il nous a ete donne de faire ce matin , a la suite de M. de Verneuil. Le savant geologue nous a conduit du Nord au Sud , de 1'Est a TOuest de 1'Espagne , des mines de charbon de terre de Belmes et d'E spiel , dans les Asturies, a celles de Villa-Nuera-del-Rio, voisines de Seville. Nous avons parcouru avec lui , etudiant les roches de diverses formations et la paleontologie de 1'Es- pagne, les trois chaiues constitutives du squelette de la Peninsule, le Guadarrama , les monts de Tolede et la Sierra-Morena. Apres avoir examine les roches primitives et secondaires a 1'entour des trois grands bassins tertiaires d'eau douce, nous avons fait le tour du littoral, a la re- cherche des formations tertiaires. L'instructive communication de M. de Verneuil a ete accueillie comme elle devait I'e'tre. Les membres pre- sents a la seance de ce matin, ont adresse d'unanimes re- merciments au savant voyageur, remerciments auxquels le Congr&s s'associera. M. de Sussex a pris ensuite la parole pour entretenir la CONGRES DBS ACADEMIES. 161 reunion de ses recherches sur la iheorie des bases et des sels dans la composition des vegetaux. II a ete decide que M. de Sussex serait entendu a la seance generale. M. de Caumont, repondant a une des questions de notre programme, a depose son excellente carte geologique du departement de la Manche , laquelle indique une rectifi- cation qu'il a faite sur la carte geologique de France. L'heure avancee n'a pas permis a la section agricole d'entrer dans la discussion des questions relatives au credit foncier ; une conversation s'est toutefois engagee sur ce sujet et la discussion en a ete remise a demain vendredi. M. de Mellet entretient le Congres des travaux de la section d'archeologie. M. de Caumont renvoie aux commissions , diverses brochures dont il est fait hommage au Congres , savoir : 1. La collection complete des publications de la Societe de statistique et d'agriculture des Deux-Sevres, presentee par M. Beaulieu. 2. Des voies romaines sortant de Plain (Loire-Infe- rieure). Voie romaine de Blain f vers Angers. Voie romaine de Blain, vers Chasteau-Briant et le Bas-Maine. Recherches sur les enceintes murales. Explication d'une carte de Bretagne armorique. ( Cinq brochures, dont M. Bizeul, de Blain, fait hommage au Con- gres.) Lecture est donnee d'une lettre de M. Emmanuel Michel, delegue de TAcademie de Metz , qui offre au Congres les epreuves des trois premieres feuilles de la Biographie du parlement de Metz, 162 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. Des remerclments sont votes a 1'auteur. M. le president donne encore lecture d'une leltre de M. Darblay alne" , et d'une autre lettre de M. le marquis Christian de Nicolai', de la Sarthe, qui s'excusent de ne pouvoir assister au Congres. M. de La Chauviniere fait hommage au Congres de plusieurs exemplaires d'une brochure sur la Session du Congres scientifique tenue a Orleans. II exprime le vceu que le buste de Mathieu de Dombasle soit d6pos6 dans les gale- ries historiques de Versailles. M. le vicomte Du Moncel prend la parole en. ces termes : COMMUNICATION DE M. LE V te . DU MONCEL. MESSIEURS, Si j'ai bien compris la pens6e qui a inspire le Congres , son but ne doit pas se borner seulement a relier ensemble Unites les Academies et les Societes savantes de France , de maniere a faire connaltre leurs travaux , mais il doit tendre aussi a attirer leur attention sur des questions impor- tantesquidemandentle concours d'hommes de science etde talent. Parmi ces questions, 1'une des plus importantes est celle de la meteorologie, et c'est malheureusement une des connaissances les moins repandues ; pourtant une etude suivie de cette science et de nombreuses series d'obser- vations meteorologiques , faites dans un grand nombre d'endroits, pourraient venir en aide a 1'agriculture , a 1'horticulture , a la botanique , a la sylviculture, etc. Paruii ces observations, il en est une surlaquelle j'avais attire, 1'annee derniere, 1'attention du Congres, et sur la- CONGRES DBS ACADEMIES. 163 quelle je vais encore insister; c'est 1' observation des vents. Car c'est d'eux que dependent les variations accidentelles de la temperature et par suite la plupart des phenomenes atmospheriques ; j'avais indiqu6 a ce sujet un anemometre fort commode , a 1'aide duquel ces observations pouvaient e"tre inscrites par le vent lui-me"me , pendant un intervalle d'observation de24heures. Aujourd'hui, je vais enindiquer un nouveau qui ne peut laisser aucun pretexte a la paresse. C'est un an6mographe electrique , de mon invention , qui fournit dans le cabinet me'me de 1'observateur , par 1'inter- m6diaire de I'electricit6 , toutes les indications relatives a la vitesse , a la dur6e , a la direction et aux variations du vent. De plus , ces indications peuvent e*tre inscrites par Tinstrument pendant huit jours consecutifs , sans qu'il soit besoin de s'en occuper ; au bout de ce temps , un meca- nisme special , une espece de rereil , vous previent que 1'heure de I'observation est arrivee et il vous suffit alors de retirer votre feuille de papier de Tappareil , en remettre une autre et remonter le m^canisme. En jetant alors les yeux sur la feuille qu'on vient d'enlever , on voit non seu- lement la recapitulation de toutes les indications relatives aux vents pendant les huit jours , mais on peut les suivre me'me heure parheure , ce qui est un avantage inappreciable pour 1'etude des variations diurnes du vent. Je regrette de ne pouvoir mettre sous vos yeux cet instrument , mais ses dimensions ne m'ont pas permis d'en operer facilement le transport. Je me contenterai de vous dire qu'il se com- pose de deux appareils, 1'un fixe sur le haut d'un toit ou d'une tour et qui n' a jam ais besoin d'etre consult^, 1'autre place dans le cabinet de 1'observateur et qui peut avoir toute la coquetterie des meubles les plus elegants. Avec un pareil anemometre , on voit qu'il n'est plus necessaire 164 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. de s'exposer a la pluie ni au vent pour aller recueillir les observations. Bien que les observations qui ont ete faites jusqu'ici sur les vents aient ete tres-inexactes , j'ai pu cependant, en les compulsant, deduire plusieurs lois assez curieuses , entr'autres celle de leur repartition suivant les saisons , et j'en ai fait une theorie que les anomalies des saisons de Tannee derniere n'ont pu mettre en defaut. Je ne vous parlerai pas de cette theorie , car elle exigerait plus de developpements que je ne pourrais vous en donner ici ; je me contenterai seuleraent de vous dire 1. que la moyenne direction generale des vents de nos climats est du Sud- Ouest , que c'est en automne qu'ils sont le plus au Sud et au printemps le plus au Nord. En ete ils sont a 1'Ouest et en hiver au Sud-Ouest. A c6te des observations meteorologiques , je dois signaler un autre sujet d'6tude dont les applications nous sont peut-e*tre encore plus directes , c'est Tetude des applications de I'electro-magnetisme. Ce n'cst pas que je fasse allusion ici au prix de 50,000 francs cree par le gouvernement , car je sais qu'il n'est pas besoin de prix pour exciter le zele des vrais amateurs de la science , neanmoins il serait flat- teur pour la province que ce fut un de nos collegues qui Tobtint. En consequence , il me semble a propos d'indiquer brievement ce qui a ete fait sur cette question et les points sur lesquels doivent porter priucipalement les recher- ches. II n'est personne ici qui ne connaisse la pile de Volta. Cependant les immenses perfectionnements que lui ont apportes , dans ces derniers temps , MM. Smee , Daniel , Grove , Buntzen et Archereau , peuvent bien ne pas etre a la connaissance de tout le monde. Aussi vais-je vous CONGRfcS DBS ACADEMIES. 165 montrer la pile la plus forte et la plus perfectionn^e , du moins jusqu'en ce moment, celle d'Archereau. Elle consiste dans deux vases plongeant Tun dans Tautre dont Tun est poreux , c'est le plus petit. On verse dans celui-ci de 1'acide nitrique et dans le premier de 1'eau acidulee. On plonge ensuite dans ces deux disso- lutions un morceau de charbon et un cylindre de zinc, et deux lames metalliques fixees a ces deux corps for- ment les deux p61es de la pile. Le choix de la pile que Ton doit employer n'est pas indifferent. Les unes produisent instantanement une grande quantite d'electricite , c'est celle que nous venons de de- crire ; rnais il leur faut de gros conducteurs pour qu'on puisse profiter de toute I'intensit6 electrique qu'elles sont capables de developper. En revanche cette intensite diminue rapidement avec leur longueur. On devra done les employe* de preference quand il s'agira de produire de la force ou de la lumiere. Les autres, au contraire, produisent lente- ment 1'electricite, mais le courant qui en resulte, quelque faible qu'il soit , peut agir a de grandes distances , avec des conducteurs en fil tres-fin : ce sont les piles de Daniel. Aussi devra-t-on les rechercher pour la telegraphie elec- trique , 1'horlogerie electrique et me"me 1'anemographie electrique. Elles sont d'ailleurs les plus constantes et les moins dispendieuses. Une pile peut avoir sa force augmenlee, soit par la reunion de plusieurs elements semblables , soit par 1'agran- dissement de sa surface ; mais les effets sont differents dans les deux cas. Avec une pile a grande surface , tout le de- veloppement de 1'electricite se fait en un seul point et 1'action electrique est alors tres-energique sur une petite longueur, pourvu que le conducteur soit suffisamment 166 1NSTITUT DBS PROVINCES DB F1UNCB. gros. Avec une pile coraposee de plusieurs elements re~ unis par leurs p61es opposes , I'electricite est produite en plusieurs points differents et peut vaincre plus facilement la resistance apportee par le fil ; aussi peut-on agir de cette maniere a une bien plus grande distance. Voila pourquoi M. Reid a pu faire fonctionner le telegraphe sous*marin de Douvres a Calais , avec une pile de 3/4 de pouce , composee de plusieurs elements tres-petits. Dans un memoire que j'ai presente a 1' Academic des Sciences , j'explique ces differences d'effets , en partant d'uue hypothese qui n'est pas encore reconnue par la science , mais qui est a mes yeux certaine , savoir que 1'electricite dynamique se propage par vibration comme la lumiere. II resulte en effet de cette hypothese que, dans les piles a grande surface , le centre de vibration etant tres- energique, les ondulations sont tres-accentuees , mais elles s'affaiblissent tres-promptement f comme on le remarque quand on cingle vigoureusement une nappe d'eau , tandis que dans les piles a elements distincts , la vibration etant entretenue et renforcee en plusieurs points, se propage beaucoup plus loin. Quoi qu'il en soit, une pile composee de plusieurs ele- ments peut tre convertie en un seul element a grande surface , si on reunit ensemble tous les p61es du me'me nom par une bande metallique. Les applications de la pile sont tres-nombreuses , elles peuvent se rapporter a la mecanique, a la chimie , a la metallurgie , a la medecine , a 1'eclairage , mais je ne par- lerai aujourd'hui que de celles qui concernent la mecanique. De tous les effets du fluide electrique , susceptibles d'im- primer a un corps un raouvement ou une impulsion , l*at- traction des aimants temporaires fournis par le courant CONGRES DES ACADEMIES. 167 electrique , est celui qui peut 3tre utilise mecaniquement de la maniere la plus avantageuse. Tout le monde sait ce que c'est que des aimants et con- nait la propriete qu'ils ont d'attirer le fer. Or, si Ton en- roule en spirale le conducteur d'une pile et qu'on place dans I'interieur de la spirale un morceau de fer doux , ce fer et Phelice elle-m^me deviennent aussitdt des aimants, et ces aimants sont d 1 autant plus puissants que le nombre de tours enroules est plus considerable et que la pile est plus forte. Tant que le courant reste forme, Taimantation subsiste, mais aussit6t qu'il est interrompu, le fer etl'helice abandonnent leur propriete magnetique. II ne faudrait pas croire cependant que Faction de ces deux genres d'aimants soit la me'ine ; dans un memoire presente par moi a rAcademie des Sciences, le 12 avril, je prouve de la maniere la plus palpable que le magnetisme existant dans Thelice a Tetat dynamique, developpe dans le fer que cette helice entoure, un courant magnetique , tandis qu'etant a Tetat statique, tel qu'ii manifeste sa presence dans les aimants ordinaires , il opere seulement la separation des Guides. II en resulte qu'un aimant dynamique, ou une bobine de cuivre entouree d'une helice dans laquelle passe un courant electrique , peut entramer a son interieur un cylindre de fer qu'on introduit au tiers de sa longueur , puisque le courant developpe dans le fer , marche dans le meme sens que celui de Thelice et lui est parallele. Mais un pareil resultat ne peut etre obtenu avec une bobine de fer placee dans les m^mes conditions. En revanche, celle-ci forme un aimant tres-energique qui a une force attractive infiniment plus grande. Ainsi done voila deux forces que 1'electricite met entre nos mains et que Ton peut rendre assez puissantes. D'abord 168 INSTITUT DfiS PROVINCES Dfi FRINGE. I'attraction d'un fer qui devient aimant lorsque le Couraut passe dans 1'helice dont il est entoure; en second lieu, ^attraction de Thelice elle-m^me sur un fer pouvant glisser librement a son interieur, attraction qu 1 on peut rendre encore plus intense , en adaptant a Tune de ses extremites une rondelle de fer doux, car on y ajoute Teffet resultant de la reaction du fer mobile devenu aimant sur le fer fixe. Tel est le principe sur lequel sont fondes les electro- moteurs, Thorlogerie electrique et le telegraphe 6lectrique. Dans moil traite des electro-moteurs (1) , j'ai etudie cette question dans tous ses details ; mais ne pouvant les deve- lopper ici, je vais resumer en quelques mots les resultats les plus importants que mes experiences m'ont faitconstater : 1. L'avantage de 1'attraction directe par Thelice est de fournir une course considerable au fer mobile et de donner, par consequent , le moyen d'agir directement sur les meca- nismes destines a la transformation du mouvement ; mais en revanche , sa force est assez faible et ne peut e" tre em- ployee avantageusement que dans le sens horizontal. Aussi pour une resistance un peu puissante , il ne faut pas songer & ce mode d'attraction ; mais il n'en est plus de meme quand il ne s'agit que d'une faible force , car a Tavantage cite pre- cedemment, se reunit celui, plus precieux encore, de n'avoir plus a supporter les effets de la force coercitive du fer qui n'est jamais assez pur pour abandonner instanta- nement , apres la rupture du courant , ses proprietes ma- gnetiques. La machine electro-motrice que j'ai presentee a 1'Institut , dans sa seance du l er . mars, repose sur ce genre d'attrac- tion. Dans cet appareil, les bobines des helices sont re- liees entr'elles , de telle fagon qu'elles constituent un seul (1) Chez Mathias, libraire, quai Malaquais, 15. CONGRES DBS ACADEMIES. 169 el meme cylindre, dans lequel circule Tarmature de fer qui etant tantol attiree par la bobine d'en haut, tan tot par la bobine d'en bas , forme comme un veritable piston 8 170 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. de machine a vapeur. De plus ce piston , en raison de la longueur de sa course, pouvant s'articuler directement a la bielle du moteur, 1'ensemble des deux bobines a pu etre dispose de maniere a osciller librement avec la bielle. La disposition suivante que 1'inspection seule de la figure peut faire comprendre , est encore plus favorable. CONGRES DBS ACADEMIES. 171 2. Lorsqu'on ernploie 1'attraction proven ant d'un fer entoure d'une helice ou, en termes plus scientifiques , d'un elcctro-aimant , 1'ecart qu'on est oblige de dormer aux pieces qui la sobissent, doit etre le rnoins grand possible , car la force dirninue comme le carre de la distance , on est done oblige de compliquer le mecanisme d'un systeme de leviers , pour obtenir la course necessaire a la decom- position du mouvement. Or , cette augmentation de course ne pent s'obtenir qu'au prejudice de la force elle-mem'e. Quoi qu'il en soit, c'est encore le mode d'action prefe- rable pour obtenir de la force , et c'est sur ce principe qu'est fonde mon grand moteur electro-magnetique, dont voici un specimen. B A. fl Quatre systemes A , B , c , p , composes chacun de trois electro-aimants , sont places en haut et en bas d'un fort, bati en bois, EFGH, de telle facon que leurs poles sont tous en regard les uns des autres, seulement ils sont tallies de 172 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. mameie a ce que le balancier de fer doux IK puisse , a la fin de chaque oscillation , toucher les six electro- aim ants qui composent les deux systemes opposes correspondant a ce mouvement. II en resulte qu'en reliant deux a deux diagonalement, ces quatre systemes et les soumettant au oommentateur Q, approprie a cet usage, on obtient une force puissante qui agit a la fois sur les deux bras du balancier et dans le meme sens pour chaque oscillation. C'est par 1'intermediaire de la roue a rochet R et des leviers PT , MU , armes de forts cliquets TU, que le mou- vement oscillatoire se trouve decompose. Voici du reste les conditions de force les plus avanta- geuses que Ton peut retirer des electro-aimants. 1. La force electro-ma gnetique croit avec la surface du fer des electro-aimants ou avec leur nombre, pourvu qu'on enroule sur chacun d'eux une faible quantite de fil. 2. Pour des piles qui fournissent beaucoup d'electricite a la fois , comme les piles d'Archereau , la force electro- magnetique croit avec la section du fil enroule , mais jusqu'a une certaine limite qui est en rapport avec la sur- face de la pile et sa charge. 3. On peut n'enrouler le fil que sur une seule branche d'un electro-aimant , sans affaiblissement bien notable de sa force, 4. La force electro-magnetique developpee dans un electro-aimant a besoin , pour se manifester tout enliere , d'une armature dont la somme des surfaces soit a peu pres egale a celles de Telectro-aimant et dont la masse en soit environ le tiers. 5. Un electro-aimant en fer creux ayant pourtant une certaine epaisseur, fournit a peu pres la meme force ma- gnetique que s'il etait plein. CONGRES DBS ACADEMIES. ,^\ 173 6. Le rnagnetisme des p61es d'un electro-aimant peut se concentrer tout entier en un seul point, ou se distri- buer sur plusieurs, mais 1'effet defiuitif, produit dans les deux cas, est a peu pres identique. r r ^ 7. La force inductive des aimants sur les armatures , etant d'autant plus grande que la surface de ces armatures qui leur est opposes est plus petite, il s'ensuit qu'on a uii grand avantage a presenter de champ ces armatures a 1'action de 1'aimant. Pour terminer ce que j'avais a dire sur la force electro - magnetique t je vais decrire en quelques mots ua systeme de transport electrique, imagine par moi , au moyen duquel des objets materiels peuvent 6tre transportes a telle dis- tance qu'on veut, par le seul intermediate du fluide electrique. Puisqu'une helice fixe jouit de la propriete d'attirer a son interieur un fer mobile , place a sa portee , reciproque- ment , un fer fixe , place dans certaines conditions , pourra entrainer une helice mobile. Supposons done que nous ayons pose entre deux points t une verge de fer coupee de distance en distance par des rondelles de cuivre dont la longueur soit precisement moitie des parties de fer, et qu'au-dessous de cette verge soit fixe un conducteur metal- lique sur lequel on aura colle , vis-a-vis de chaque partie fer de la verge superieure , du papier ou toute autre sub- stance isolante ; on verra qu'il suffit d'une combinaison bien simple pour arriver a un systeme de transport elec- trique. En effet, adaptons sur notre verge, moitie fer moitie cuivre , trois bobines isolees les unes des autres quoique reliees ensemble , et ayant chaeune une longueur egale a chaque partie de fer de la verge; prolongeons la plaque d'ivoire qui isole chaque bobine de sa voisine, de 174 INSTITUT DES PROVINCES DB PRANCE. inaniere a former un anneau dans lequel passe le conduc- teur metallique inferieur, et adaptons a cet anneau un . U x y c c petit canon metallique dans Tinterieur duquel sera soude un ressort a boudin qui appuie sur le conducteur metal- lique. II arrivera que si Ton met la verge de fer et le con- ducteur metallique inferieur en communication avec les deux p61es de la pile , et que les extremites de chaque helice aboutissent Tune au canon de la bobine , 1'autre au petit canon metallique que porte 1'anneau d'ivoire , le cou- rant sera toujours etabli dans Tune on 1'autre des trois helices suivant la position de chacune d'elles par rapport aux parties de fer sur lesquelles elles sont engagees : il y aura done sans cesse une impulsion qui sera exercee daus le m6me sens et qui pourra se prolonger a telle distance que 1'on voudra, car on peut organiser des supports qui soient disposes de telle facon que la partie qui est en con- tact avec ces verges metalliques , soit en fer doux et a la portee d'un electro-aimant, dont 1'action ne se manifesterait CONGRES DBS ACADEMIES. 175 qu'au passage des bobines. Cette disposition ne necessite- raitqu'un mecanisme tres-simple, car ce seraientles bobines elles-memes qui joueraient le r61e de commentateur a Fegard de ces electro-aimants auxiliaires. line fois la course terminee , il suffirait de renverser les communications avec les canons de cuivre que portent les anneaux d'ivoire , ou tout simplement de tirer le con- ducteur metallique inferieure de la distance d'une partie cuivre , si le parcours est de peu d'etendue , pour que le inouvement recommence en sens contraire. On conceit meme qu'au rnoyen d'un electro-aimant , place a chaque station et agissant par le meme precede que ceux des points de suspension des verges metalliques , on pourrait obtenir mecaniquement ce decrement du conducteur metallique inferieur et avoir un long inouvement de va et vient qu'on peut utiliser a une foule d'usages. Apres avoir ainsi expos6 le principe de ses machines, M. Du Moncel entame la question de 1'horlogerie electrique. Suivant lui, Fhorlogerie electrique peut avoir deux buts tres-distincts a atteindre, d'abord de fournir 1'heure in- dependamment de tout systeme d'horlogerie ordinaire; en second lieu , de la distribuer dans tel nombre d'endroits qu'il convient , par I'intermediaire de cadrans compteurs. Comme exemple du premier mode d'horlogerie electrique , il montre une horloge fort simple et fort ingenieuse , concue et executee par M. Brisebare , mecanicien ; il fait en meme temps remarquer que 1'avantage de ce genre d'horloge est , en outre de sa parfaite regularite , de pouvoir servir a i'eutretien des mouvements d'un pendule monte sur une pointe pour la demonstration du inouvement de rotation de la terre , experience qui , sans ce moyen , necessiterait une longueur tres-considerable du pendule. II mentionne 176 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRAXCB. en m&me temps une horloge du me'me genre, inventee par M. Liais qui 1'emploie pour 1'astronornie. Comme example de cadrans compteurs, M. Du Moncel presente un systeme imagine par lui, qui peut etre faci- lement et economiquement adapte a toutes especes de pen- dules ou horloges dont on veut faire le regulateur des cadrans compteurs. Ceux-ci sont disposes a 1'italienne et donnent 1'heure par deux guichets , dont Tun presente les heures et 1'autre les minutes de cinq en cinq. II profite de la circonstance pour faire remarquer un nouveau genre d'echappement qu'il a employe pour ce systeme de cadran et qui reunit la surete a la plus grande simplicite. En terminant son expose , M. Du Moncel prie le Congres d'engager toutes les personnes qui s'occupent de science , a faire des observations meteorologiques et de s'occuper des applications de Felectro-magnetisme. Ces curieuses experiences , expliquees avec lucidite , et faites sous les yeux du Congres , au moyen d'appareils fort ingenieux, ont captive constamment Tattention de I'assem- blee qui vote a M. Du Moncel d'unanimes remerciments. M. de Sussex developpe des considerations tres-curieuses sur la theorie des bases et des sels dans la composition des vegetaux. Ces importantes communications feront 1'objet d'un memoire. Le Secretaire , Ch. COM ART. CONGRES DES ACADEMIES. 177 STANCE DU 19 MARS 1852. o A! ol- (Pr&idence de M. le baron de CONTENCIN, directeur-g6n6ral des Cultes. ) Sont au bureau : MM. de Caumont; le comte de Moa- talembert , membre de 1'Acaderaie; Challe, d'Auxerre; Le Clerc,membrede 1'Institut; Duchatellier; Cros-Mayrevieille, president de la Societe des sciences et arts de Carcassonne ; Marcel Canat , president de la Societ6 de Chdlons-sur- Sa6ne; Ch. Gomart, remplissant les fonctions de secre- taire-general. M. de Caumont donne lecture : 1. d'une lettre de M. Godard-Faultrier , d'Angers , qui s'excuse de ne pouvoir assister a la seance ; 2. D'une lettre de M. Danjou , delegue de la Societe academique, d'archeologie, sciences et arts du departement de 1'Oise, qui presente aussi ses excuses;* 3. De M. le comte de Kergorlay , secretaire-general de TAssociation bretonne , qui regrette de ne pouvoir assister aux seances du Congres ; 4, D'une lettre de M. le comte Felix de Merode , qui , retenu a Bruxelles par ses fonctions parlementaires , re- grette de ne pouvoir prendre part aux travaux du Congres. Cette lettre appelle 1'attention du Congres sur la negligence qu'on apporte a reparer les eglises du moyen-age re- pandues sur le sol de la France , tandis qu'on rassembte tous les travaux sur un point deja trop central et trop favorise (Paris). Un membre demande si le credit de 400,000 fr. promis pour reparer la cathedrale de Laon a ete alloue. 178 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. de Contencin repond que la commission des monu- ments historiques s'est occupee avec inter&t des reparations de la cathedrale de Laon ; qu'un projet de loi presente a 1'ancienne assemblee legislative par M* le ministre a ete ajourne , mais qu'il n'est pas abandonne. M. Ch. Gomart , secretaire de la section d'agriculture t presente un resume" de la discussion qui a eu lieu dans le sein de la commission au snjet de la proposition de M. de Sussex. PROPOSITION I)E M. DE SUSSEX. La theorie de la substance, de la matiere agricole etablie par des faits chimiques et des faits de pratique , tend , comme tous les travaux que nous avons publics , a intro- duire 1' usage du chiffre et du calcul dans 1'application des engrais. Ce calcul , si etranger a Tagriculture , est si simple , si reel , qu'il se resume bientot dans une methode generale. Cette methode, nous allons la donner comme conclusion de ce travail. Le fumier de ferme, produit de 1'organisme animal , ve- ritable machine a engrais , et production necessaire , dans Teconomie rurale , doit etre pris comme base de tous les calculs a etablir touchant la matiere agricole. Ce fumier , doue de qualites dues a son volume , a son action comme amendement, doit etre apprecie aussi sous le rapport de la composition. Sous ce rapport , nous allons bient6t constater que Tap- plication du fumier laisse beaucoup a desirer , et que les ameliorations proposees par les chimistes , par les agro- CONGRES DES ACADEMIES. 1/9 nomes, tendant toutes a fixer ses principes, n'ont pas encore resolu un probleme qu'il fallait poser d'abord d'une maniere complete , afin d'arriver a une methode efficace. Ainsi , le fumier de ferme reunit la matiere orgamque $ les sels et les bases indispensables aux vegetaux. Mais , pour la premiere fois , une observation vient a se produire ici : la matiere inorganique ne se rencontre pas dans cette combinaison du fumier de lerme , dans des rapports tels que les sels et matieres fixes , elements de production , soient equivalents aux recoltes , me"me dans un systeme d'assolement suivi. D'un autre point de vue , celui de 1'exces des principes constitutifs , sous lesquels s'opere la vegeta- tion , le fumier presentant cet exces sous le rapport de 1'azote et des matieres organiques , est moins economique que si cet exces portait sur d'autres principes plus per- manents, moins dispendieux , et pareillement productifs lorsqu'ils sont combines avec les matieres organiques azotees au minimum. La formule de 1'engrais resulte de la composition des re- coltes et des fonctions des plantes , qui puisent une partie de leur nourriture gazeiforme dans I'atmosphere, en raison de leur etat de developpement, et par consequent en raison de 1'exces des principes fixes qu'elles trouvent dans un, milieu donne. L'experience nous a servi a combattre , depuis plusieurs annees , et le sysleme d'exclusion de 1'azote , et celui qui tend a faire evaluer les engrais en raison de leur dosage d'azote , ce qui semble dire que 1'azote est non settlement le plus dispendieux des elements de production agricole , ce qui est vrai , mais le seul necessaire , assertion perni- cieuse. Ce qui est certain, c'est que I'agriculture la plus avancee 180 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. repose entiereraent sur 1'action de 1'azote en exces, et que les couvertures, en general, sont de nature aaugmenter la dose d'azote apportee dans le sol par les fumiers. Nos principes d' agriculture pratique sont essentiellement differents , et les experiences dont ils ont ete deduits prou- vent que tous les constituants des plantes sont , a egal de- gre, necessaires dans leur production, et que leur maximum de developpement a lieu sous un exces limite de sels et de phosphates , comme sous un exces egalement limite de matieres organiques azotees. Ces propositions , que les prejuges du jour taxent d'he- resie, ont pour nous la force d'un fait et d'un resultat ; elles doivent avoir pour les cultivateurs assez d'importance pour devenir 1'objet de leur plus serieuse attention, car leur confirmation aurait pour resultat dediminuer sensiblement 1'enorme depense occasionnee par des engrais d'une com- position defectueuse et d'un revient inutilement eleve par 1 ? exces de principes rares- , instables et chers , que 1'exces de substances plus abondantes , d'un prix moins eleve , remplacerait avec avantage. Hatons-nous , avant de developper par des calculs ce que nous avons avance" par rapport a la composition defec- tueuse du fumier , de declarer de la maniere la plus posi- tive : que lorsque nous considerons que la culture a lieu sous un exces d'azote, ce fait n'a rien d'absolu et n'exprime que les rapports de 1'azote, sels et phosphates qui constituent le fumier, rapports tels, que pour les quantites de sels con- stituants , Fazote est evidemment en exces , ou les sels se trouvent en moins, ce qui revient au me'me. Au reste , la composition du fumier est non seulement defectueuse au point de vue precite , mais encore parce que si nous comparons les matieres inorganiques sous le rap- CONGRES DBS ACADEMIES. 181 port de leurs quantites dans le fumier et de Tabsorption des recoltes suivies ou isolees , nous trouvons encore qu'il j a toujours exces d'un constituant par rapport a un autre. Ainsi, 7,500 kil. de fumier produiraient : Par leur azote. . 4,500 kil. de betteraves. Par leurs sels 2,812 idem. Au contraire, avec la me'me quantite de fumier on aurait , sans le coucours de Patmosphere , en cereales (ble) : PourTazote. ..,.. 3, 500 kil., avec paille correspondante. Pour les alcalis ou sels. . 5,250 idem. Pour les phosphates. . * 8,750 idem. Ce fait , de la plus haute importance economique , pour- rait e"tre rendu evident de plusieurs manieres. Nous choi- sirous entr'elles un exemple pris dans une suite de cultures et dans une exploitation rurale dont nous avons releve les travaux de 1848 a 1851. Cette exploitation a produit : Akalis. Pbospbates. Avec paille correspondante. kil. kil. Colza 46,650 kil, 4,425 2,051 Betteraves 60,000 277 92 Fourrages. .... 499,400 5,992 6,991 Ble 247,800 8,517 7,652 Avoine . 256,800 8,986 4,364 Seigle 19,199 208 404 28,405 21,554 Le fumier employe consiste en fumier de bergeries ob- tenu dans la ferme et en crottin de cheval , recueilli dans Versailles. 182 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. La fumure ainsi composee represente en somme , pour les qualre annees de culture : Alcalis , . . . 12,820 kil. Phosphates 24,312 Get exemple, pris sur une grande echelle et sur une suite de culture (qui, il est vrai, ne merite pas le nom d'assole- ment, quoiqu'elle represente une variete deproduits), de- montre d'une maniere evidente que les sels se trouvent en quantites insuffisantes dans le fumier employe , bien qu'il y ait eu importation d'engrais dans la ferme , sous forme de crottin de cheval. Si la culture de la betterave et du colza s'etait elevee a un chiffre plus important , le deficit des alcalis se serait trouve plus considerable ; si an contraire la culture des cereales avait regu plus de developpemerit , les phosphates auraient alors 6te insuffisants. Ne pretendant citer qu'un exemple , nous ooncluons de ces faits que pour obtenir, sous forme de recoltes , 1'equi- valent de 1'azote du fumier qui ne contenait pas assez d'alcalis pour produire ces recoltes , le sol a du parfaire la difference. Qu'en Tetat pris de continu , il y a epuisement de sol par suite me'me des cultures fumees , et que dans les cas ou 1'epuisement serait plus avance , il y aurait abaissement dans la recolte en raison du deficit actuel des sels et perte d'azote dans le me'me rapport. II resulte encore que partie de 1'azote n'etant pas utilisee par suite d'uri deficit de premiere Evidence dans les quan- tites de sels correspondants a 1'azote du fumier , traduits en equivalents des recoltes, 1'agriculture agit effectivement sous 1'action d'un exces d'azote qui , s'il concourt a 1'acte CONGRfiS DBS ACADEMIES. 183 de la vegetation , n'en est pas moins expose a des pertes prochaines et definitives. Etant prouve d'ailleurs que des sels et des phosphates ajoutes au fumier, dont la dose reste la meme, il y a aug- mentation de production , on doit considerer que Texces d'a2ote n'etait pas necessaire, et que la perte de cette ma- tiere, consequence naturelle du systeme ici combattu, peut effectivement e"tre evitee. Les moyens de production n'etant pas en rapport avec 1'absorption des vegetaux ; la matiere de fabrication , Fen- grais, n'etant pas equivalents, pour tous les constituants, a la composition des produits, c'est.a-dire des recoltes , il devient necessaire de preparer les fumiers d'une maniere mieux entendue, afin d'eviter la perte des matieres en exces ou tout du moins leur immobilisation dans le sol. Fixer dans quels rapports les matieres organiques et les diverses matieres iriorganiques doivent tre employees dans la culture , c'est eviter a la fois des pertes en nature, rim- mobilisation des matieres excedentes , Tepuisement du sol pour les corps dont il parfait les differences , c'est faire de la production rurale une equation aussi mathernatique qu'elle est physiologique et vraie dans son principe. Pour atteiridre ce but d'economie agricole , il manque une methode de fabrication des fumiers residus de.l'exploi- tation. fam Cette fabrication n'a ete Pobjet de Tattention des chi- mistes et des agrouomes que sous un seul rapport , c'est-a- dire qu'on tie s'est preoccupe que des moyens propres a faire absorber les purins , afin d'enrichir la paille d'une dose nouvelle d'ammoniaque , et, d'un autre c6te, tous les soins du cnltivateur ont tendu a fixer par des sulfates qu chlo- rure de fer, de manganese , ou par des acides , Tammo- 184 INSTITUT I>ES PROVINCES DE FRANCE. niaque que, sans cette fixation , le fumier degage en abon- dance. Ces soins sont 6videmment d'une grande importance ; raais le principe auquel ils se rattachent n'est qu'un des points de la question. La me'me critique s'applique a 1'engrais Jauffret, dont la formule ne presente aucuns rapports quantitatifs avec les recoltes, et dont les norabreuses matieres empiriquernent combinees peuvent exercer les unes sur les autres des reactions chimiques dont 1'effet serait de causer 1'elimina- tion de I'ammoniaque suivant la quantite de chaux vive que 1'auteur present (1). Nous esperons que le temps ou les developpements de ce memoire constitueront des faits rec,us n'est pas eloigne, et qu'il deviendra generalement sensible que, outre la fixation de Tammoniaque , le fumier doit subir dans sa preparation une modification de composition telle que la composition definitive presente, pour les matieres compo- santes , une veritable equation dont le terme est , soit Ja plante qu'on veut produire, soit Tassolement qu'on veut suivre. Voici la methode par laquelle les cultivateurs peuvent atteindre ce resultat, dont Tinfluence modifierait la condi- tion de 1' economic rurale. Methode de traitement des fumiers, ayant pour effet de fixer r ammoniaque par des moyens nouveaux et de comple'ter les fumures base'es swr une suite de cultures dans laquelle entrent les betteraves , pommes de terre ou colza, suivies de ce'r dales et terminees par des fourrages. L' application de notre methode suppose une cour de (1) Chimie apptiquee a I' Agriculture , par G. Gueranger, p. 628, v g:, CONGRES DBS ACADEMIES. 185 ferme ou se trouve une fosse a fumier , un reservoir a purin et une pompe pour 1'arrosage du fumier. Ce sont la des dispositions indispensables , et qui, par suite des excellents travaux publics par M. Girardin , de Rouen , font partie essentielle de 1'exploitation rurale. II s'agit . a present , de se procurer du sel {.chlorure de sodium) ou du sulfate de soude, ou , mieux encore, des silicates de soude , dont 1'emploi raisonne est plus avanta- geux que celui qu'on peut faire des sels de soude combines a Pacide sulfurique ou chlorhydrique. La raison de la superiorite du silicate de soude tient a sa composition , en vertu de laquelle il off re simultanement aux plantes le silice soluble et les alcalis. Les sels, d'un autre radical, n'apportant que les alcalis etles acides chlorhydriques et sulfuriquesqui les composent, etant absorbes par les plantes , en quantite tres-minimes , deviennent ainsi superflus. II est necessaire , ensuite , de se procurer des phosphates de chaux acides (superphosphates des cultivateurs anglais}- ; c'est ce sel que nous conseillons de substituer aux acides employes a neutral iser les purins. II est , du reste , facile de preparer des phosphates de chaux acides : On prend , dans ce but , 100 kilog. d'os en poudre , dont on fait un tas ; On arrose les quantites d'os en poudre, dont il vient d'etre parle, avec 5 kilog. d'eau. Alors, avec un arrosoir en plomb , on repand 25 kilog. d'acide sulfurique sur les os en poudre , ayant soin de re- muer la masse et de renouveler ainsi les surfaces; Definitivement, on forme un silo avec la poudre d'os ainsi traitee, et apres vingt-quatre heures le superphosphate est fabrique. 186 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. II se produit dans cette operation un degagement consi- derable de clialeur caus6e par 1'eau et Tacide sulfurique concentre mis en contact. II y a aussi degagement d'acide carbonique. Ces preliminaires etant accomplis , 1'operateur choisira 1'une ou 1'autre des methodes suivantes , conformement aux conditions locales de 1'exploitation ou il est place. PREMIERE METHODE. Le sol de la fosse a fumier ayant une superficie de 20 me- tres cubes., par exemple, et le tas devant avoir 1 metre de hauteur , proportions evidemment arbitraires , on etablit le calcul suivant : 20 metres de fumier frais pris a 650 kilog. Tun , egalent 13,000 kilogr. Pour completer le fumier , conformement aux developpe- inents donnes precedemment, il est necessaire d'ajouter 26 kilog. de sels , et pour agir sur les recoltes avec un exces de phosphate et obtenir en meme temps la fixation de 1'ammoniaque form6 a peu pres dans le rapport de I/,*) 6 , de Tazote present dans le fumier, il faut 12 kilog. de super- phosphate. D'apres ces rapports, on melangera 338 kil. de sels et 156 kil. de phosphates ensemble, ce qui donne 494 kilogr. Ces 494 kilogr. seront employes successivement a sau- poudrer les couches de fumier, aussit6t que de nouvelles quantites de litieres viendront s'ajouter les unes aux autres. II importeque chaque couche soit de la me"rne epaisseur, afin que les fumiers presentent une uniformite parfaite , et qu'il ne soit pas necessaire de melauger les courhes a 1'epoque des travaux d'epandage. CONGRES DBS ACADEMIES. 187 Ji ttm&*T%ol'd 888-a9biiipiI rw DEUXIEME METHODE. Au lieu de saupoudrer successivement les couches de fumier , il est preferable d'ajouter le sel et les phosphates acides aux liquides recueillis dans la fosse a purin. Ce moyen assure 1'uniformite de composition du fumier et permet de se rendre cornpte de ce qui se passe dans les tas d'engrais. En regie generale , les purins doivent toujours presenter une faible reaction acide lorsqu'ils ont recu les phosphates et les sels. Apres que ces liquides acides out ete portes par la pompe sur les fumiers et qu'apres les avoir traverses ils revien- nent au reservoir , s'ils sont tres-alcalins , il est demontre , par ce fait, qu'il faut ajouter encore quelques kilogrammes de superphosphate ; si au contraire , les liquides reviennent au reservoir avec des caracteres d'acidite, c'est que la marche de 1'operation est satisfaisante. Cette seconde methode , preferable a plusieurs egards a la premiere, presente cependant une difficulte provenant de ce que les litieres n'ont pas un pouvoir d'absorption uni- forme et determine. En consequence , il faut observer quelle est la quantite de liquides que peut absorber un metre de fumier provenant des litieres de 1'exploitation dans laquelle on est place. Ce pouvoir d'absorptioa des litieres depend evidemment de Tabondance de la paille fournie aux bestiaux , du plus ou moins long sejour dans 1'etable. Supposons une moyenne d' absorption egale a 200 par 1,000; alors pour convertir 20 metres de fumier en engrais complet et neutralise! 1 Tammoniaque , on devra reunirdans le reservoir environ 3 metres cubes de liquides . et ajouter 188 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. en liquides 338 kilogrammes de sel et 156 kilogrammes de phosphates acides , ensemble 494 kilogrammes. Le comple- ment de Toperation consiste a arroser de temps en temps le fumier avec le liquide du reservoir. Methode pour uliliser les pailles et rtsidus des recoltes. II se presente dans Tagriculture pratique de nombreuses circonstances ou il serait tres-avantageux de pouvoir pro- duire sans bestiaux une plus grand e masse de fumiers, afin d'utiliser les pailles et autres residus des recoltes , qu'on ne peut pas soumettre a 1'action mecanique ou organique des bestiaux . Pour atteindre ce but au moyen de la methode de fabri- cation que nous offrons aux cultivateurs , il ne suffirait plus d'ajouter les sels et les phosphates , puisque les pailles con- tiennent moins d'azote que le fumier de bonne qualite , produit par les bestiaux. Cependant la paille contient souvent autant d'azote que les fumiers peu soignes; mais nous ne voyons pas les exceptions quelque generates qu'elles soient ; prenons done le fumier a 4 par 1,000 kilog. d'azote et la paille a 3,6. D'apres ces rapports, il devient necessaire d'ajouter, au fumier fait de toute piece , 4 p. 1,000 d'azote. Plusieurs matieres : guano ; tourteaux , vidanges , sang , chair, etc., peuvent &tre employees dans la fosse a purin , dans le but d'elever le dosage des fumiers. Pour citer un exemple, il suffirait d'ajouter, pour pro- duire 13,000 kilog. de fumier ou 20 metres, de 130 a 135 kilog. de tourteaux, afin d'arriver au dosage de 4 kil. d'azote p. 1,000 La deuxieme methode, quant aux sels et phosphates, servirait de guide pour cette operation. CONGRES DES ACADEMIES. 189 OBSERVATIONS. L v importance de la fabrication raisonnee des fumiers , Tavantage (Tun produit en plus grande abondance motive- raient ici de plus grand details , que nous devons reserver pour 1'avenir. Les methodes que nous venons de decrire permettront aux cultivateurs de completer leur engrais et de fixer les inatieres volatiles qu'ils developpent. Sous le rapport chimique , nous aurions beaucoup a ajouter ; mais , alors, nous serions entralues au-dela des bornes de cet apercu. C'est au praticien que nous nous adressons dans ces conclusions. Nous avons etabli des proportions rigoureuses , sans egard aux considerations accessoires , parce qu'un fait n'a qu'une expression propre. Si on objecte que, en suivant un assolement epuisant, comme celui pris ici pour base , les quantites de sels et de phosphates paraissent considerables , nous ferons observer que ia fumure etant pour quatre ans de 75,000 kil. , la quantite de sels et de phosphates reunis ne s'eleve en d6finitive qu'au chiffre de 712 kil. par annee, quantite que consacrent de nombreux exemples locaux , tant en Angleterre qu'en France. II importe surtout de considerer que ces 712 kil. sont un coefficient de recoltes considerables en betteraves , cereales et prairies. Consequemment , dans un assolement moins epuisant, il y aurait lieu de dimimier la dose de fumier employe pour les quatre annees de culture , ou bien encore, dans Thypo- these ou par des circonstances defavorables , les recoltes 190 INST1TUT DKS PROVINCES DE FRA.NCE. n'auraient evidemment pas epuise 1'engrais , on devrail compter 1'engrais en terre dans 1'assolement suivant et diminuer d'autautla fumure nouvelle. Quant aux questions economiques que nos methodes soulevent, nous conseillons en principe aux cultivateurs de ne pas juger des depenses en elles-m^mes ou d'une maniere absolue. A toute depense, deux termes : Tun de puissance de production ; Tautre de forces, d'argent mis en jeu. Ici la depense absolue serait pour 1'assolement epuisant de quatre annees : Pour sel, 1,950 kil. a 12 fr., 23A fr. Phosphate acide, 900 kil. a 25 fr.. 225 459 Celte depense par annee s'eleverait done & 11& fr. 75 c. Rappelons maintenant, pour mmoire, que le sol restant en etat, la puissance de la fumure complete que nous indiquons permettrait d'obtenir les produits suivants : Betteraves en terre, 72,000 kilogrammes b 18 fr. les 1,000 kil 1,296 fr. Ble, 3,000 kil. a 20 fr. les 100 kil 600 Paille, 7,500 kil. a 24 fr. les 500 kil. ... 360 Trefle ou Tequivalent en fourrages, 16,000 kil. a 35 fr. les 500 kil 1,120 TOTAL 3,376 fr. Nous avons la confiance que 1'agriculture est appelee a devenir une science rigoureuse quant a la matiere de pro- duction. Un travail presentant des garanties si nouvelles aux grands inter^ts engages dans la production des subsis- DBS ACADEMIES. 191 tancas et des articles de premiere necessite , nous assure a 1'avance que les cultivateurs verront, dans la perseverance que nous mettons a hater un progres dont les avantages sont incalculables, une raison de decider par la voie du fait des questions qui se presentent avec 1'autorite de 1' analyse, de 1' experience directe, et qui sont deduites des pratiques agricoles de plusieurs localites et de plusieurs pays. M. Ch. Gomart combat Topinion de M. de Sussex en ce qit'elle tend a remplacer le fumier par des substances chi- miques appropriees a la nutrition des plantes. Le fumier est et sera toujours le premier et le plus sur des engrais. Mais , en admettant ce fait , prouve par Inexperience , le fumier n'est-il pas lui-meme susceptible d' une amelioration, et rend-il toujours et dans toute circonstance les emprunts faits a la terre? II ne le croit pas. II cite 1'exemple de terres parfaitement cultivees et bien assolees, bien engraissees de fumier et dans lesquelles cependant certaiiies recoltes ten- dent a diminuer. 11 estime que ce fait tient a ce que le fumier employe ne contient pas en quantite suffisante cer- tains elements reparateurs que demandent la terre, la nu- trition des plantes. L'humusde la terre arable est augmente, mais la terre a subi une perte de matieres organiques. Aussi , tout en maintenant Temploi des fumiers comme le premier, comme le plus sur des engrais dans tous les cas, il pense cependant que 1'emploi de certaines substances ajoutees au fumier le mettraient a meme de rendre a la terre tous les emprunts que lui font annuellement les ve- getaux. II demande que Tessai de fumiers additionnes de cer- taines substances reconnues necessaires a Talimentation 192 IKSTITUT DES PROVINCES DE* FRANCE. des vegetaux , soit recommaude a rexperimentation des soci&es agricoles. M. de Morissure appuie cette demande, il regarde aussi le fumier comme premiere base de Tengrais, auquel on ajouterait les substances necessaires pour arriver aux cul- tures speciales, mais il demande que M. de Sussex fasse un manuel , un traite elementaire pour recommander aux Societes ces experiences pratiques et les guider dans les essais a faire. M. de Sussex offre de donner les equivalents de 11 a 12 recoltes ; de determiner quelles sont les substances qu'il conviendrait d'ajouter au fumier pour les diverses plantes a cultiver ; enfin de faire connaitre comment on peut se pro- curer les substances en residu. On pourrait ajouterdes ob- servations sur les diverses categories d'amendemen^ par les compost et sur la maniere la plus eeonomique de se les procurer. Mais il desire qu'un membre lui soit adjoint pour ce travail. Le Congres a accepte avec empressement cette offre de M. de Sussex , et elle a designe M. Gomart pour 6tre adjoint a M. de Sussex dans la confection de ce traite elementaire. La commission d' agriculture propose : 1. D'emettre le voeu que les Societes savantes et d' agri- culture soient invitees a faire des essais varies et reguliers sur Faction des bases et des sels dans les cultures ordi- naires et dans les cultures speciales du lin, du colza, et de la betterave , etc. 2. Que ces essais soient faits en ajoutant au fumier de ferme les substances dont le traite elementaire dounera 1'indication el qui seront proposees cornme matieres com- plementaires du fumier lui-rnme, CONGRES DES ACADEMIES. 193 Les conclusions de ce rapport mises aux voix par M, le President sont adoptees. M. de Mellet , president de la section d'archeologie, rend compte des travaux de cette section. Les conclusions du rapport de M. Duchatellier qui demande que les etudes orientales prennent de'sormais un rang sdrienx dans nos programmes , mises aux voix par M. le President, sont adoptees. M. Liais (Emmanuel) lit un memoire sur Velectro-moteur , applique a la mecanique , aux chemins de fer, a la marine, et sur une horloge electro-magnetique a force r&gulatrice constante. II donne des details sur un bolide observe a Cherbourg , le 18 novembre dernier, et sur les consequences qui resul- teraient de Fobservation simultanee et suivie de deux points differents. RAPPORT DE M. LIAIS. MESSIEURS , Je vais ajouter quelques considerations a celles que M. Th. Du Moncel a deja developpees hier devant vous. La force coercitive du fer est Tune des causes qui on$ jusqu'a present arrte 1'application en grand de I'electricite comme force. Une experience tres-simple, guidee d'ailleurs par la theorie , m'a fait voir qu'on peut, a 1'aide d'un cou- rant inverse, annuler Peffet de cette force coercitive ; mais, pour reussir, il faut que ce courant inverse soit d'une duree insensible. Cette condition est facile a realiser dans les machines. On a dit souvent et on a imprime que relectricite pour- rait Stre substitute avec avantage aux petites machines a vapeur , mais qu'on ne devait pas pretendre la substituer a 9 194 INSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. la vapeur pour la production des grandes forces. Dans un memoire du niois de novembre, mais qui n'a 6te publie que ces jours derniers, je refute cette opinion et je fais voir que si, jusqu'a present , les causes qui affaiblissent la puis- sance des electro-moteurs paraissent croitre avec leur force dans un rapport beaucoup plus grand que cette force , cela provieni uniquement de 1'emploi dans le mecanisme, soit de balanciers pesants , soit de grandes pieces oscillantes. L'electro-moteur n'est pas , en eifet , dans les conditions de la vapeur; il n'est pas possible de donner aux oscillations une 6tendue aussi longue que la course du piston de cette derniere machine. On ne doit done pas copier dans 1'electro- moteur la disposition de la machine a vapeur lorsqu'on veut lui donner une grande force, et c'est pourtant ce que Ton a fait jusqu'ici, excepte dans les machines a mouvement de rotation direct, qui, d'ailleurs , n'utilisent qu'une faible portion de la force developp6e. C'est en copiant la machine a vapeur seulement que Ton peut dire que 1'electro-moteur n'est applicable qu'aux petites forces. En faisant disparaitre les grandes pieces oscillantes , qui occasionnent une perte de force vive considerable et dont le rapport avec la force totale croit tres-rapidement avec la puissance que Ton veut donner a la machine ; en disposant les grands electro- moteurs de maniere qu'ils ne soient , pour ainsi dire , que la somme d'un grand nombre de petits electro-moteurs , le rapport des forces perdues a la force totale restera constant, ^uelle que soit la puissance de la machine , et 1'electricite offrira dans les grandes machines les avantages qu'elle presente dans les petites. J'ai done cherche un mecanisme realisant la condition precedente , et je 1'ai trouv6 , en composant 1'electro-moteur d'une serie de roues a rochet assujetties a tourner ensemble sur le meme axe, et dis- CONGRES BBS ACADEMIES. 195 poshes de maniere que le milieu des dents d'une roue corresponde a 1'extremite de celles de la roue precedents , dans la direction de 1'axe. Un bati fixe porte les electro- aimants disposes en plusieurs rangees dans les intervalles de ces roues , et les lames de fer doux qui oscillent entre les 61ect.ro- aim ants agissent directement an moyen de cliquets sur les deux roues les plus voisines. En disposant ces lames de mauiere que leurs oscillations soient dans des phases differentes , la somme des impulsions est toujours constante et les regulateurs deviennent inutiles. Je ne vais pas m'etendre davantage sur ce mecanisme , decrit en detail dans mon memoire. Je dirai seulement qu'il permet aussi bien la construction d'une machine de mille chevaux que celle d'une machine d'un cheval. Le resultat de mes premieres experiences et de mes calculs a ete que la depense ne serait guere, au point de vue pecuniaire , que celle d'une machine a vapeur ; mais elle serait 14 a 15 fois moins forte, au point de vue du poids de matiere de- pensee. La fregate a vapeur qui embarque 700 tonneaux de charbon pour la traversee d'Amerique , n'aurait plus besoin que de 50 tonneaux de matiere , et au lieu de 300 tonneaux de marchandise , elle en porterait 900. On voit done que , dans ce cas , il y aurait avantage a employer I'electricite , meme quand elle depenserait en argent le double de ce que depense la vapeur. Un voyage de plu- sieurs mois sans relacher, qui est impossible a un navire a vapeur, deviendrait possible , et enfin , on pourra faire marcher les batiments de guerre au moyen de Telectricite , tandis qu'avecla vapeur on ne peutparvenir a des resultats bien avantageux. Je viens de parler des avantages des electro- moteurs appliques a la marine, Pour les chemius de fer et Tin- 196 INSTITUT DEg PROVINCES BE FRANCff. dtistrie , on trouverait egalement de grands avantages SUT lesquels je ne m'etendrai pas , les ayant developpes dans mon memoire. M. Du Mon eel a decrit, a la seance d'hier, une horloge electrique construite par M. Brisebarre , dans laquelle une lame de fer doux , par sa chute , entretient le mouvement du balancier. Sans connaltre 1'horloge de M. Brisebarre , j'ai construit, dans le meme temps que lui , une horloge electro-magnetique fondee sur le meme principe, mais dont les dispositions sont differentes. A cette horloge, j'ai ajoute de plus que M. Brisebarre , une lame intermediate entre la lame de fer doux et le balancier , et au mojen de la-* quelle j r ai pu rendre la marche de 1'horloge independante de la force coercitive du fer. La meme addition m'a permis de la rendre egalement independante des variations que 1'usure par 1'electricite et les variations de la temperature introduisent dans les instants de rupture et de retablisse- ment du courant. Enfin , la lame qui agit sur le balancier est, comme lui, compensee des effets de la temperature. Par la , j'ai rendu la force qui agit sur le balancier rigou- reusement constante , de sorte que mon appareil est sus- ceptible d'une precision au moins egale a celle de la meil- leure horloge astronomique. II est d'ailleurs dispose de maniere a pouvoir distribuer 1'heure dans tous les quartiers d'une ville. A Taide de quelques modifications , je puis le transformer en un chronometre electro-magnetique , plus precis que les montres marines et pouvant etre employe sur les navires. Parmi les questions scientifiques du domaine de la me- teorologie , 1'une des plus curieuses est celle des bolides et etoiles filantes. Le Congres Ta bien senti I'annee der- CONGRES DBS ACADEMIES. 197 mere , lorsqu'il a recommande a 1' attention du Gouverne- ment les travaux de M. Coulvier-Gravier. Une observation que le hasard m'a fait faire , me parait devoir r6pandre quelque clarte sur cette question. Je vais vous la commu- niquer le plus succinctement qu'il rae sera possible. Le 18 novembre dernier , un brillant bolide de plusieurs minutes de diametre a paru a Cherbourg, a 6 heures 31 minutes du soir. J'ai observe avee soin la direction de sa trajectoire apparente et la duree de son apparition. Quelques jours apres , j'appris par mon beau-frere que le garde de sa terre duBois lui avait parle de ce meteore. Au lieu de s'abaisser vers Thorizon, comme je 1'avais vu , le bolide s'elevait et avait disparu derriere le pignon d'une grange, tres-pres du faite. Je questionnai le garde sur les lieux , il m'indiqua la position qu'il occupait et le point derriere lequel le bolide avait disparu , point dont je determinai la hauteur qui etait de 17, et dirigee dans le S.-E. 2 a 3 degres S. Le bolide qui, depuis Tinstant de 1' apparition dans 1'E, 10 S. environ , avait ete sans cesse en s'elevant , courait alors parallelement a 1'horizon , tendant plut6t a descendre qu'a monter. II resulte de la que la trajectoire reelle 6tait com- prise dans un plan incline de 17 a 1'horizon , et dont la trace horizontale etait dirig4e du N.-E. au S.-O. Le bois etant a 6250 metres dans le S., 23 E. de la position que j'occupais , et 126 metres de hauteur au-dessus , ce plan rencontre celui qui etait mene du point que j'occupais par le point ou j'ai vu paraltre le bolide (42 25' ascension droite , et 37' declinaison boreale ) , et celui ou je 1'ai vu disparaitre (16 18' ascension droite, et 23 15' declinaison australe ) , suivant une ligne droite inclinee a 1'horizon de 13 40' et doiit la projection horizontale est dirigee dans rE.,7 56' S., le point de rencontre de cette ligne avec la 198 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. surface terrestre etant a 7650 metres S. de ma position. Cette direction de la trajectoire rend d'ailleurs tres-bien compte des apparences qu'a presentees le bolide sur divers points de 1'arrondissement. Ainsi , tandis qu'a Cherbourg le bolide s'abaissait vers la terre en se dirigeant vers le S.-E., aux environs de Bricquebec , au contraire , au Sud de la trajectoire, le bolide qui avaitparu dans 1'E. s'abais- sait egalement, mais en se dirigeant vers le N.-E. ; a peu de distance de 1'eglise de Teurtheville-Hague , tres-pres de laquelle passe la projection horizontale prolongee de cette trajectoire , le bolide a paru a une dixaine de degres de hauteur, s'abaissant presque verticalement et tres-lentement. Sur aucun point je n'ai pu recueillir de renseignements precis sur la duree de 1'apparition. Pour fixer la vitesse du bolide , il n'existe done que mon observation , dont voici les details. La duree de Tapparition a ete de sept secondes et demie. Le bolide a parcouru environ la moitie de sa trajectoire apparente dans les trois premieres secondes , pendant les- quelles le mouvement angulaire etait sensiblement constant, cependant plut6t moindre pendant la premiere. D'apres mes souvenirs , j'evalue ce mouvement pendant la premiere seconde aux J. de ce qu'il aurait ete s'il y avait eu uni- formite. A partir de la moitie de la trajectoire , le mouve- ment angulaire s'est ralenti, d'abord lentement, mais a la fin il etait compris entre la moitie et le tiers de ce qu'il etait pendant la premiere moitie de la trajectoire. Le dia- metre apparent du bolide ne peut etre evalue a moins de 5 minutes. Ce diametre diminuait vers la fin de la trajec- toire , le bolide etait aussi moins brillant et repandait moins de clarte. Pendant toute la duree de 1'apparition , le bolide tres-blanc a ete suivi d'une trainee rouge etroite , de 40 CONGRES DBS ACADEMIES. 199 minutes environ de longueur et legerement conique , la base du c6ne dirigee vers le m6teore. Le bolide a disparu pour moi derriere une maison. C'est la clart6 qu'il jetait sur le sol qui m'a fait lever les yeux ; j'evalue a deux secondes le temps compris entre 1'instant ou j'ai commenc6 a voir cette clarte et celui ou j'ai apergu le bolide. Je n'ai pas entendu de bruit; au Bois , quoique plus pres de la trajec- toire , on n'en a pas entendu non plus. Cependant il parait que plus pres encore de la trajectoire , vers la limite de Tourlaville et de Brix , un ouvrier de Tollevast qui revenait d'un travail eloigne, a enteudu un faible sifflement. Le garde du Bois a vu paraitre le bolide sur le ciel instanta- nement avec tout son eclat. La trainee rouge lui presentait a peu pres le meme aspect qu'a moi, mais il voyait tin long sillon blanchatre dans la direction qu'avait suivie le bolide. De la position de la trajectoire r6elle et des points d'ap- parition et de disparition , il rsulte que le bolide a par- couru 35400 metres pendant que je 1'ai apergu, dont 28300 metres pendant les trois premieres secondes. Au moment de 1' apparition il etait a 10050 metres d'elevation, et au moment de sa disparition a 1675 metres. Les grandes variations, que le bolide a presentees dans sa vitesse, re- sultent de la resistance de Vair. Cependant, si on calcule son diametre reel d'apres son diametre apparent, on voif qu'il etait au moins de 40 a 50 metres au moment de 1'apparition , et la resistance de Tair sur un corps de ce volume ne peut pas changer beaucoup sa vitesse en si peu de temps. Mais il faut remarquer que , vers la fin de sa trajectoire , le diametre apparent du bolide , qui etait alors environ cinq fois plus pres , etait plus petit , de sorte que le diametre reel n'aurait ete alors que de 5 a 6 metres. 200 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. D'apres la direction de sa trajectoire , le bolide du 18 no- vembre est tombe a Tollevast , et , de plus, jusqu'a present, il ne parait pas qu'il ait ete trouve. Cela prouve done que son diametre reel est beaucoup plus petit que cette demiere determination de 5 a 6 metres. On ne peut done calculer le diametre reel du bolide d'apres son diametre apparent , qui varie et parait amplifie ; ainsi, le coefficient de la re- sistance de Fair ne pourra se calculer que d'apres les varia- tions du mouvement angulaire du bolide dans 1'atmo- sphere. Cette resistance sur un corps est proportionnelle au carre de la vitesse de ce corps multiplie par la densite de 1'air et par un coefficient constant qui depend de la densite, du volume et de la forme du corps en mouvement. Mais , en cherchant a determiner le coefficient constant de maniere a rendre compte de toutes les variations observees de vitesse angulaire du bolide , on n'y peut parvenir , ce qui prouve que ce coefficient varie , et que , par consequent , le dia- metre reel diminue de meme que le diametre apparent dans ratmosphere. Ce curieux r^sultat prouve que le bolide se consumait dans ratmosphere , fait qui s'accorde parfaite- ment avec 1'existence des trainees. C'est a cela sans doute qu'il faut aussi attribuer 1' amplification du diametre appa- rent, L' air comprime en avant du bolide et fortement echauffe s'echappe lateralement , entrainant au loin les particules incandescentes qui se detachent de sa surface ; ces parti- cules rentrent ensuite dans le vide laisse par le bolide derriere lui ; de la resulte 1'apparence d'un globe d'autaut plus grand que la vitesse est plus grande. Les plus grosses de ces particules restent rouges un instant et constituent la queue. Quant a la trainee blauchatre restant sur la trace du bolide et vue au Bois , elle provient sans doute des CONGRES DBS ACADEMIES. 201 poussieres laissees ainsi sur sa route par ]e bolide et eclai- rees par lui. Si je n'ai pas remarque cette trainee , c'est sans doute parce que j'etais plus loin de la trajectoire. Si 1'on considere que les directions du mouvement a 1'entree dans la sphere d'attraction terrestre,qui doivent faire couper la surface du sol a la trajectoire, sont beaucoup plus nom- breuses que celles qui peuvent seulement la faire passer la limite de 1'atmosphere , on est etonne que le nombre des chutes d'aerolithes constatees soit aussi faible relativement au nombre prodigieux d'etoiles filantes ; mais la diminution du diametre dans Tatmosphere explique ce phenomene , en faisant voir qu'elles peuvent se reduire en poussiere lorsque leur diametre primitif est petit. J'ai done du chercher des formules pour calculer la re- sistance de 1'air sur un corps dont le diametre varie , en donnant aux coefficients arbitraires de ces formules des valeurs au moyen desquelles la variation du mouvement angulaire du bolide considere soit parfaitement representee. J'ai trouve qu'au moment ou je 1'ai apergu, sa vitesse etait de 13350 metres par seconde , et que le produit de son rayon, par sa densite, egalait 9 m , 174, en faisant , comme Lombart , le coefficient constant de la resistance egal a JL. La densite des aerolithes etant a peu pres moyenne- rn^nt 3 , le rayon du bolide etait alors d'environ 3 metres , et il tendait vers la valeur 16 centimetres, dont il etait tres- pres au moment ou j'ai cesse de le voir. L'inflammation ayant eu lieu 2 secondes avant que je ne Fapercoive , j'en ai deduit qu'il avait en cet instant une vitesse de 15939 metres et un rayon de 5 metres 28 cent. II etait alors a 17000 metres d'elevation au-dessus de la mer , pres des rochers du Calvados, dans le N.-E. de Bayeux. A partir de ce point, le diametre restant constant, la resistance de 202 itfSTlTtJT DBS PROVINCES DE FRANCE. I'air a ete calculee d'apres les formules ordinaires jusqu'a ce que le bolide soit arrive a 40600 metres d 1 elevation , ce qui avait lieu 6 secondes avant son inflammation. A cette hauteur, cette resistance devenait insensible , de sorte que j'ai considere ce point comme celui d'entree dans Tatmo^ sphere. Ses coordonnees sont 49 21' 30" de latitude bo- reale et 1 40' 30" de longitude occidentale. II etait alors a Paris 6 heures 47 minutes. La vitesse etait de 16900 metres , mais elle 6tait rapportee a la surface ter- restre animee d'un raouvement en grande partie contraire a celui du bolide. La vitesse par rapport au centre de la terre etait done seulement de 16450 metres, et la trajectoire etait inclinee de 14 38' a 1'horizon du point d'entree dans 1' atmosphere, et la projection horizon tale de cette trajectoire venait de 1'E. 9 55' S. De la, on deduit que le bolide decrivait autour de la terre une hyperbole dont voici les elements : demi grand axe, 0,424402 (le rayon terrestre etant pris pour unite ) ; excentricite , 3,271675 ; dis- tance perigee, 0,964106; longitude du noeud ascendant, 43* 47' 57"; inclinaison de 1'orbile a 1'ecliptique , 65 31' 2"; longitude du perigee comptee sur le plan de 1'orbite dans le sens du mouvement du bolide a partir du nceud ascendant , 79 35' 29" passage au perigee , le 18 novembre 1851, a 6 heures 49 minutes ( temps moyeii as- tronomique de Paris); sens du mouvement, retrograde. De la, j'ai deduit que le bolide etait entre dans la sphere d' attraction terrestre le 17 novembre a 12 heures 22 minutes (temps de Paris) , et j'ai trouve qu'il decrivait autour du soleil , avant d'entrer dans la sphere d'attraction terrestre, une ellipse dont voici les elements : demi-grand axe , 1,182312; duree de la revolution, 469 jours 5653; excentricite, 0,368368 , distance perihelie, 0,716786 ; CONGRES DES ACADEMIES. 203 inclinaison de 1'orbite , 9 25' 5" ; longitude du noeud ascendant , 55 51' ; distance du perihelie au nceud as- cendant, 84 39' 34" ; sens du mouvement , direct. Le passage au perihelie aurait eu lieu le 15 Janvier 1852 a 11 heures 39 minutes 40 secondes (temps moyen du l er . meridien ). Je n'ai relate ce qui precede et qui resulte de la concor- dance fortuite de deux observations , que pour faire mieux apprecier les resultats auxquels on parviendrait si 1'on faisait simultanement, de deux points convenablement eloi- gnes , une serie reguliere d'observations sur les bolides. On parviendrait lors certainement , en peu d'annees , a savoir exactement ce que sont ces curieux meteores. Mais il faut pour cela que les societes savantes appellent 1'at- tention du gouvernement sur cette question. Une consequence des observations du bolide du 18 no- veinbre . c'est qu'il ne suffit pas de fixer sur le ciel les points d' apparition et de disparition et d'evaluer la duree de 1' apparition , pour pouvoir calculer un bolide , il faut de plus remarquer les variations de son mouvement angu- laire, afiri d'avoir une base pour calculer la resistance qu'il eprouvait de la part de Pair. Sans doute, cette observation, est souvent tres-difficile ; mais les grands progres que Ton a faits dans la photographic instantanee permettent non seulement d'evaluer ces variations , mais me*me de les me- surer. En effet , si Ton a deux daguerreotypes voisins , disposes de maniere a s'ouvrir simultanement en une petite fraction de seconde ; si , dans Tun de ces daguerreotypes- , Ja plaque est fixe , et si, dans 1'autre, elle est animee d'un mouvement de rotation regulier et connu , il est clair qu'un bolide passant dans le champ de ces daguerreotypes tracera sur les deux plaques des lignes differentes, dont la com- 204 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCB. paraison permettra aisement de trouver le temps que 16 bolide a employe a parcourir telle portion de sa trajectoire, et, par consequent , de connaltre sa viteSse angulaire a di*- rers instants. De plus , la plaque fixe ayant ete orientee avec soin dans une direction connue , on pourra dexluire de la direction de la trace laissee sur elle par le meteore , la position d'un plan mene du centre optique de Tobjectif par la trajectoire apparente du bolide. Avec un seul daguerreo- type , on n'embrasserait qu'une portion fort restreinte du ciel , mais en en employant plusieurs , pointes fixement dans diverses directions , on pourra embrasser une grande partie du ciel autour du zenith. Si Ton avait ainsi une serie de daguerreotypes a deux stations differentes conve- nablement eloignees; si tous ces daguerreotypes pouvaient etre ouverts en une fraction de seconde au moyen d'un courant electrique qu'un observateur etablirait par une pression du doigt sur un ressort lorsqu'il verrait un bolide, condition mecanique facile a realiser de diverses manieres, il est evident que Ton aurait ainsi tous les elements neces- saires pour calculer completement les bolides qui pas- seraient dans la region atmospherique comprise a la fois dans le champ de 1'ensemble des daguerreotypes des deux stations. Cette region pourrait d'ailleurs &tre tres-vaste , en n'eloignant pas trop les stations et en employant plu- sieurs daguerreotypes a chacune d'elles. M. de Caumont propose , sur les conclusions de la com- mission d'archeologie, de decerner a M. E. Woillez une medaille pour sa carte monumentale du departement de 1'Oise , qui a coute a son auteur dix-huit annees de labo- rieuses recherches. Cette proposition est vot6e a runauimite. DfcS ACADEMIES. 205 M. le comte d'Hericourt lit le rapport suivant au nom d'une commission speciale a qui avait et6 renvoy6e la question suivante : Quelle part les Societes savantes Vous avez renvoye a 1'examen d'une commission sp^ciale la recherche des moyens les plus profitables qui devraient ^tre employes pour arriver a l'6tude complete de la g6o- graphic ancienne des Gaules ; cette question etait trop im* portante pour ne pas fixer votre attention. Decrire notre beau territoire avant la conque'te romaine , etudier Timportance de contrees qui devenaient le marche-pied de ce tr6ne du haut duquel Ton commandait ^t Tunivers : voici des probl^mes dont la solution doit int^resser au plus haut point Tantiquaire et assurer a ses veilles savantes un incontestable succes, Aussi n'est-ce point d'hier que datent les investigations d'Anville ; Sanson et tant d'autres , dont il serait trop long de citer les travaux , en ont fait, d&s le siecle dernier, Tobjet de leurs recher- ches. M. le baron de Walkenaer , profitant du sillon qu'ils avaient deja trace, y a recueilli une utile moisson. Mais ce n'est point du centre des bibliotheques, ni dans le silence du cabinet qu'on peut retablir les itineraires , ni decrire les travaux du peuple roi. Pour retrouver les chemins t 206 1NSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. ces immenses arteres qui reliaient Rome aux extremites du monde connu , Extremique hominum Morini , comme le disait le poete latin ; il faut suivre les voies qu'il a parcourues , et laisser sur leur chaussee I'einpreinte du pas de Tantiquaire. C'est done , ici encore , la province seule qui peut glaner les epis dont se compose la gerbe de la science , suivre les reseaux qui formaient ce magni- fique ensemble de communications. Des le debut , on le voit , nous recommandons Tetude des chaussees romaines ; c'est que , voyageur, transporte dans des contrees presqu'inconnues, il faut d'abord s'orien- ter , et quel moyen plus sur d'arriver a ce but que d'etudier les chemins ; c'est en les suivant que nous arriverons a ces importantes cites deja florissantes a cette epoque. Non sine sagis Atrebaticis tuta est respublica , s'ecriait 1'empereur Gallien a la nouvelle d'une defaite, a ces oppida dont les fortifications defend ues avec ce courage de quiconque combat pour la liberte de ses foyers surent retarder la marche de Cesar, et les chaussees s'arreteront a ces inexpugnables forets de la Belgique centre lesquelles vinrent se briser les legions habituees a la victoire. Centre ces chemins , sur leurs accotements , comme dirait un ingenieur moderne , nous retrouverons les tombeaux des chefs , les autels aux dieux protecteurs , les camps , man- siones ou stativa , ou sejournerent les vainqueurs d'un pays qu'ils pouvaient dominer, mais non dompter. Ce sont done les chaussees romaines qui doivent, des le principe , fixer specialement 1' attention des societes savantes ; et, ici encore, les recommandations des congres ont ete devancees par le zele de nos antiquaires de province. Depuis 1'Algerie, cette CONGRES DES ACADEMIES. 207 terre nouvellement frangaise, ou nous signalerons deja le travail de M. le colonel Carbuccia sur les voies de la sub- division de Batra , et celui plus ancien , mais non moins interessant de M. le chef de bataillon Caussade , sur les traces de 1'occupation romaine dans la province d'Alger , jusqu'a ces grandes arteres qui mettaient en communication Rome et la Grande-Bretagne , nous trouverons des etudes serieuses , de louables efforts, d'utiles travaux. Le premier auteur que nous devons citer, non par ordre de date, mais par 1'incontestable merite de ses recherches, estM. Bizeul de Blain. Sans autres ressources que son infatigable de- vouement a la science , sans appui et sans conseil , il a dresse 1'itineraire de Tune de nos plus importantes pro- vinces de la Bretagne ; il a pratique des recherches sem- blables dans les contrees voisines , et prolonge ainsi les voies qu'il avait retrouvees au-dela des limites que 1'on pouvait fixer a son zele et a ses efforts. Ce n'est pas dans les livres que notre savant collegue a etudie les voies romaines ; sans doute il n'a point neglige^ les importants travaux de ses devanciers , ces antiquaires du siecle passe, qui, nouveaux Archimedes, poursuivaient la solution de scientifiques problemes tandis que 1'ordre social s'ebranlait; mais , la table Theodosienne a la main , il a parcouru toutes les voies qu'il a decrites et fouille le sol partout ou un doute Tarretait. A c6te de M. Bizeul , et peut-etre a son exemple , les voies romaines etaient etudiees dans d*autres parties de notre territoire. Lyon , la metropole des Gaules , fournis- sait a M. de Boissieu unrecueil des inscriptions de Lyon ou Ton peut puiser d'utiles renseignements sur le sujet qui nous occupe , et M. 1'abbe Roux , dans ses recherches sur le Forum Segusianorum et 1'origine gallo-romaine de Feurg, $08 tNSTITtft DfiS PROVINCES Dfe y rentrait plus spe'cialement encore en etudiant les Voies romaines qui rayonnaient autour de cette ville. Ne quittons pas cetle partie de la France sans rappeler la savante his- toire de Sisteron par M. de Laplane , dont le fils represente aupres de nous une laborieuse soci6te du Nord , tant il est vrai de dire que science comme noblesse oblige. L'histoire de Sisteron contient dans ses premieres pages un excellent travail sur les grands chemins des Domains dans cette partie qu'il fall ait franchir pour arriver a la riclie Provence. L'Institut de France proclame le memoire du docteur Long sur les antiquites des Vascons comme 1'un des plus savants qu'il ait couronn^s. Si nous c6toyons le littoral , nous dirigeant vers les cimes ^levees des Pyrenees , nous pourrons suivre les voies decrites par M. Rouart , le savant conservateur de la bibliotheque Mejanne a Aix. Dans son discours sur 1'im- portance de I'epigraphie, et de 1'epigraphie locale en par^ ticulier, M. Rouart releve les inscriptions des bornes mil- liaires des environs de la ville d'Aix ; citer cette cite , c'est rappeler son importance, et ajouter que le travail est complet^ c'est en constater la valeur. Les inscriptions geographiques du muse'e de Nimes, de la ville aux arenes, ont fourni a M. le capitaine Colson et a M. Gergner-Durand Foccasion de produire une ceuvre durable. Le pays des Vascons n'est pas encore completement explore , mais les savantes dis- sertations contenues dans le compte-rendu de la Gironde sontde precieux jalons qui guiderontles futurs antiquaires. Nous avons presque rejoint la station de Blain et M. Bizeul nous serait un excellent guide ; mais n'oublions pas le but de ce rapport , et , revenant sur nos pas , hatons-nous de parcourir 1'Est de la France. Qu'il soit permis aux biblio- philes de prendre un moment de repos , et , sans quitter CONGRES DBS ACADEMIES. 209 ]a chaussee romaine, de parcourir Touvrage de M. Pasumot, intitule : Dissertations et memoires sur differents sujets d'an- tiquites. Get ouvrage est rare , et nous le regrettons , car il contient pour le sujet qui nous occupe deux excellents traites ; mais employons le trace dont s'est servi Panti- quaire, Tun sur les voies romaines de la ville d'Auxerre , et 1'autre sur celles des environs de Clermont-Ferrand. Ces dissertations de M. Pasumot , qui ont d'abord paru a part, ont ete plus tard reunies en volume par les soins de M. Grevand. Mais suivons nos chaussees et rechercnant les traces sanglantes des legions de Varus, nous arriverons sur les bords du Rhin. Plus heureux que hii , nous n'avons pas a le franchir et nous aurons a signaler plus d'une victoire remportee sur 1' ignorance. L' Archdologie de la Lorraine , de M. Beaulieu , est, comme on le sait , plus specialement consacr6e aux antiquites romaines. "Durocor- turum , pardon , nous voulions citer les memoires de PAca- demie de Metz , qui contiennent une savante etude de M. le colonel Uhrich , sur les voies romaines des environs de Phalsbourg : ce nom ne se recommande pas seulement aux antiquaires. La station d'Andesina ou d'lndesina a fourni deux savantes dissertations a MM. de Beaulieu et Digot de Nancy ; un fragment de la carte Theodosienne est jointe a ce dernier memoire. Les Senones habitants de 1'Yonne , grace au zele de M. Petit , pourront bient6t etudier la periode romaine , et re- connaitre d'une maniere certaine le passage de ses premiers vainqueurs. L'Artois a deja publie son itineraire ; une se~ conde edition de cette carte , revue avecle plus grand soin, doit prochainement paraitre. Si la Picardie n'a pas encore suivi cet exemple, c'est que nos confreres de la Somme apportent dans I'ex6cution de leur itineraire ce soin patient, 210 INST1TUT DBS PROVINCES DE PRANCE. ces profondes investigations qui font le merite de leurs travaux. Prenant pour guide la carte de Cassini , ils ont active le zele de leurs correspondants , provoque des fouilles ou des memoires , en un mot, se sont entoures des precautions et les plus sages et les plus defiantes. Une commission centrale est chargee de coordonner les recher- ches , d'en provoquer de nouvelles lorsqu'un doute se manifeste , et de se rendre partout ou besoin en est pour etudier les voies romaines. Quelquefois ces demarches sont inu tiles. C'est ainsi que M. Grave a fait pour le Beauvaisis un travail que nous ne saurions trop recommander aux personnes qui s'occupent de semblables etudes. Imitons done la Societe des antiquaires d' Amiens , de cette ville qui s'honore d r avoir produit Ducange , de cette ville qui a fait pour ses antiquites romaines ce que ce savant antiquaire a faitpour 1'etude dumoyen-age. Societes des departements, dont on apprecie maintenant le devouement a la science, la sincerite des recherches t les patientes investigations , etudiez les origines romaines , soulevez les voiles qui obs- curcissent encore 1'origine de nos annales. Nous avons cit6 de nombreux memoires publics sur les antiquites romaines par les antiquaires de nos provinces , cette liste est loin d'etre complete ; nous avions moins le projet de faire de 1'erudition , que de prouver que cette question a fixe Tattention sur presque tous les points de notre beau pays. Nous devons cependant citer encore les perse verants efforts de MM. les abbes Cochet , Lacurie et Voisin. Ces ecclesiastiques aussi savants que modestes ont etudie les voies de la Normandie, du Maine, ainsi que celles du territoire qui forme aujourd'hui les departements de la Charente et Charente-Inferieure. Mentionnons ainsi M. Leon Renier , correspondant actif de plusieurs so- CONGRES DBS ACADEMIES. 211 cietes savanles du Nord de la France. Nous n'avons pas a parler ici ni de ses excursions au pied de 1'Aures et a Lambresse, ni des 1,600 inscriptions qu'il en a rap- portees ; mais nous ne pouvons passer sous silence I'int6- ressant travail qu'il a public dans 1'Annuaire de la Soci6te des antiquaires de France de 1850. II a reproduit dans un format comrnode les itineraires remains de la Gaule, c'est- a-dire la table Theodosienne , Titineraire d'Antonin et celui de Bordeaux a Jerusalem ; il y a joint les variantes des manuscrits , des tables de concordance et des notes aussi nombreuses que savantes. Pour ne parler que de la table Theodosienne , il a fait executer un fac- simile reduit de la partie superieure des deux premiers segments de celle publiee a Leipsik en 1824 par les soins de 1'Academie de Munich. ; et , pour faciliter les recherches locales , il a obtenu de la Societe des antiquaires que cette carte serait livr&e a un prix reduit , pour ne pas dire minime . aux. personnes qui en feraient la demande. Un de nos collegues a expose a 1'une des dernieres seances qu'une de nos societes savantes les plus actives avait deja profite de la facilite qui lui etait offerte. Mais , dira-t-on t trouverez-vous dans les provinces des hommes aussi devoues que MM. Bizeul, Petit, Grave, etc. , qui consentent a parcourir les voies romaines , a s'ar- re'ter, pour ainsi dire, a chaque pierre, et, parmi nos aca- demiciens, combien n'en auraientpas le loisir?Nous avons une sincere reconnaissance pour les services que les sa- vants dont nous venons de rappeler les noms ont rendu a la science, mais la tache nous paralt s'e*tre simplified a cause meme de leurs travaux. Que nos academies donnent un noble elan,qu'elles provoquentdes recherches serieuses, soit en activant le zele de leurs correspondants , soil en 212 INSTITUT DBS PROVINCES DB FRANCE. proposant des recompenses aux meilleurs memoires , et cet appel sera entendu. Le culle de Tantiquite n'est plus aussi reslreint qu'on le croit, et nos provinces comptent de nombreux adeptes. II sera entendu , cet appel , de ces savants et modestes cures de campagne, qui vous signale- ront les decouvertes inte"ressantes faites dans leurs pa- roisses, et Tautorit6 episcopate ne fera nulle difficulte de le leur recommander ; ici encore le pass6 nous repond de l'avenir. En outre , les prefets s'empresseront sans doute de donner les me'mes recommandations a leurs agents- v overs. On ne saurait trop recommander cette mesure deja experimentee dans le Pas-de-Calais. Ces laborieux inspec- teurs des chemins sont sans cesse en rapport avec les can- tonniers , rien n'echappe a leur surveillance ; lorsqu'ils le veulent , ils peuvent , par de simples indications , faciliter les recherches des antiquaires. Ce rapport est d&ja bien long ; nous ne pouvons cependant le terminer sans engager les societs savantes a accepter un modele uniforme , et la commission dont j'ai 1'honneur d'etre le rapporteur a etc* unanime a proposer 1'emploi des cartes de Cassini. Sans doute celles dresses par les offi- ciers de 1'etat-major sous la savante direction du general Petit sont plus completes pour le sujet qui nous occupe , mais moins pour quelques provinces ; cet important travail n'est pas termini , et il ne le sera probablement que dans une dixaine d'annees. En outre , ces cartes plus chargers de details seraient d'un usage moins facile que celles de I'ing6nieur du XVIII 6 . siecle. La commission est aussi unanime a engager les societes savantes a accepter des signes uniformes , et elle ne saurait trop appeler leur attention sur le rapport presente au dernier Congres par M. Victor Petit et insure dans 1'Annuaire de 1'Institut des CONGRES DBS ACADEMIES. 213 rovinces de 1852. L'importance de cette mesure n'a pas besoin d'etre developpee , car il est facile d'en comprendre les avantages. Le Congres emet le vceu que les societes savantes des departements s'occupent activement d'explorations qui seules permettront rachevement de la geographie des Gaules ; Que, prenant pour base la carte de Cassini, elles pro- voquent l'etude des voies romaines, soil en faisant appel au zele de leurs correspondants , soit en mettanl ces ques- tions au concours ; Qu' elles recherchent les bornes milliaires si utiles pour fixer les distances , relevent les inscriptions qu* elles porte- raient encore et notent avec soin les monuments gallo-ro-^ mains que les fouilles mettraient au jour ; Qu' elles invitent les autorites religieuses et civiles a leur communiquer toutesles decouvertes qui seraient faites soit par MM. les Cures , soit par les agents de radminis- tration. Ce rapport , ecoute avec le plus vif interet , rec,oit d'una- nimes applaudissements. La proposition de la commission est adoptee. Plusieurs membres emettent le vceu qu'une seance spe- ciale soit consacree a la lecture du compte-rendu des tra- vaux des Societes de province. L'assemblee fixe la seance de lundi pour entendre les rapports prepares. La seance est levee. 214 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. STANCE DU SAMEDl 20 MARS. (Pr&idence de M. Mahcl, ancien preTet, membre de l'lnstitut des provinces.) Le bureau est compose" de MM. de Caumont, Gomart, Chavin de Malan , le president du tribunal de Clermont-en- Beauvoisis , le marquis de Chennevieres , Duchatellier et R. Bordeaux, secretaire-general. M. Gomart donne lecture du proces-verbal de la seance precedente qui est adopte. M. l'abbe Cirot de la Ville , membre de l'lnstitut des provinces a Bordeaux , adresse au Congres un memoire de MM. Marcel de Serres et Charles Des Moulins en reponse au memoire de M. Lacour intitule : Origine chez un peuple noir et africain de la langue hdbraique et du monothe'isme h&reu, Le Congres recoit en outre Thommage des deux bro- chures suivantes : Mdmoire surles anemomktres a indications continues d' apres le systeme de M. Th. du Moncel. Des observations mete'orologiques , de leur uUlitd et de la manihre dont il faut les faire, par M. le V te . Th6odose du Moncel. M. le comte de Mellet fait un rapport au nom de la commission d'archeologie et des beaux-arts , et analyse la discussion a laquelle cette commission s'est livree sur les questions du programme qui suivent : C0NGKES DBS ACADEMIES. 215 On parle beaucoup de reformes a. faire dans Te chant iiturgique ; quelle est la premiere , la plus urgente, celle qui doit preceder toutes les autres , et, en tous cas , la seule possible immediatement? Quel doit etre le r61e de l'orgue pendant Toffice divin? Quelle est la meilleure maniere de jouer le plain-chant sur l'orgue ? L'accompagnement de la main droite sur le chant a la pedale ou a la main gauche est-il absolu- te ment condamnable? Les anciennes orgues sont-elles les seules bonnes? M. de Chennevieres continue en ces termes : Messieurs , Bien qu'il ne m'appartienne plus de traiter sans un cer- tain embarras la question qui vous est soumise , je ne puis me defendre de constater avec vous les fruits merveilleux que la province pourrait recueillir de l'assentiment du gou- vernement au vceu que cette question implique. S'il est vrai que le bien depende presque toujours de la maniere dont on le fait, c'est surtout en matiere d'education pu- blique. Je ne pense pas que la province se rende un tres- juste compte dela part enorme qui lui est devolue dans les commandes et acquisitions ministerielles ; elle n'a jamais calcule peut-etre qu'en dehors de quelques oeuvres peu nombreuses, reservees pour le musee des artistes vivants, toute cette longue liste d'ouvrages de peinture et de sculp- ture acquis par le gouvernement a la suite de chaque expo- sition annuelle , que de plus , les commandes faites aux peintres et sculpteurs par la direction des Beaux- Arts , qu'enfin , les innombrables copies executees d'apres les chefs-d'oeuvre de l'art contenus dans le Louvre, tout cela se distribue et se disperse entre les musee s et les eglises des principaux chefs-lieux de nos departements. Parait-il que la province ait profite beaucoup , pour l'education de ses artistes et de ses populations , des largesses du musee Napoleon qui dota si richement ses premiers musees , et des repartitions plus modernes des divers ministeres? II faut avouer franchement le contraire , et dire qu'il y a un CONGRES DES ACADEMIES. 233 siecle , quand la province n'avait pas de musees des chefs- d'oeuvre de Tart , elle avait des artistes , et que les bons ouvrages de peinture et de sculpture de l'ecole de Paris , des qu'ils entrent dans l'un de ces musees, deviennent aujourd'hui lettre morte pour nos pauvres apprentis de province. De son c6te , 1' administration des Beaux- Arts , a laquelle il n'est point facile , faute de catalogues , d'inventaires et de rapports , de s'eclairer suffisammeot sur les besoins comparatifs de chaque departement , peut se croire un peu trop aisement quitte envers la province quand elle a epuise ses distributions annuelles. II est certain que ce n'est pas tout d'envoyer des chefs-d'oeuvre et des modeles , il faut enseigner aux provinces a comprendre ces chefs-d'oeuvre et a se servir de ces modeles. Or, en tout art comme en tout metier , il est un moyen qui apprend plus vite a faire une merveille que de la regarder fixement , c'est de la voir faire. Vous pressentez deja , Messieurs , ou j'en veux venir : je voudrais qu'au lieu d'envoyer a la province les chefs-d'oeuvre toutfaits des artistes renommes,on envoyatles artistes renommes faire des chefs-d'oeuvre dans la province. Les peintres et les sculpteurs parisiens ou du moins tra- vaillant a Paris , sont innombrables. Dans les conditions actuelles , Tadministration des Beaux- Arts ne conn alt et ne peut connaltre qu'eux ; cinq ou six noms d' artistes travail- lant en province lui sont tout au plus familiers. II y a la une inegalite de protection aussi inevitable que facheuse. La France entiere fournit le budget des arts, la France en- tiere devrait en profiter. II serait certesde premiere equite, si possible , que les bienfaits et les commandes de l'admi- nistration atteignissent nos artistes provinciaux dans les villes ou ils luttent contre la misere , 1'indifference , le petit 234 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. gout , et le peu de ressources d'etude , enfin contre toutes les plus tristes exigences. II n'y faul point compter. Cette protection a distance et de confiance n'est guere praticable. Si ces pauvres absents ont tort , la premiere raison en est que T administration ne connalt point leurs ceuvres , et que ces ceuvres ne peu vent lui etre designees que par la faveur publique dans ce grand concours des expositions annuelles dont l'abord ne leur est pas toujours facile. Que pourrait done demander la province a Tadministra- tion? D'abord , d'encourager les artistes locaux en leur con- fiant , sur la proposition des conseils municipaux , les tra- vaux dont ceux-ci les jugeraient dignes. Et puis , dans l'etat ou sont les etudes d'art en province, fy reviens et je le repete, rien ne serait plus utile, rien ne produirait de plus immanquables resultats , que d'envoyer executer sur place, dans nos departements , des travaux de decoration , des ceuvres serieuses , par nos plus habiles artistes contempo- rains. Rappelez-vous , Messieurs , ce que peut un homme arrivant dans un pays , meme quelque peu barbare , si cet homme porte au front V aureole de son propre talent , et Tetoile de la feconde ecole dont il sort. Rappelez-vous , Messieurs , que ces grands noms me pardonnent , ce que put a Milan le Florentin Leonard , a Mantoue , Jules Romain , Caravage, a Naples, Vandyck, en Angleterre. Rappelez-vous Tepaisse pepiniere que firent eclore deux ou trois Italiens aFontainebleau. Notez , Messieurs , que dans notre eblouissante ecole parisienne d'aujourd'hui , si nom- breuse et si variee , chaque province pourrait aisement re- trouver Fun de ses enfants aux premiers rangs de l'une des legions de Tart ; et celui-la serait plus a mme peut-^tre de comprendre et de developper le genie de sa province. C0NGRES DES ACADEMIES. 235 Je trouve , Messieurs , dut radministration des Beaux- Arts estimer qu'une telle mission donnee a un habile artiste equivaut pour une ville a dix bons tableaux expedies a sou musee , je trouve qu'il y aurait encore benefice pour cette ville , car l'artiste renomme , en apportant a ses pauvres confreres de province les ardeurs ambitieuses de la rivalite, les secrets si multiplies du metier, les preoccupations de- licates et elevees de notre ecole actuelle , d6poserait parmi eux , avec le modele d'une ceuvre glorieuse pour la ville qu'elle decorerait, non plus la lettre morte de Tart, mais son esprit qui vivifie. Le Congres pourrait done emettre au moins le vceu que Tadministration des Beaux- Arts, outre la part qu'elle pour- rait prendre a 1' execution par des artistes locaux de tra- vaux dans nos provinces , fit executer sur place , dans les villes dont les ecoles pourraient en profiter , des peintures ou des sculptures considerables, par d'habiles artistes de 1'ecole parisienne , appartenant , autant que possible , par leur naissance , a la province dont ils decoreraient les mo- numents. M. Albert du Boys , tout en approuvant ces propositions, voudrait qu'au lieu d'envoyer des artistes de Paris en pro- vince , on employ at surtout les artistes de province. II y a certainement hors Paris des hommes de talent ; temoin les peintres de 1'ecole de Lyon. On envoie des eleves a Rome pour etudier les modeles des grands maltres et la belle na- ture de la campagne romaine ; il faudrait de m&me etablir hors Paris une ecole de paysagistes qui irait pendant l'ete etudier la belle nature des provinces du Midi , a Pau , a Grenoble , etc. En dedoublant 1'ecole de Rome , on forme- 236 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. rait ainsi dans Tune de nos villes de province , un centre artistique. M. Alfred Darcel repond que precisement les conclusions de M. de Chennevieres ont pour but d'encourager les ar- tistes des d^partements , toutes les fois qu'ils auront du talent , et lorsqu'il- n'y a pas d'artistes dans la ville qu'il s'agit d'enrichir d'un ouvrage d'art, d'envoyer les artistes de Paris travailler sur place , au lieu de les laisser operer dans leur atelier , loin de la province. Quant a Tecole de Rome , il croit aussi qu'il y aurait beaucoup a faire. M. Darcel ajoute que inspection des musees de pro- vince, mission nouvelle dont M. de Chennevieres vient d'etre charge , ne pourra qu'6tre tres-profitable a la pro- vince et lui paralt tout-a-fait dans le sens du Congres. Les propositions de M. de Chennevieres sont mises aux voix et adoptees. L'ordre du jour appelle la lecture d'un memoire deM. Chavin de Malan , de llnstitut des provinces , et qui repond a cette question du programme : Quelles ont ete , au moyen-age , les industries dirig6es par les moines et exercees dans les abbayes ou dans les maisons qui en dependaient? MJfiMOIRE DE M. CHAVIN DE MALAN. Au commencement du X e . siecle , a c6te de l'organisa- tion feodale et despotique , s'eieve la puissance monastique fondee sur la charite et la liberte , ces deux scaurs immor- telles qui soutiennent et consolent les peuples. II serait curieux d'6tudier de front l'histoire feodale et l'histoire mo- nastique dans nos provinces. Presque partout le seigneur C0NGRES DES ACADEMIES. 237 fonde uti monastere qui grandit et devient l'asile du peuple, de tous ceux qui souffrent et travaillent. Pierre-le-Venerable , abbe de Cluny , etablissait deja, au XIP. siecle, la difference de la feodalite et des institu- tions monastiques au point de vue qui nous occupe , au point de vue du travail agricole : Tout le monde sait de quelle maniere les maltres secu- liers traitent leurs serfs et leurs serviteurs , ils ne se con- tentent pas du service usuel qui leur est du ; mais ils re- vendiquent sans misericorde les biens et les personnes. De la , outre les cens accoutumes , ils les accablent de services innombrables , de charges intolerables , trois ou quatre fois Tan , et toutes les fois qu'ils le veulent. Aussi, voit-on les gens de la campagne abandonner le sol et fuir en d'autres lieux. Mais, chose plus affreuse, ne vont-ils pas jusqu'a vendre pour de l'argent, pour un vil metal, les hommes que Dieu a rachetes au prix de son sang ! Les moines, au contraire , quand ils ont des possessions , agissent bien d' autre sorte, ils n'exigent des colons que les choses dues et legitimes ; ils ne reclament leur services que pour les necessites de leur existence ; * ils ne les tourmentent d'aucunes exactions ; ils ne leurs imposent rien d'insup- portable : s'ils les voient necessiteux , ils les nourrissent de leur propre substance ; ils ne les traitent pas en esclaves , ni en serviteurs , mais en freres. Voila l'explication morale , entre tant d'autres , des grandes richesses des monasteres, et la raison religieuse qui devait faire disparaitre la servitude personnelle et Tesclavage. Les moines ont honore les travaux agricoles et indus- tries , et c'est avec des procedes tres-simples qu'ils ont defriche le sol de l'Europe , que l'industrie moderne tra- vaille avec un si horrible fracas. 238 1NSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. Les institutions monastiques ont glorifie et sanctifie la culture. Virgile, le doux poete des harmonies dela nature, a chante les Georgiques ; la vie de plusieurs moines pour- rait former une epopee agricole , qui a eu ses temps he- roi'ques. Les origines monastiques sont les origines meme de l'agriculture libre, de l'industrie libre dans le monde. Les races illustres de Rome et de l'Orient s'6taient reti- rees dans ]es deserts , et les deserts fLorissaient. Les pre- miers moines nous apparaissent tenant l'evangile d'une main et la b6che de l'autre. Apres les invasions barbares , les moines consolent les ames, et cultivent la terre. Ces hommes de fer a peine ras- sembles en tumulte sur la lisiere des bois et la tete encore appuyee sur leurs lances , devinrent des hommes doux et laborieux, en voyant des mains sacerdotales conduire la charrue. L' agriculture a seslegendes : Saint Ken ti gem, de la race royale d'Ecosse , se fit laboureur , et il aimait a dompter les animaux les plus sauvages, il attelait quelquefois a sa charrue , un loup et un cerf ; saint Florentin appelle un ours a la garde de ses troupeaux; saint Fechinus frappe de mort les animaux qui ravagent les pres de sonabbaye; saint Gad wold ressuscite les brebis; sainte Hildu protege les moissons; sainte Julienne soigne les vaches et le lai- tage ; saint Fiacre et Carloman, le frere de Charlemagne, conduisent les troupeaux au paturage et cultivent dans les jardins les humbles legumes, nourriture des pauvres; saint \ Winoc et saint Ursin exercent la profession de meuniers. II par ait que les premiers grands travaux des moines au moy en-age , ont ete les travaux hydrogeologiques qui assai- nissaient le sol , qui donnaient des irrigations abondantes , qui constituaient des forces motrices puissantes , et met- taient en mouvement des usines considerables : tanneries, C0NGRES DES ACADEMIES. 239 moulins , scieries , huilenes, fouleries , qui creaient des viviers pour la multiplication du poisson. On reconnait aujourd'hui l'utilite des etangs, qui enrichissent des terrains humides et malsains et forment encore un des principaux produits dans plusieurs de nos departements. Ainsi, a Mo- rimond (Haute-Marne), les moines,enformant des etangs, avaient admirablement calcule la pente accessoire , l'im- permeabilite des couches inferieures, le volume d'eau, le grouppement des bassins , la masse des chaussees , le ni- veau suffisant a la salubrite. Puis quand ces terrains etaient ameliores , quand Feau avait apporte assez d'humus et de detritus des vegetaux , on exposait cette couche de vase a l'influence du soleil , et l'etang devenait une prairie ou une culture fertile. Exposons la legislation agricole d T une abbaye , a l'aide des precieux fragments conserves par Henriquez , dans son Menologium cisterciense. Aussit6t apres le chapitre et Toffice , la crecelle claustrale donnait le signal du depart, tous les religieux se reunis- saient au parloir; la le prieur les divisait par sections , reglait tout ce qui concernait l'ordre , le lieu et le genre des travaux , et leur distribuait les instruments necessaires Ferr amenta et alia instrumenta ad labor em necessaria. Rieu n'exemptait de ces rudes labeurs , ni la naissance, ni les talents , ni le rang. La regie ne voyait dans tous les religieux que des enfants d'Adam , condamnes a gagner leur pain a la sueur de leurs fronts. Dans les champs mo- nastiques , la sueur du fils du seigneur et la sueur du fils du manant se melaient dans le m&me sillon et ennoblis- saient Tagriculture. Les moines ne travaillaient pas sous l'indolence de Tamateur des champs , qui , dans un beau jour, s'amuse a faner ses foins ou a sarcler ses bles 40 INSTITttT DBS PROVINCES DE FRANCE. Hon! ils travaillaient rudement, et j'ai ete touchejusqu'aux larmes en lisant dans l'histoire de saint Bernard les repu- gnances qu'il avait dans les commencements pour les tra- vaux agricoles. II g^missait d'etre trop faible pour scier le ble. II racontait a ses religieux la victoire qu'il avait rem- portee , et comment Dieu lui avait fait la grace de devenir un bon moissonneur. Les travaux 6taient accompagnes d'un silence assez ri- goureux : de temps en temps le prieur donnait le signal en frappant dans ses mains pour annoncer un court repos fpansandi signumj. Alors les freres s'asseyaient , si le sol le permettait , sinon ils s'appuyaient sur le manche de leur bche et de leur rateau. Les laboureurs pouvaient parler a voix basse jusqu'au retour de la charrue, ou, selon une vieille coutume, on devait garder le silence en elevant son cceur a Dieu. Lorsqu'un frere, soit par faiblesse naturelle, soit par exces de travail , tombait de lassitude, il demandait la per- mission de se retirer quelques instants , puis ramenant son capuce sur son visage et inclinant la tete, il restait a Tecart comme pour s'humilier et gemir de son impuissance et de sa misere. Ils mangeaient du pain a heure fixe et pouvaient cueillir des fruits sauvages. Dans le trajet du retour, on gardait le silence , on ne pouvait parler qu'au maltre , on ne repondait pas aux passants , a moins que ce ne fut pour indiquer la route ou les traces du betail egare. Si le pas- sant indiscret continuait ses questions , on devait repondre que le silence etait obligatoire. Les us de Citeaux ordon- naient aux moines de lever toutes les moissons et de rap- porter les gerbes surleurs epaules. En rentrant au monas- tere , les moines remettaient au prieur les instruments ara- toires, a Texception des fourches, des faucilles, des ciseaux, coN&nfes DES ACAD&VHES. 241 ties rateaux , qu'ils devaient conserver au dortoir , pres de leur lit, pendant le temps de la tonte des brebis, du sar- clage , de la fauchaison et de la moisson. Le jour, ils allaient a l'eglise chercher un peu de rafraichissement et de fepos devant la sainte hostie qui est en verite la transfigu- ration de l'agriculture. Sur les terres eloigners, les moines construisirent des granges , des metairies monastiques , sortes de fermes 6coles ou Ton formait des agriculteurs , les freres convers que Ton distinguait par leur barbe et leur costume ffratres barbati cappaj , les bergers , les bouviers , les voituriers , ajoutaient a leurs tuniques un camail de peau de chevre , et les freres forgerons , une longue chemise noire. Ils avaient le droit d'assister a tous les exercices claustraux , de s'asseoir a la mense commune, d'y prendre la m&me nourriture que les religieux. Ils valent, dit le livre des us, ce que nous valons , le prix du sang d'un Dieu. De quel droit etablirions-nous pour eux une difference de re- gime , puisqu'il est certain qu'ils sont nos egaux sous la loi de grace de la redemption ; serait-ce parce qu'ils sont plus simples et plus ignorants que nous? Mais la raison nous conseille alors de n'en prendre que plus de soins et de pitie ? (Lib. Ill j p. 304. ) Les convers , c'etait le peuple habill6 en moine. Dans les granges, les convers formaient une hierarchie sous un chef unique appele le maltre fmagister con- versorumj , ay ant pour coadjuteur le frere hospitalier , dont la mission principale etait de recevoir les Strangers et les pauvres qui ne pouvaient aller jusqu'a l'abbaye. Celui qui tenait la charrue (frater stivarius) avait le second rang apres le maltre , on lui donnait pour associe le frere Bouvier ou Pique-Bceuf, qui aiguillonnait les boeufs 11 242 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. dans le sillon et les menait au retour dans les paturages. Les freres vachers , bergers et porchers avaient chacun un compagnon plus jeune qu'eux {junior suusj , qui ne les quittait jamais dans les champs. Le laitier et son second portaient , le soir , a la fromagerie de l'abbaye , le lait qui n'etait pas necessaire a la grange. Le frere charretier fcarrucariusj conduisait chaque jour au monastere les produits de la grange et revenait charge de pain et autres grosses provisions, accompagne du frere palfrenier ffrater stahulariusj ; il n'y avait jamais plus de huit ou dix freres dans une grange. Ala fin du XIII e . siecle, Morimond avait quinze granges , dont plusieurs ont ete le noyau des plus beaux et des plus riches villages de la contree. La haute administration des granges etait confiee au cellerier qui devait les visiter de temps en temps , examiner i'etat des travaux acheves, en ordonner de nouveaux et s'informer de la conduite des freres. De m&me qu'on re- trouve la maison romaine dans Tabbaye , ainsi , les granges nous rappellent, a peu de choses pres, 1' aspect et la distri- bution de la ferme de Varron et de Columelle. Elles etaient ordinairement construites sous la forme d'un parallelo- gramme , avec une cour au milieu et deux grandes portes d'entree, les hebergeages et les ecuries d'un c6te et le logement des freres de l'autre. Ce logement se composait d'une cuisine, d'un refectoire, d'un dortoir, d'un calefac- toire , d'une celle des hotes et d'un oratoire isole. Non seulement les moines etaient de bons agriculteurs , mais aussi d'excellents eleveurs. La regie proscrivait comme indigne de la gravite monastique, les animaux de luxe et de recreation , le cerf , la grue , le cygne , le faucon , qui amusaient l'oisivetedes manoirs. Elle n'ouvrait les ecuries des granges qu aux betes de somme , aux brebis , aux CONGRfeS DES ACADEMIES. 243 vaches, aux pouroeaux. Au commencement du XIV e . siecle , Morimond avait dans ses quinze granges, 200 che- vaux , 200 bceufs en etat de porter le joug , des vaches avec leurs veaux en proportion et d'innombrables brebis , dont les moines tissaientla laine. Les abbayes avaient des droits imraenses de paturages ; mais il etait expressement defendu aux freres bouviers de laisser le Detail trop s'eearter de la grange. Les abbayes avaient aussi , dans les forets , le droit au gland et a la faine , pour les pourceaux fjus ad glandem et faginamj. Le pore est la moitie de la vie des classes agri- coles. Si onenlevait aux gens de nos campagnes , ce mor- ceau de lard dont ils frottent leur pain noir , on opererait parmi eux une revolution immense. Les moines avaient compris toute l'importance de Felevage des pourceaux | dans l'interet des classes pauvres. Les us de Citeaux per- mettaient d^avoir pour les pourceaux, des ecuries a deux ou trois lieues des granges et meme plus loin. Morimond avait 20 porcheries disseminees dans la foret du Bassigny , et chacune contenait pres de 300 pores. Les archives de la Haute-Marne ont conserve les pieces d'un proces relative- ment aux porcheries de Darney et de Neuville dans les Vosges. Ulric , seigneur de Neuville , avait fait saisir les pourceaux des moines. Pierre , eveque de Toul , ne de- daigna pas d'etre arbitre dans cette affaire. L'evque , dans cette circonstance solennelle , defendait la cause de la charrue et de l'humanite, car, en enlevant aux moines leurs etables , on privait les pauvres des elements agricoles les plus feconds et les plus essentiels. Un des principaux travaux des moines a ete le defriche- ment des bois. Le sol frangais etait alors couvert de trop vastes forets relativement a son etendue, il etait ma- 244 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. recageux, insalubre, la temperature etait froide et hu- inide. Les moines percerent les forets de canaux , de tran- chees , d'amenagement , de routes d'exploitation ; ils de- fricherent des portions immenses dont ils abandonnaient aux ouvriers les produits pour sept ans. Dans Porigine , voici comment ils procedaient. L'abbe , tenant une croix de bois d'une main et de 1' autre un benitier, precedait les ouvriers ; il plantait la croix au milieu du bois touffu , il aspergeait d'eau benite cette terre maudite et qui ne doit produire que des broussailles, puis, s'armant de la cognee, il abattait un arbre, alors les moines se mettaient a l'oeuvre et avaient bient6t ouvert une clairiere qui leur servait de centre et de point de depart. Les moines essarteurs etaient divises en trois sections : les coupeurs ( 'incisor es J qui faisaient tomber les arbres sous les coups de la hache ; les extirpateurs ( extirpator es J oc- cupes a deraciner les souches , les bruleurs fincensoresj qui reunissaient tous les debris pour les livrer aux flammes, armes de fourgons ou de longues perches ffurgones J , avec lesquelles ils soulevaient les tisons pour raviver le feu fquibus titiones submov ebant J ( Annales cister., t. I, p. 96). Les forets monastiques etaient divisees en deux classes : les unes amenagees de taillis et de futaies sur taillis que Ton coupait de vingt-cinq a trente ans fsilvae ccedu&J , les autres qui restaient en massif de haute futaie pendant pres de deux cents ans , selon la nature du sol fsilvse glandariwj; ils avaient ensuite leurs bois sacres ou la hache ne pene- trait jamais et sur le front desquels ils laissaient l'aureole des siecles et de Tantiquite : c'etaient les bois de reserve qui avaient je ne sais quelle mysterieuse harmonie avec les venerables institutions monastiques. Commeles moines, ils touchaient a la terre, mais ils s'epanouissaient et res- CONGRES DES ACADEMIES. 245 piraient duc6teduciel. Vegetations vierges et solitaires qui conjuraient les orages. La viticulture ne fut pas generalement approuvee au commencement ; elle souleva, a Clairvaux, de vives opposi- tions. Des religieux plus austeres voulaient proscrire le vin comme une liqueur trop sensuelle: aux mondains, disaient- ils, la couronne de roses et la coupe petillante de Bacchus, aux moines le diademe d'epines et le calice amer de Jesus- Christ. D'autres pensaient que des religieux assujettis aux penibles labeurs de l'agriculture ne pouvaient se passer d'un peu de vin , boisson citee dans la Bible comme re- jouissant le coeur de l'homme ; ils disaient qu'il en fallait pour le saint sacrifice, pour les infirmes ; d'autres ajou- taient qu'en supposant meme que le vin fut entierement prohibe dans le cloitre , on serait libre de l'echanger au dehors centre d'autres provisions. Alors il y eut des mi- racles, des legendes. Un frere Christophe, charge a Mori- mond de la haute direction des travaux agricoles , essayait une plantation de vigne , le frere de saint Bernard , le prieur Gerard, s'etant efforce, mais en vain, de Ten emp6- cher , s'approcha de lui au moment ou il enfouissait sa be'che dans la terre pour planter le cep, et lui cria d'une voix menacante : men frere, plantez et cultivez votre vigne, puisque vous le voulez , mais vous ne gouterez jamais de son fruit. Et cette vigne ne produisit pas un seul raisin jusqu'au jour ou saint Bernard, plus misericordieux envers la vigne , lui rendit sa fecondite. La viticulture a ete ainsi consacree par un grand miracle et tous les clos eelebres sont d'origine monastique. Les moines ont cree les jardins potagers et perfectionne ^horticulture; ils avaient d'excellents legumes et de beaux - 246 INSTITUT DBS PROVINCES I>B FRANCE. vergers. Les arbres n'y etaient point melanges au hasard, mais classes par especes au Nord ou au Midi , selon leur origine et leur nature- Quand une colonic sortait d'une abbaye , elle emportait avee elle des semences et des plants de toutes sortes ; ainsi en partant de Morimond pour fonder Aid camp, pres de Cologne, les moines emporte- rent le pommier de re'nette-grise que d'autres cenobites transporterent de la en Thuringe, en Saxe, tandis que d'autres moines apportaient en Lorraine et en Champagne les especes d'AUemagne. Du jardin du couvent , cette espece nouvelle entrait dans celui du village voisin, et les climats echangeaient leurs productions par l'intermediaire des moines que nous pouvons appeler les courtiers agricoles du moyen-age. On lit avec etonnement dans les Annales de Citeaux , les travaux agricoles des religieux dans les enclos des monasteres ; c'etait un element essentiel de la vie cistereienne. II serait curieux d'etudier en regard les entreprises industrielles et commerciales des moines a cette epoque. Un monastere etait une veritable Cite ou s'exer- gaient tous les genres de professions industrielles. Nous j trouvons partout et toujours le travail resiaire , tant pro- clame par nos reformateurs modernes : jamais I'isolement. Chaque metier etait confie a un certain nombre de freres, dont l'affiliation formait une serie et les preservait de Tiso- lement. Ou distinguait les freres meuniers ffratres molen- dinariij , les freres boulangers (pistoresj , les freres bras- seurs fbrasciarii) , les freres huilliers folearii) , les freres corroyeurs ( corriariij , les freres foulons ffullonesj , les tisserands, les cordonniers , les marechaux , les charpen- tiers , etc. Chaque s6rie avait son frere inspecteur ou contre- maltre, et a la tMe de tous ces travailleurs etait un pere directeur ou patron qui distribuait la besogne , activait ou moderait la main-d'ceuvre. C0NGRES DBS ACADEMIES. 247 Des la fin du X e . siecle, il existait dans Tabbaye de St.-Florent de Saumur , une manufacture ou les moines tis- saient des tapisseries ornees de fleurs et de figures d'ani- maux. Cette manufacture devint tres-florissante , et , en 1133, l'abbe de St.-Florent, Mathieu de Houdun,yfit executer une tenture complete pour son eglise. Dans le chceur , c'etait les vingt-quatre vieillards de l'Apocalypse ; dans la nef , des chasses et des btes fauves (Mabillon 115) . Au XVI e . siecle, la reforme benedictine de Jean dela Barriere fut toute industrielle , il appliqua specialement les religieux feuillants aux arts mecaniques : les uns car- daient la laine, les autres la filaient, d'autres tissaient des draps. Les monasteres etaient les seules h6telleries des campa- gnes , a une epoque ou les voyages etaient longs et peril- leux ; et avec quelle charite delicate et prevenante Fhospi- talite y etait exercee. Chaque grange devait toute la nuit entretenir une lampe au dehors pour servir de fanal au voyageur egare dans les tenebres et ranimer son courage (Annales cisterc. , t. II. 50). Nous retrouvons a la trappe cette hospitalite antique et chretienne. Laissez-moi , Messieurs , vous raconter une des histoires touchantes de l'hospitalite. Le comte Evrard, de Mons , revenant de pieux pelerinages et de guerres lointaines, s'arrta un soir a la porte d'une des granges de l'abbaye de Morimond , sur les frontieres de la Champagne et de la Lorraine. II y fut si doucement accueilli, qu'il resolut de s'y cacher pour le reste de sa vie. II demanda un emploi dans la grange ; il fut frere porcher. II suivait et gardait des anirnaux immondes , mais sa grande ame etait en Dieu et dans la solitude des bois , il chantait les cantiques du 248 TNSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. roi penitent. Or , il arriva *jn jour que deux chevaliers du comte Evrard , tres-desoles de sa longue absence , s'etaient mis en route pour le rechercher. lis arriverent pres de Mo- rimond ; un de leurs valets apercevant un patre,courut vers lui pour lui demander le chemin. Lepatre releva son front, decouvrit sa noble figure , et le valet crut y reconnaltre les principaux traits du comte de Mons ; il courut vers les chevaliers en criant : notre maltre garde les pourceaux de cette grange. lis en rirent tout d'abord , mais par curiosite ilspiquerent droit au patre et lui demanderent en allemand s'il etait reellement le comte de Mons. Evrard , pour les deconcerter, leur repondit en langue romane. lis continue- rent leurs questions, et le vieux comte, trahi par son emo- tion et par ses pleurs , leur dit enfin : Oui , je suis votre maitre. Alors les chevaliers se precipitent dans ses bras t ils le tiennent embrasse et pleurent sur son cou. Ils descendi- rent tous a la grange, y gemirent pi usieurs jours avec leur bon et pieux maltre qui refusa de les suivre. II prit pour toujours Thabit monastique. Je vous affirme , Messieurs , que je n'ai pas trouve un plus beau trait dans l'antiquite pai'enne. II n'y a rien dans Homere d'aussi simplement grand. A la place de ces h6telleries monastiques sans cesse ouvertes a tous les pelerins de la foi, de la science et des arts , ou les plus pauvres trouvaient un abri et le plus cor- dial accueil , nous avons dans la campagne de miserables cabarets ou Ton est recu , selon les moyens de sa bourse , en compagnie des ivrognes de la localite , dans la salete et l'ordure. Les Annales monastiques sont remplies de semblables histoires. Voila comment dans les ages de foi on reparait les egarements et les scandales de sa jeunesse , en don- CONGRES DES ACADEMIES. 249 riant son coeur a Dieu , l'aum6ne aux pauvres , et au monde la patience , le travail des richesses nouvelles. Et aujour- d'hui, aujourd'hui, quand un jeune homme a use dans la debauche les premices de sa vie et Theritage de ses aieux , et qu'a la place du bonheur , il n'a trouve que le remord et que le desespoir , au lieu de se retirer dans la solitude des paisibles campagnes , il court dans la grande ville ; il ne prend pas la beche , mais la plume ; il ne se cache pas dans la cellule d ? un monastere , mais dans une mansarde : de la cet Achille boudeur jette un regard dedaigneux sur son pays , il cite a sa barre la societe entiere ; il l'accuse de ses fautes et de ses malheurs ; il la juge , il la condamne ; il proclame une ere nouvelle de communaute de biens , parce qu'il a perdu les siens ; de communaute de femmes, parce qu'il est repousse de toutes celles qui sont chastes et pures ; d'egalite et de fraternite , parce que tout ce qui se respecte s'eloigne delui. II cree un monde ideal qu'il seme de pedes , qu'il illumine de l'eclat de Tor et des pierreries , qu'il embaume de tous les parfums et ou l'homme se pro- menera de volupte en volupte, comme un sultan blase, a travers des salles de festins et des harems fantastiques. II jette ses visions a tous les ambitieux , a tous les corrompus, a tous les mecontents : il inspire la haine et communique la fureur des jouissances , et, a un moment donne, la foule descend en armes dans la rue , Tutopie devient l'anarchie et le rve s'acheve dans les raines et dans le sang. AuXVI. siecle, lesmoines degeneres renoncerent al'agri- culture ; ils deposerent la beche et le hoyau. Us depouille- reut ainsi leurs austeres habitudes , leur force antique , leur majeste patriarcale. Le nombre des freres convers diminua a cette epoque , les monasteres prirent alors a leur service des manoeuvres journaliers. Or, ils rendirent 250 i^StittfT DES PROVINCES DE ERAtfCE. encore en cela un immense service en arretant le vaga- bondage des malheureuses families d' Alsace et de Lorraine, race quasi bohemienne qui tralne aujourd'hui son denue- ment sur toutes nos routes et a l'entour de nos villes. Morimond, en 1780, etait encore une precieuse ressource pour les ouvriers seculiers. II y avait meme alors dans l'enceinte du monastere une menuiserie , une tonnellerie , une charpenterie , une boulangerie , une serrurerie, une tissanderie. En outre , les moines employ aient cent ma- noeuvres dans leurs jardins, leurs cultures et leurs granges. Depuis le inois de decembre jusqu'a la fin de mai , l'abbaye de Morimond ocCupait plus de trois cents bu- cherons dans ses forets , et durant tout Tete et le prin- temps , environ cent cinquante macons ou tailleurs de pierres dans divers chantiers. Ainsi pres de six cents ouvriers gagnaient leur vie et celle de leurs petits enfants au service des moines dans une seule abbaye, et cela sans interruption , sans ch6mage. Et quand un pere de famille mourait au service de l'ab- baye, les moines adoptaient les enfants, qui etaient nourris et eleves a leurs frais. Remarquez bien , Messieurs , que le monastere etait un proprietaire qui ne mourait jamais, Ses maisons et ses terres ne passaient point en d'autres mains ; Ses futaies n'avaient pas a craindre la hache d'un heritier dissipateur. Les fermiers d'une abbaye n'etant par con- sequent sujets a aucune de ces innombrables incertitudes qui pesent sur les autres agriculteurs , se regardaient comme des especes de proprietaires, tandis que les moines ne pouvant rien posseder en particulier , ni rien leguer , n'etaient pour ainsi dire que de simples usufruitiers. Pen- dant pres de deux cents ans les m&mes families se suc- cederent de pere en fils dans les granges de Morimond. C0N&RES t>ES ACADEMIES. 251 tin autre avantage agricole des monasteres , c'etait la depense des revenus dans la localite. II faut que la terre appartienne a quelqu'un ; ceux qui en sont les maltres doivent avoir la distribution de ses produits. Si ces produits sont principalement distribues entre le peuple qui les cree par son travail , alors la communaute est heureuse ; si , au contraire, la plus grande partie de ces produits est alienee, si on les transporte a grande distance pour les depenser parmi des etrangers , la masse de la communaute doit evidemment etre malheureuse et remuante , avide de chan- gements et de revolutions. Alors il faut elever a la place du monastere un depot de mendicite , une caserne et une prison ; c'est tout ce que notre siecle a su fonder et batir. Assistons maintenant a la ruine desolante de ces grandes institutions nationales. On attaqua d'abord les moines par le ridicule. Le rire preceda le drame ; on chansonna les moines , et ces in- famies furent chantees par les bergers et les laboureurs; l'enfant les repeta sur la place publi'que ; les femmes les redisaient sans rougir au foyer domestique et aux ftes de village, les jours de foire ; un fermier qui convoitait un preou un champ de l'abbaye chantait , d'une voix avinee, la gourmandise et l'intemperance des moines ; le theatre , les romans , les caricatures, tout conspira contre la societe a la grande joie des nobles et des bourgeois qui esperaient une bonne proie. lis l'ont eue cette proie. Mais au-dessous il j a une autre couche de peuple qui la convoite a son tour. Les monasteres ont eie mines, detruits. Les moines ont ete egorges , et il se trouve encore des hommes assez mi- serables pour insuiter a ces grands souvenirs en plein college de France et dans les feuilletons des journaux* On 252 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. ose ecrire des sottises comme celle-ci : Les moines sont les faquirs du christianisme , une imbecile quietude les ca- racterise.... Les bacchanales et les pantomimes des pretres de Cybele se retrouvent dans les courses vagabondes et les momeries des Franciscains (Michelet). Les Domi- nicains qui voient le monde entier dans le capuchon de la Vierge sont une imitation des sectes Brahmaniques qui l'ont vu dans la bouche de Chrisna ou dans la fleur du Lotos... Les prodigieuses austerites des premiers Cister- ciens n'ont plus rien quietonne lorsqu'on alu les legendes des Bickus et des Bickchanis du boudhisme... Lacompagnie de Jesus rapelle aM. Sue les pieuses escroqueries et l'im- moralite raffinee des Bonzes.... Et un illustre professeur , dans un cours public en face de la jeunesse franchise , s'ecrie : que tous les moines sont petits et prosaiques en presence des Druides errants dans les for6ts et des Brah- manes tombant dans les bras des Bayaderes. Voila ce qu'on appelle dans le monde un haut enseignement , et une veritable science historique. De grace, Messieurs, n'allons pas au desert pour in- sulter a la foi , aux travaux et aux larmes de nos peres. II n'est personne d'entre vous qui n'ait visite , au moins une fois dans sa vie , une ancienne abbaye. Or, dites-le moi, quelle tristesse profonde vous en avez rapporte dans votre cceur. J'ai voulu un jour voir Morimond, cette qua- trieme fille de Citeaux , dont j'avais lu la belle et excel- lente histoire , ecrite avec tant d'amour par M. Dubois et d'ou j'ai tire ces notes. Helas! qu'ai-je trouve sur cette terre venerable et illustre ? je vais vous le dire bien tris- tement. Les grands arbres etaient tombes avec les c6no_ bites qui les avaient plantes. Sur le sommet croulant de la porte croissaient des fonffes de g'roflees jaunes et de CONGRES DES ACADEMIES. 253 graminees sanatiles. Partout le silence de la mort. Les m61es de Tetang etaient degrades. Tout autour une bande couverte d'un jonc sterile. II n'y avait plus dans ce desert la vie bruyante des ateliers ; on n'y entend plus le son des cloches et la psalmodie sainte. La ou il y avait cent cin- quante ouvriers il y a soixante ans , une miserable famille vivait a grand peine dans une affinerie de pointes. Les beaux jardins sont depouilles de leurs arbres fruitiers et de leur verdure. Pour franchir le ruisseau on a jete en travers sur le courant la statue d'un abbe. Le palais abbatial sert d'en- grangeage; c'est tout ce qui reste des batiments immenses et magnifiques. Un hangar remplace Thotellerie ou, pen- dant une longue suite de siecles, les pauvres et les voya- geurs ont recti une si genereuse hospitality. L'eglise est remplie de deblais et de ronces. Les tombeaux historiques sont brises et recouverts d'orties. J'oubliais une miserable cabane qui conspire a son tour contre le fermier et le clou- tier qui sont devenus pour elle une autre aristocratie qu'il faut absolument detruire. Je m'arr&te en m'inclinant avec un respectueux amour devant les terribles jugements de Dieu. J'apporterai icien finissant la plus grande autorite qu'on puisse citer aujourd'hui. Napoleon, a Ste.-Helene, apres avoir sonde sans prevention la question monastique avec son regard d'aigle , disait : Un grand empire comme la France peut et doit avoir des trappistes et des moines. Ce sont aussi mes conclusions pratiques ; j'aurais honte, dans mon ignorance , de vous en proposer d'autres. Moi , pr&tre du Sauveur J.-C, je veux parler avant tout a vos coeurs , a ce qu'il y a de plus noble et de plus eleve dans vos intelligences ; les inter&ts materiels sont pour moi bien secondaires. Je vous en supplie, aimez la foi de vos peres, 254 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. glorifiez-les par vos ceuvres. Portez au milieu des popular tions que vous representez ici , de bonnes et d'equitables pensees : c'est a vous qu'il appartient de corriger, de former l'opinion publique. Etudiez done avec amour les vestiges de ces grandes institutions religieuses et nationales qui ont fait et peuvent faire encore la gloire , le bonheur et la prosperite de la France. Vous parlez souvent , Messieurs , de rehabiliter 1' agri- culture. Vous avez institue des cornices agricoles ; vous avez promis des primes a ceux qui amelioreraient la race bovine, la race ovine et la race chevaline, et vous avez bien fait. On vous tiendra compte de vos efforts. Mais laissez-moi vous dire , moi qui suis tres-ignorant de toutes ces choses , que le mal n'est pas dans le sol et Tassolement, que le mal n'est pas dans les instruments et les animaux de labourage : le mal est dans Tame du cultivateur ; il lui faut a present , comme aux autres classes de la societe , des jouissances coupables , des emotions, dubien-tre, de la gloire vaine aussi. Les paysans veulent aussi habiter les villes a leur tour pour y bien vivre , y bien manger , y gagner beaucoup d'argent. Que ferez-vous done pour re- lever moralement les agriculteurs ? Vos senateurs n'iront pas a la charrue , et vos poetes ne chanteront plus les travaux champetres comme P antique Virgile. L'agriculture ne sera sauvee et elevee parmi nous que par l'eglise catholique , qui adore toujours son Dieu dans une etable entre un boeuf et un ane , et qui honore egale- ment les laboureurs et les princes. L'agriculture sera honoree quand les enfants de vos capitalistes et de vos financiers iront , a l'exemple de saint Bernard , dans les champs , pour s'y meler aux moissonneurs, travailler avec eux et leur apprendre l'inestimable vertu d'une humble CONGRES DES ACADEMIES. 255 moderation. II faut que Pagriculteur , pour s'attacher an sol avec resignation et avec amour, voie briller au bout de sa b&che une couronne immortelle. Les ordres religieux seront au milieu de nous comme une croisadeagricole. II faut que nospaysans voientbiende leurs propres yeux , dans la main-d'oeuvre des associations re- ligieuses et monastiques , tout ce qu'il y a de ressources infinies dans la religion , qui doit faire leur consolation et aussi leur fortune; car N.-S. J.-C. a dit : Cherchez d'abord le regne de Dieu , et tout le reste vous sera donne par surcrolt. Apres cette lecture , interrompne a plusieurs reprises par de chaleureux applaudissements , la seance est levee et plusieurs membres s'approchent de M. de Malan pour le feliciler. Le Secretaire-general , Raymond Bordeaux. SEANCE DU 21 MARS. (Presidence de M. le corate de Montreuil. ) Ont pris place au bureau : MM. de Montreuil , de Cau- mont , Duchatellier , de Vesvrotte , de Vauteney , de Qua- trefages. M. Cellier a la parole pour developper sa proposition sur Fadmission du public aux seances des Societes sa- vantes. Apres avoir demontre Timportance de la publicite , Pau- 256 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. teur insiste sur cette consideration qu'un livre , quelque bon qu'il pnisse 3tre , trouve souvent peu de veritables lecteurs. Entre Torateur et Tauditeur , au contraire, il s'etablit des communications sympathiques qui, pour 6tre occultes, n'en sontpas moins reelles. Souvent le bon audi- toire fait le bon orateur. Introduisez le public dans l'en- ceinte reservee aux savants , et la parole de ceux-ci aura bien plus d'utilite reelle. Les avantages seront d'ailleurs reciproques. Les hommes qui s'enferment entre quatre murs pour discourir , finissent bien souvent par s'endormir. L'esprit de corps fait bien souvent Tesprit individuel , et faute de connaltre ce qui se passe en dehors du cercle ou l'on vit, l'on perd la moitie de ses forces. Les membres les plus eminents du clerge reconnaissent que, faute de vivre assez dans le monde lai'que , ils ne peuvent exercer sur lui toute Taction qui serait necessaire. Apres avoir traite le c6te theorique de la question , M. Cellier passe a la pratique. On objecterait vainement les questions de local. II y aura toujours de la place pour un public necessairement restreint. Une objection plus grave est celle de la timidite qui retiendra souvent un savant place en presence d'un public a lui inconnu , tandis qu'il aurait parle devant ses collegues. Mais, laissez votre vanite a la porte et la timidite disparaltra. Cette publicite aura d'aii leurs l'avantage d'aider a l'education oratoire de la popula- tion francaise. M. Duchatellier croit que la mesure proposee presente des avantages incontestables, mais elle a aussi ses incon- venients. L'experience prouve qu'une mauvaise plaisanteri suffit parfois pour tuer une societe. Daus d'autres circon- stances , les engagements pris par des membres et mal tenus, exposent societes et public a des mecomptes regret- CONGRES DBS ACADEMIES. 257 tables. M. Duchatellier cite des exemples frappants a l'appui de son opinion. M. de Caumont croit qu'il y a quelque chose a faire dans le sens de la proposition; mais, selon lui, il y aurait un danger serieux a admettre le public a toutes les stances d'une societe appelee par sa nature a traiter des sujets vraiment scientifiques. Le serieux des travaux courrait de grands dangers. Pour retenir ce public qu'on aurait appel6, pour lui plaire , on abaisserait le niveau. Ici encore 1' ex- perience parle hautement. II faut done prendre un moyen terme. Independamment des seances privees, il faut or- ganiser des seances publiques qui. venant trois ou quatre fois par an , 6veillent V attention sans la fatiguer , et qui permettent d'instruire les populations sans abandonner les recherches approfondies (approbation marquee). M. Duchatellier parle des essais tentes avec succes a Versailles pcur attirer le public a quelques seances. Tant6t M. Gannal est venu exposer ses procedes d'embaumement, tant6t la lumiere electrique a fait l'objet d'une communica- tion speciale. Ces seances ont toujours ete tres-suivies. M. le president resume le debat et pense qu'il faut traiter du principe sans entrer dans trop de details. M. Cellier rappelle que la societe phrenologique , pour attirer le public a ses seances , les faisait prec^der d*un enseignement oral et duplications. M. Victor Petit rapporte que dans PYonne deux societes siegeant dans deux villes difFerentes se r^unissent deux fois par an en seances publiques tres-suivies. M. le president croit qu'on peut formuler ainsi le vceu du Congres : Le Congres emet le vceu que les societes savantes aient* a certaines epoques de l'annee , des seances publiques plus 258 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. ou moins rapprochees , selon Tesprit et les besoins des localites. Adopte. M. de Caumont appelle 1' attention du Congres sur la question d'inferiorite que la plupart des reglements des societes savantes , notamment de l'lnstitut de France , imposent aux membres correspondants. Ainsi Ton semble repousser des membres qu'on aurait tout interet k attirer. Sans vouloir rien prescrire , M. de Caumont pense qu'il y aurait quelque chose a modifier a cet egard. M. Duchatellier fait observer que cet abus, d'ailleurs tres-regrettable , n'est pas general. M. de Quatrefages indique la hierarchie des divers mem- bres appartenant aux classes de l'lnstitut et fait observer que dans l'Academie des sciences les correspondants pren- nent la parole sur leur simple demande. II n'en est pas de m&me a l'Academie des inscriptions. M. de Saint-Seine craint que le Congres , en traitant une question de reglement interieur, ne blesse quelques so- cietes de province. M. de Caumont repond qu'il veut la liberte pour tout le monde , mais que , sans rien imposer a cet egard , il est du devoir du Congres d'avertir les societes de ce qu'il croit leur etre utile , au risque meme de deplaire pour avoir dit la verite (approbation generale). M. le president formule dans les termes suivants le voeu a emettre : Le Congres emet le voeu que les membres correspon- dants des Societes savantes soient assimiles aux membres residants en tout ce qui touche au rang et aux droits litte- raires et de discussion. Adopte. CONGRES DES ACADEMIES. 259' M. d'Espaulart a la parole pour developper ses idees sur des concours a ouvrir entre les societes savantes. La So- ciete des antiquaires de Picardie a demande que toutes les societes archeologiques de France envoient chaque annee leurs memoires a l'lnstitut, don t cinq membres , reunis en jury, decerneraient un prix de 5 ou 6,000 fr. au recueil renfermant 1 es documents les plus importants. Si ceprin- cipe etait adopte , si on l'appliquait a toutes les societes , les resultats en seraient certainement des plus avantageux. M. de Caumont croit que ces concours ne produiraient probablement rien d' utile ; il fait observer que cette proposi- tion est empruntee a uu projet de l'lnstitut des provinces. Seulement celui-ci demandait que le jury fut compose de delegues des societes departementales. Paris ne peut juger que difficilement du merite relatif de leurs travaux faits dans des localites eloignees et qui peuvent avoir un grand in- tent local sans presenter cet attrait general plus estime des savants de la capitale. Quelques societes , en outre , et entr'autres 1' Academie de Caen , ont repousse , et elles ont bien fait , le principe mme d'un concours qui rappel- lerait trop ce qui se passe dans les colleges. M. le president croit qu'on pourrait prendre les Congres regionaux pour promoteurs des questions a traiter et pour juges. M. de Quatrefages fait observer que si les savants de Paris ont quelque peine a &tre impartiaux , il en sera a plus forte raison de meme pour les savants de province appeles a juger des recherches d'interet local. M. Cellier combat le principe meme de la proposition conime propre seulement a faire perdre du temps. Aucun travail vraiment durable , aucun livre ayant exerce une action reelle n'a ete produit par ces programmes de con- cours. (Approbation.) 260 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. d'Espaulart repond que le prix porlerait sur un en- semble de travaux nes de la spontaneite ra^me des auteurs. Le prix permettrait souvent et de travailler davantage et de travailler mieux, II faciliterait , en outre , certaines publications. Au reste , il a voulu seulement appeler l'attention du Congres sur une question grave et dont la discussion peut tres-bien 6tre renvoyee a une session prochaine. M. le President a la parole sur la question de la meca- nique agricole. M. Duchatellier fait observer que si la mecanique a de- veloppe l'agriculture anglaise f elle ne tardera pas a exercer en France une influence pareille. Deja les contrees renommees autrefois par la modicite du prix de revient de leurs cereales ne peuvent plus soutenir la concurrence avec celles ou. la graude culture s'est developpee. La Bre- tagne comparee aux environs de Paris nous offre a cet egard un exemple frappant. II faut craindre de favoriser ce mouvement outre-mesure , car si l'Angleterre , essentielle- ment industrielle , peut avec avantage attirer ses popula- tions dans les villes , nous devons , au contraire , les re- tenir sur le sol autant que possible. Au reste, l'examen des actes de contribution est rassurant a cet egard , car on voit la propriete moyenne seule se multiplier. M. Dreol fait observer que jamais en France on n'ache- tera les mecaniques agricoles si compliquees et si cheres mises en ceuvre de 1' autre c6te de la Manche. M. Gomart n'a vu en Angleterre aucune charrue qui , sous le rapport de l'utilite , puisse &tre comparee au Brabant. M. le president declare qu'il a voulu non pas traiter la question si etendue et si importante de la mecanique agri- CONGRES DBS ACADEMIES. 261 cole, mais seulement eveiller l'attention a ce sujet , dans l'espoir qu'il sera traite completement a la prochaine ses- sion. M. de Caumont met sous les yeux du Congres la me- daille decernee par lui aM. Emmanuel Woillez. La seance est levee a 1 heure 1;2. Le Secretaire-general , De Quatrefages. STANCE DC 22 MARS. (Presidence de M. le comte d'Hericourt. ) Siegent au bureau MM. de Caumont , le comte de Mellet , Didron , le vicomte de Cussy , Tabbe Lecanu, de Saint- Germain, le comte d'Alvimare , et le comte Georges de Soultrait , Tun des secretaires-generaux. . La seance est ouverte a trois heures. Le proces-verbal de la seance precedente est lu et adopte. M. le president donne lecture de la lettre suivante adressee au Congres par M. Emile Thibaud , de Clermont- Ferrand : Monsieur le Presibent , Au moment ou vont s'ouvrir sous vos auspices les im- portantes seances du Congres des delegues des societes say antes , je p rends la liberte de rappeler a votre attention 262 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. deux questions dont Tune est fort importante et a raeme deja ete discutee dans les seances de Tannee derniere. II s'agit d'arriver a detruire , s'il est possible , un monopole monstrueux, ruineux pour l'Etat, et deplorable au point de vue archeologique ; monopole qui est exerce pour ainsi dire sans contr61e par les architectes du gouvernement , sous le titre d'architectes diocesains. Je dis que ce monopole est exerce sans contr61e , car je ne donnerai pas ce nom *ux visites officielles, faites en courant, par des ins- pecteurs souvent d'une incompetence notoire, et le plus souvent d'une indulgence coupable vis-a-vis de nos devas- tateurs diocesains. Vous savez , Monsieur, qu'un seul architecte diocesain est souvent charge de l'entretien ou de la reparation des edifices religieux de plusieurs depar- tements, d'une division en un mot. Lorsque cet architecte reside en province , il peut suffire a l'inspection , mais non a l'entretien consciencieux de ces edifices , car il faut qu'il reponde en meme temps a la confiance illimitee que sa position officielle lui attire de toute part. Le plus souvent l'architecte d'une division diocesaine reside a Paris. Alors toutes les affaires de la division sont en souffrance et il faut dire alors : heureux diocese! Car trois fois malheur aux edifices qui se trouvent sous la coupe reglee du magon officiel I Nous avons dans ce departement de deplorables exemples de cette fureur destructive qui agite ces mes- sieurs. Le precepte consacre par la Societe frangaise est de con server , non restaurer , consolider , non abattre. Le systeme de nos architectes est de detruire d'abord , re- construire ensuite si Ton peut ou comme Ton peut. Je ne vous tracerai pas ici le tableau de nos desastres archeologiques , plusieurs de nos collegues les connaissent CONGRES DES ACADEMIES. 263 et pourraient en indiquer autant dans leurs departements , mais je puis vous dire sommairement que la solidity de notre belle et indestructible cathedrale de Clermont , en laves volcaniques , a ete gravement compromise par des de- molitions et des reconstructions faites sans necessite et sans methode. Un rapport de l'architecte le constate lui-m^me. La curieuse eglise de St.-Amable de Riom , dont le choeur etait un bel et rare exemple , en Auvergne , du style de transition , est livree au marteau des demolisseurs , Tabside n'existe plus, les belles boiseries du XVIP. siecle sont au grenier, les tombeaux des chapelles absidales ont ete ouverts et fouilles. En un mot, St.-Amable n'existe plus I St.-Nectaire est menace; St.-Saturnin (style roman) est reconstruit et denature ; les saintes chapelles de 1' Auvergne ont subi les restaurations les plus inintelligentes , je ne parle pas des constructions d'eglises en style pitoyable , cela est l'affaire du diocesain ; mais le nombre des eglises anciennes denaturees est incroyable. Si M. de Surigny est aux seances ; si M. de Montalembert veut reprendre cette croisade , il est possible que le gouvernement eclaire sur ces abus y porte un prompt remede. Je crois que les commissions locales seraient insuffisantes a arreter les abus , si le gouvernement ne supprime pas radicalement , comme il l'a fait pourle Louvre, Tinfluence et le monopole des coteries officielles. La seconde question , que je voudrais avoir le temps de developper, parce qu'elle est tres-attrayante , se resume dans ce vceu a emettre : Que la fleur de lis ne soit plus consideree comme un symbole de partis ou le signe de ralliement des partisans de telle ou telle dynastie , mais bien comme un glorieux blason historique , que la reproduction de la fleur de lis 264 INSTITUT DES PROVINCES DE PRANCE. soit toleree et m6me que les villes de France ou les nom- breuses families qui ont l'honneur de les avoir dans leur blason , soient autorisees a les reprendre sans conteste. M. Duchatellier fait observer au sujet de la derniere partie de cette lettre que les fleurs de lis ont ete partout retablies a Versailles, et qu'en ce moment mme on peint a Sevres des vitraux ornes de fleurs de lis qui sont destines a la chapelle du chateau. M. l'abbe Lecanu, secretaire de la commission des so- cietes savantes , donne lecture de son rapport sur les travaux de diverses academies des provinces pendant l'annee 1851. RAPPORT DE M. L'ABBE LECANU. Messibujrs, Charge par votre commission des societes savantes de vous faire un rapport sur les travaux auxquels se sont livrees les differentes academies representees a votre Con- gres , vous me permettrez d'entrer en matiere sans autre preambule , et de vous exposer sans aucune pretention litteraire le resultat du depouillement que j'ai entrepris. Les belles phrases me sembleraient peu de mise en pareille circonstance ; et d'aiileurs le temps m*aurait manque pour vous faire un discours academique. Je placerai de mme sans aucun ordre mes notices sur chacune des societes savantes dont j'aurai a vous entretenir. II eut ete preferable, peut-^tre , de suivre un ordre geographique facile a etablir; mais outre que j^urais eu souvent de grands espaces vides a parcourir , il m'a semble que ce C0NGRES DES ACADEMIES. 265 desordre representerait plus fidelement le peie-mele de nos reunions, ou le Nord coudoie si fraternellement le Midi, ou l'Est el l'Ouest se confondent avec le Centre. Je commence done , et e'est Angers qui a le privilege , si toutefois e'en est un , d'apparaitre en premiere ligne. La Societe d' agriculture , sciences et arts d 1 Angers vous a adresse les trois derniers volumes de ses publications , remontant a l'annee 1838. Je demande la permission *Ie ne m'occuper que de ceux qui ont paru depuis votre dernier congres, quoiqu'il n'ait pas ete rendu compte dans celui- ci des travaux precedents , et quoiqu'il y eut beaucoup a apprendre et a pronter dans ceux que je vais omettre ; mais 1'analyse qu'il en faudrait faire , vu leur nombre et leur importance , depasserait de beaucoup les bornes d'un compte-rendu. Cette societe savante a publie en 1851 un resume sub- stantia des travaux du cornice horticole de Maine-et-Loire, dans lequel se trouvent de precieuses indications sur la destruction du puceron lanigere par l'emploi du mastic a grefferjdes Observations non moins utiles sur la culture de la feve de marais ; des Noiwelles sur plusieurs pi antes exotiques , entre autres Y Agave d'Amerique , et quelques especes nouvelles obtenues des semis du poirier. La merae societe a publie en outre le compte-rendu de l'exposition des produits vinicoles du departement de Maine-et-Loire dans les annees 1849 et 1850, precede d'observations generales sur la viticulture et l'canologie. C'est a regret, Messieurs, queje passe sous silence certains autres travaux qui ont bien aussi leur valeur , tels que la Statistique horticole de Maine-et-Loire publiee en 1842 ; V Instruction sur V education des Abeilles , par M. Desvaux , 12 266 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. membre correspondant de la Society nationale et centrale d'agriculture de Paris, publiee a Angers en 1819 , et la l re . livraison de la Pomologie de Maine-et-Loire , publiee en 1850 , et accompagnee de quatre planches coloriees repr^sentant des fruits d'especes nouvelles ; mais j'ai cm devoir me restreindre aux publications plus recentes , dans la crainte d'etablir un facheux precedent , en remontant ainsi a des travaux de vieille date. Le Congres etant insti- tue specialement pour encourager les societes savantes a tenter sans cesse de nouveaux efforts, le passe est d'autant moins a compter , sauf les benefices acquis , que c'est vers l'avenir qu'il nous faut, voyageurs du progres , porter nos regards. La Societe industrielle d'Angers marche bien loin en avant de sa soeur, la Societe d'agriculture, sciences et arts. La vingt-deuxieme annee de son Bulletin , contenant ses travaux pendant l'annee 1851 , est un livre bien rempli , qui renferme beaucoup de science , de longues et serieuses etudes , et une multitude de notions infiniment precieuses. Je ne vous entretiendrai pas des proces-verbaux des seances, de ceux des cornices agricoles, des tables d'observations barometriques et thermometriques qui y sont consignees, d'un grand nombre de rapports, de notices biographiques et de communications de toute nature, la simple nomenclature en serait deja longue; mais laissez- moi vous parler au moins des pieces les plus considerables du recueil , dans lequel tout nous a semble bon , et beau- coup de choses tres-importantes ; et d'abord , d'un memoire de M. Spooner sur 1' application et 1'economie des engrais, memoire qui fait honneur a deux savants en m&me temps : ^ son auteur et a M. Trouessart, professeur des sciences- CONGRES DES ACADEMIES. 267 physiques au lycee d'Angers , traducteur d'un livre en langue italienne , duquel le memoire est extrait; ensuite d'un ouvrage de M. Allard-Goutaud , chef d'escadron d'etat-major en relraite , intitule : Documents relatifs a la taxe de la viande et au commerce de la boucherie. La question qui y est traitee , est une de celles qui pr&occu- pent le plus vivement les esprits dans le temps present , et sur lesquelles la routine et le progres se livrent les plus durs assauts. Le meme Bulletin contient encore un remarquable traite de chimie agricole pratique , intitule : Elements de chimie agricole et de geologie du professeur Jonston , traduit par M. Trouessart; c'est la science reduite a son expression la plus elementaire et la plus pratique ; un memoire traduit de l'italien par M. Boreau, directeur du jardin botanique d'Angers , sur la culture de Vapios tuberosa comparee avec la culture de la pomrae de terre ; un memoire de M. Trouessart sur les eaux potables, substance non nutritive , puisque l'economie animale ne s'en assimile aucune partie , mais qui joue cependant un des r6les essentiels dans ralimeniation des hommes et des animaux ; un savant rapport de M. Garot , ingenieur charge des travaux a TEcole des arts et metiers d'Angers , sur le calcul des machines a vapeur; une int^ressanle notice historique sur le jardin des plantes d'Angers et sur les progres de la botanique en Anjou, par M. Boreau. Je regrette de ne pouvoir vous entretenir plus longue- ment de toutes ces choses, et d'etre oblige d'en passer tant d'autres sous silence. Je terminerai en vous disant que la Societe industrielle entretient des relations suivies avec d'autres societes analogues sur les points les plus eloignes du globe : en Italie, en Angleterre, aux Etats- 268 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Unis , dans le Canada , et qu'elle s'enrichit de leurs tra- vaux , comme elle les fait participer aux siens. Memoires de la Societe academique d'archeologie , sciences et arts du departement de VOise , t. I er . , annee 1851. Encore un livre bien rempli, et contenant des travaux importanls avec des planches tres-soigneusement dessi- nees , beaucoup mieux que les societes savantes ne pren- nent la peine de le faire ordinairement. II s'ouvre par une notice sur le mont Catenoy , dit le camp de Cesar , par M. Ledicte-Duflot. Suit une Notice sur John-Theodore Dupont-Wite , par M. Danjou ; une Notice sur I'eglise de St.-Martin-aux-Bois et ses stalles si curieuses, par M. l'abbe Barraud. Vient ensuite un Rapport sur la statue de Jeanne Hachette, que nous admirions a Paris naguere encore, par M. Danjou; puis la suite d'un Memoire sur les insectes du pommier, par M. Delacour; nous avons tort de dire un memoire, c'est un livre, un savant trait6; une Note sur Vorigine gdognostigue des eaux de Beauvais; une autre Note sur unchat bicorps , par M. l'abbe Mail- lard , et le proces- verbal de la seance publique de la Societe academique du 26 aout 1851. II est toutefois , relativement a ce volume, une anomalie que nous ne nous expliquons nullement : il est intitule tome I er . , et contient des suites d'ouvrages qui ont du paraitre precedemment ; nous en avons indique une ; il en est une seconde, intitulee : Enumeration des plantes inte- ressantes des cantons de Retz et de Crepy en Valois, par M. Tabbe Questier. Outre cela, il commence a la page 369 , ne contient qu'une partie des matieres annoncees , et se classifie fort mal avec les indications de la table des Hiatieres. CONGRES "DBS ACADEMIES. 269 La Society havraise d'etudes diverses vous a fait hom- magedu volume con tenant ses publications de 1847 a 1850 inclusivement. II contient deux memoires de M. Borely : Be la charge et de la caricature en France; quelques cari- catures du XVIII 6 . sikcle; et De la famille et de la propriete, de leur r61e dans le developpement de la civilisation ; un Coup-d'ceil sur les types sociaux a diverses epoques , par M. Millet-Saint-Pierre ; quelques pages dues a la plume de M. d'Houdetot sur Tepisode des Dix amour eux; un essai sur Y Influence de la litterature a, I'egard des mceurs , par M. d' Andre; plusieurs rapports de M. Maire sur les travaux de la Societe , et un essai sur V influence de la mode relativement a la sante des femmes ; YRistoirv du cholera dans Varrondissement du Havre , en 1849 , par M. Lecadre ; un rapport de M. Marie , et un opuscule de M. Gallet sur Vinfluence de la musique relativement au moral et a la sante des equipages ; le tout precede d'un Resume analytique des travaux de la Societe , par son secretaire, M. Charles Michaud. On pense bien que la savante Aca- demie ne s'est pas bornee aux quelques productions que nous venons d'indiquer : Tinfatigable M. Cochet n'a pas interrompu les fouilles auxquelles il se livre avec tant d'ardeur sur tous les points ou lui ont ete signalees des ruines antiques , et la Societe havraise s'est occupee aussi d'etudes variees sur les sciences naturelles j la medecine , l'agriculture, l'alimentation , la mecanique , l'industrie, la navigation , Teconomie sociale , les institutions de bien- faisance , l'histoire locale , et plusieurs autres objets d'un egal interet. La Societe nationale de medecine de Marseille continue ses travaux. Le docteur Roux , son president, et merabre 270 INSTITUT I>ES PROVINCES DE FRANCE. d'un grand nombre de societes scientifiques et litteraires , vous a adresse le discours d'ouverture qu'il a prononce a la stance publique tenue le 14 decembre dernier, sur la regeneration des societes savantes. L'Academie de Rouen vous a adresse quatre notices remplies d'intert, la premiere sur M. Thil , un de ses membres , conseiller a la Cour de cassation ; la deuxieme sur Mg r . Fayet, ev&qued'Orleans, ancien official de Rouen ; la troisieme sur M. de Kergariou , ancien vice-president de l'Academie de la m&me ville ; la quatrieme sur le comte Marchetti , de Bologne , poete aime des Romains , auteur d'un recueil de poesies lyriques, et qui a cliante les derniers moments du fils du grand empereur et Texal- tation du saint pontife Pie IX; ces Notices ont pour auteur M. Ballin, archiviste de l'Academie, et secretaire de la commission des antiquites. Le meme auteur vous a gratifies d'une lettre sur la statistique, et de la traduction en vers fran^ais des deux Canzonettes de Metastase , intitulees : le Depart et la Liberie. Vous trouverez , sans doute , que c'est peu pour une Academie laborieuse et eminemment lettree ; c'est justement assez pour vous faire regretter les productions qui ne vous ont pas ete communiquees. Nous ne devons pas omettre toutefois de mentionner le Tableau decennal des principales operations faites par le Mont-de-Piete de Rouen pendant les annees 1848 a 1851 inclusivement , communique par M. Ballin. Ce document est curieux comme element de statistique et d'economie sociale. La Societe d'agriculture , sciences , arts et belles-lettres de Bayeux vous a adresse le bulletin de ses travaux , CONGRES DES ACADEMIES. 71 pendant les annees 1850 et 1851. II en resulte que la Societe a tenu dix seances generales pendant les deux annees , la section d'agriculture cinq seances , la section des sciences, arts et belles-lettres, une seule seance. La Societe , dans ses reunions generales . a entendu dix rap- ports d'une grande importance , soit par les matieres qui en font le sujet, soit par leur etendue, tel que celui de M. Castel sur l'exposition universelle de Londres ; tous les autres roulent sur 1* agriculture. Les ouvrages offerts a la Societe de la part de ses membres sedentaires ou correspondants , temoignent, par leur grand nombre et leur variete, de la puissance et de l'etendue du mouvement intellectuel qui gravite autour d'elle comnie autour d'un centre commun. Si elle embrasse beaucoup d'objets dans son intitulation , assurement ce n'est pas du faste , car, elle remplit son programme et le depasse. Je voudrais citer tous les noms propres et tous les ouvrages ; mais au milieu des nombreuses pieces dont le volume se compose , je signalerai, sinon les meilleures , ce qui pourrait etre blessant et devenir injuste, du moins les plus considerables par leur etendue. En premiere ligne, une Notice explicative d'un poeme manuscrit du commencement duXIV e . siecle, ayant pour titre la Chapelle de Ba'iex, par M. Pezet, president du tribunal civil de Bayeux et de la Societe. L'auteur du poeme serait, d'apres les conjec- tures de M. Pezet, Jehan de Justice, cbanoine de Bayeux. En second lieu , un Voyage agronomique , descriptif et archeologique dans le Centre et VEst de la France, par M. Castel , secretaire-general de la Societe. Pour juger de l'importance etde lamultiplicite des observations recueillies par le savant voyageur, il faut savoir que pres de cent- vingt pages bien remplies sont consacrees a les exposer 272 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. brievement ; nous dirions presque avec la rapidite dont marchait la locomotive qui transportait le pelerin d'une station a une autre, partout ou il jugeait convenable de prendre terre pour observer. Le rapport du meme auteur sur l'exposition universelle de Londres n'est pas moins etendu, et d'une plus grande importance encore peut-6tre par les vues generates qu'il renferme. Dire qu'il a valu a son auteur de chaleureuses felicitations de la part de M. Blanqui, del'Institut, et de M. Quetelet, secretaire per- petuel de l'Academie royale deBelgique, c'esten indiquer suffisamment le merite et la portee. Dans le cours des deux annees, la Societe a organise trois concours d' agriculture, et distribue un grand nombre de medailles , de primes et de prix de toute nature , non seulement aux efforts, au succes, au progres, mais aussi a la moralite, base essentielle de tout progres veritable. Vous trouverez , sans doute , comme moi , que jamais Societe ne remplit mieux son programme, et ne dut mieux esperer le succes pour prix de ses travaux. Si la Societe des sciences , arts et belles-lettres a un peu moins produit en 1851 que dans les annees precedentes , et comparativement a la Societe d'agriculture , il est pour- tant arrive deux importants memoires , mais trop tardive- ment pourTimpression : l'un deM. I'abbe Laffetay , Tautre de M. Pillet; il vous en sera rendu compte a votre pro- chaine reunion. La Societe d'emulation du departement des Vosges vous a adresse les Annales de ses travaux, publiees en 1851 pour les derniers mois de l'annee 1850 et 1851. La geologie et l'histoire naturelle du departement des Vosges occupent une large place dans les publications de la Societe d'emu- CONGTRES DES ACADEMIES. 273 lation ; mais ii ne faut pas s'en plaindre , elle est bien remplie ; elle Test d'une maniere convenable a la richesse metallifere du d6partement. La Societe possede un riche musee mineralogique. II faudrait vous citer les savants memoires du docteur Mougeot et de M. Jules Laurent sur les objets dont se compose ce musee , qui voit chaque annee augmenter ses richesses ; ceux du docteur Carriere et de M. de Billy , sur la mineralogie des gttes de Fra- mont , de Sainte-Marie-aux-Mines et sur la geologie du departement. Sans compter que la Societe ne se contente pas d'etudier la nature dans sa propre localite, elle Ya la chercher partout ou elle peut la saisir sur le fait , pour aiusi parler, afin de tirer de la comparaison de ses pheno- menes de precieuses indications : c'est ce que prouve un savant memoir e de M. Perrey , l'un de ses membres corres- pondants , sur les tremblements de terre aux Etats-TJnis et dans le Canada. Cependant l'etude de la geologie n'occupe pas seule les loisirs de la compagnie ; l'agriculture y a part. Elle a publie , dans ce but , un interessant travail de M. Chapelier, Tun de ses membres associes , sur la culture du merisier et la fabrication du Kirsch ; et ce qui le demontre mieux encore peut-^tre , ce sont les concours agricoles auxquels elle preside, et le nombre des recompenses qu'elle y decerne : quinze medailles d' argent et treize primes , d'une valeur progressive de 50 francs jusqu'a 500 francs, distributes en 1850; douze medailles , vingt- une primes de valeurs graduees jusqu'a 500 francs et un prix de trois cents francs offerts pendant 1' annee 1851 pour 1' amelioration des prairies , les defrichements et mise de terrains en culture , perfectionnements dans les arts mecaniques et industries specialement appliques a I' agriculture , perfectionnement des voies de communica- 274 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. tion , propagation des bonnes methodes d'horticulture , fabrication des fromages , exploitations agricoles les mieux entendues ; tels sont les sacrifices qu'elle s'impose dans le but de faire produire au sol toutes les richesses que Tart peut en attendre. Nous voyons par le catalogue des nombreux ouvrages qui ont et6 adresses a la Societe par ses membres associes ou correspondants pendant le meme espace , que le mou- vement d'idees auquel elle sert de point central , se porte egalement , a peu d'exceptions pres , vers les sciences naturelles dans leur application a la satisfaction des besoins physiques de la nature humaine. Cependant les exceptions dont nous venons de parler montrent aussi que les sciences purement intellectuelles ne sont pas tout-a-fait mises en oubli. C'est que nulle part sur la terre Yhomme ne peut vivre settlement de pain ; vous nous permettrez de citer ici cette parole evangelique, car la verite vraie sera toujours bien venue parmi vous. Le departement du Nord marche rapidement sur les traces de ceux dont nous venons de vous entretenir , si meme il n'en precede plusieurs. La Societe des sciences de Lille vient de mettre au jour un volume, dont il suffira d'e- noncerles matieres pour en faire apprecierla valeur: Descrip- tion d'un daguerreotype panoramiquerectiligne, par M. Pen- viou ; Acoustique : Sur laformule de la corde vibrante, par M. Delezenne ; Sur une cause de rupture de certains appareils a vapeur, par M. Mengy ; Memoir e sur les combinaisons definies de Viode et du phosphore, par M. Corenwinder; < Essai de geologie pratique sur la Flandre jrancaise, par M. Mengy ; Histoire des metamorphoses de quelques diptkres, par M. Perris ; Diptkres exotiques CONGRES DES ACADEMIES. 275 nouveaux , par M. Macquart ; Observations sur les effists de V abaissement du droit des sels, par M. Mobroguier; Nouveaux analectes pour servir a Thistoire des faits, des mosurs et de la litterature, par M. Leglay ; Uete, traduc- tion du poeme des saisons de Thomson , par M. Moulert; Fables, par M. Delerne ; Vne nuit chez les trappistes du Mont- des- Kaltes, par M. Pierre Legrand ; Con- trebande litter aire, par le m6me. Un autre volume non moins important est sous presse, et contiendra de savantes recherches sur les antiquites de Tart musical, art cultive d'une maniere tout a la fois savante et speciale daus le departement du Nord , comme on en peut juger par les travaux deja cites , par le livre de M. de Coussemacker sur YHistoire de Vharmonie au moyen-dge , qui vient de paraltre , et par la fondation recente d'une association musicale a Lille, dans le but d'ameliorer la position materielle et morale des artistes musiciens , et de seconder leurs talents ou leur ap- titude. La Commission historique du Nord , institute a Lille il y a un dixaine d'annees , en est aujourd'hui au 4 e . volume de son Bulletin, dont 1'impression est recemment commencee. Un membre correspond ant de cette commis- sion, le docteur Escaliez , de Douai, vient de faireparaltre une Histoire de Vabbaye d'Auchin. Le Cercle litteraire de Lille continue a offrir au public lettre, dans ses reunions hebdomadaires, des delassements aussi utiles que savants et varies : musique , litterature , cours d'hygiene , d'histoire , d'astronomie , tels sont les sujets les plus ordinaires de ses programmes. Trois musees viennent de s'ouvrir : un musee de tableaux originaux de Tecole italienne, donne par M. Wicar; 276 lNStlTttt >ES PROVINCES DE FRANCE. un musee d'armes et d'equipements des peuples sauvages , donn6 parM. Moillet ; un musee de sculpture, donne par M.Bra, Thabile statuaire. Celui-ci est ouvert au public dans la ville de Douai, les deux premiers sont a Lille. II resulte de ce rapide expose , que le departement du Nord , qui tient dans la France un rang si elev6 par 1'industrie de ses habitants , rivalise encore avec les plus avances sous d'autres rapports par la culture des belles- lettres . des beaux-arts et des sciences positives. La Societe de statistique du departement des Deux- Sevres vous a adresse les tomes XIII et XIV de ses Me- moires, comprenant les annees 1849, 1850 et 1851. Cette academie, dont le siege est a Niort , est de celles , vous le savez , qui donnent beaucoup plus que son apellation ne promet ; car sous ce titre de Societe de statistique, elle embrasse la topographie , l'hydrographie , la meteorologie , la geologie , la mineralogie , l'hygiene et les fluctuations de la population du departement ; les productions natu- relles et artificielles , l'agriculture , Tindustrie, le com- merce, la navigation, les sciences positives, l'adminis- tration , Thistoire civile et religieuse , l'archeologie et les beaux-arts. Une bibliotheque , des archives et un musee lui appartiennent en propre ; le musee contient des in- struments et des vases celtiques les mieux conserves que Ton connaisse , au dire de savants distingues. Mais c'est specialement de ses travaux que je dois vous entre- 1enir. Outre les discours d'ouverture des seances publiques , les proces-verbaux des seances ordinaires , les rapports lus a la Societe et quelques pieces plus courtds, mais non sans valeur, nous avons surtout ete frappes de Fimpor- tance d'un recueil de documents historiques concernant CONGRES DES ACADEMIES. 277 le tribunal de commerce de Niort, fonde en 1565 par Charles IX. C'est toute une histoire d'un grand n ombre de families considerables du pays. La Societe en est redevable a M. Alfonse Frappier. Vient ensuite une his- toire du siege de Poitiers en 1569, par M. Arnauld. A en juger par cet essai, et par les pieces et documents qui terminent le XI V e . volume des Memoires de la Societe , on peut dire que le departement est comparativement riche en souvenirs historiques sur ces temps de troubles regret- tables , occasionnes par rintroduction de la reforme en Poitou. Facheux souvenirs , sterile richesse , qu'il faudrait se hater d'aneantir, si l'oubli pouvait &tre un remede ou un preservatif. S'il y a beaucoup pour la curiosite de Tesprit , il n'y a rien pour le coeur , a moins que des tristesses. Ceci soit dit sur le fond m&me du sujet , mais sans prejudice pour le merite de ceux qui reconstituent le panorama des temps ecoules. tin episode du siege de Rome en 1849 , ou plutot une biographie du capitaine de Jouslard , ne le 25 aout 1816 , a Ardin , petit village du departement des Deux-Sevres , et tue a l'attaque de Rome dans la terrible journee du 22 juin , racont6 par M. Alfred Monnet , nous a vivement emu. Mais la piece la plus importante est peut-etre un memoire de M. de Royer de Sainte-Suzanne sur le theatre et les acteurs chez les Romains : nous devrions dire , un traite complet sur les theatres et les spectacles. Vous comprendrez par ce rapide expose , que la Societe de statistique de Niort ne fait pas seulement de la statistique , dans le sens restreint que ce mot comporte. Mais pour 6tre juste, nous devons une mention a MM. Lary, auteur d'un rapport sur les voies de commu- nication du departement ; Alphonse Frappier , d'un 78 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. rapport sur une recherche manuscrite de noblesse faite dans la province en 1529 ; de Laslic-St.-Jal , d'une sta- tique litteraire des Deux-Sevres ; l'abbe Biard, d'un rapport interessant sur la bibliotheque publique de Niort ; Taury , cure de Notre-Dame de Niort , de renseignements topo- graphiques sur le departement ; de Meschivet , d'un rapport sur les epidemies de l'annee 1849 dans le mme departement. Et ce n'est pas a dire que ces membres aient seuls apporte le concours de leurs lumieres a la savante Societe , les proces-verbaux des seances men- tionnent d'autres communications, mais celles-ci ont ete jugees les plus dignes de voir le jour, a cause de leur im- portance. Nous devons a l'obligeance de M. d'Espaulart, president de la Societe d'agriculture , sciences et arts de la Sarthe , les renseignements qui suivent sur la societe qu'il preside. Cette savante , et deja ancienne academie , embrasse dans ses travaux le cercle des connaissances humaines ; rien n'est exclu des qu'il s'agit de lettres ou de progres. Ses seances ont lieu deux fois le mois ; une seance publique se tient a la fin de chaque annee : ses bulletins paraissent par tri mestre . et contiennent de quatre a six feuilles d'impression. Voici un apergu de ses travaux pendant l'annee 185L M. de Hennezel, ingenieur des mines, a presente, sur Part des irrigations et du drainage, plusieurs memoires qui sont un veritable catechisme en cette matiere pour les agriculteurs. M. Gueranger a publie ses legons de chimie appliquee a l'agriculture , autre catechisme , non plus elementaire , mais d'une grande portee , et d'une grande utilite pratique. M. Eudres, ingenieur des ponts-et-chaussees , charge CONGRES DES ACADEMIES. 279 des observations meteorologiques, qu'il fait al'aide d'instru- ments appartenant en propre a la Societe , les consigne dans des bulletins trimestriels. M. Drouet, dont Tage ne ralentit ni le zele ni les tra- vaux , a commence une suite de publications d'une haute importance sur les antiquites gallo-romaines et du moyen- age du departement de la Sarthe. M. l'abbe Voisin, tout en continuant le Gallia Christiana, dont quatre feuilles vous ont ete presentees Tannee der- niere, annonce, comme devant paraltre tres-prochainement, deux volumes sur Thistoire generale du Maine jj et vient de donner au public la premiere livraison de son Histoire de la ville de St.- Calais. M. de FEstang , ancien officier de marine , a compose un memoire sur les invasions des Normands dans le Maine; ceuvre de Benedictin qui ne laisse rien a desirer , ni pour la science , ni pour Vindication des sources , presque toutes inedites ou peu connues, et fres-nombreuses. M. Billart, archiviste du departement, publie une ana- lyse , piece par piece , de tous les monuments confies a sa garde. Ce sera le recueil le plus riche pour les etudes historiques de la province. M. Triger a complete la publication de sa carte geolo- gique du departement, qui ne comprend pas moins de quinze feuilles grand in-f. d'atlas. Indications geologiques, geographiques , restitution des veritables noms des lieux et de Torthograpbe veritable , rien n'y manque pour en faire un travail consciencieux et complet. La science medicale a aussi d'illustres et savants inter- pretes dans les docteurs Le Pelletier, Mordret , Lechard et Gunssau. M. l'abbe Lottin , chanoine de la cathedrale, publie, 280 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. avec le concours de M. Lassus, architecte et savant anti- quaire, un ouvrage intitule : 1' Ancienne province du Maine , dont le but est la reproduction graphique de monuments detruits ou transformes , avec un texte explicatif. La der- niere livraison contient un plan des diverses enceintes de la ville du Mans depuis son origine jusqu'a nos jours. Rien n'y est livre a l'imagination , les auteurs ne procedent qu'a l'aide de dessins et de plans contemporains. Telles sont les principales productions de la Societe d' agriculture, sciences et arts de la Sarthe depuis votre dernier congres , c'est-a-dire environ une annee ; mais son zele pour Tavancement et la propagation de la science ne s'arrete pas la : en correspondance reguliere avec tous les cornices agricoles du departement , c^est par son entre- mise officielle que l'administration centrale organise les concours et distribue les recompenses. Elle a organise une exposition d'horticulture au Mans dans Tannee 1851, elle en a prepare une pour l'annee 1852 , et elle y concourt non seulement de ses avis , mais aussi de ses deniers , en fournissant aux agriculteurs les graines rares ou nouvelles ou de choix dont ils ont besoin. Nous ne devons pas omettre de signaler d'importantes productions litteraires qui , sans appartenir a la Societe , appartiennent cependant au departement ; telles que YHis~ toire ecclesiastique du Maine, par Dom Piaulin, bene- dictin de Solesme, dont le I er . volume est en vente; et YHistoire litteraire de la merne province, par M. Haureau , conservateur des manuscrits a la Bibliotheque Nationale , dont le dernier volume vient de paraltre. De semblables ouvrages sont au-dessus de tout eloge. Tel est dans la Sarthe le mouvement intellectuel , tels sont les efforts, tels sont les resultats. C0NGRES DES ACADEMIES. 281 Apres vous avoir entretenus de la Societe d'agricalture , sciences et arts de la Sarthe , je me trouve en face d'un volumineux memoire de M. Bizeul , depute a votre Congres par T Association bretonne , sur l'histoire et les travaux de cette savante et laborieuse Academie depuis son origine , quiremonte a l'annee 1843. Tout en rendant hommage a la bonne volonte de l'auteur , et au grand inter^t qu'il a su repandre sur son sujet , vous me permettrez d'abreger beaucoup, afin de ne pas reproduire des details qui se trouvent deja consignes dans votre Annuaire de l'annee derniere, d'autant plus que vous m'avez fait presque un devoir de ne vous entretenir que des travaux accomplis depuis le dernier concours. Cependant il ne pourra en tre ainsi , et je serai force de suivre l'auteur dans un resume auquel il n'a point mis de dates. Viennent en premiere ligne les monuments celtiques , cette richesse enviee a la Bretagne par tant d'autres pro- vinces. Qui n'a entendu parler du dolmen de Lok-Maria- Ker, des pierres de Karnac? MM. Leroy et Bizeul y ont puise le sujet de doctes etudes et de nouveaux apercus. II est d'autres monuments de la me*me origine a Commes- quiers , au pays de Rais , a Pornic , au Port-Fessau ; MM. Vandier et Bizeul les ont etudies et decrits. L'epoque romaine est plus riche encore en souvenirs. L'ancien pays des Nannetes, Nantes, Blain, Rezay et St.-Pere-en-Rais , le pays de Mauges , les environs de Beau- preau, St.-Gervais , Guerrande, St.-Nazaire, Pennece, Fegreac, explores par MM. Bizeul, Tristan Martin , mem- bres correspondants de la Societe, ont fourni de nombreux debris, tels que chapiteaux, pierres milliaires, inscriptions, aqueducs , dont tout ce qui etait interessant et transportable- a ete recueilli dans le rnusee de la Societe. 282 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. MM. Nau , l'abbe Rousteau , Faucheur , Laserrie , d'Ysarn , Leray , Van-Iseghem, Constant- Verger, Bizeul , le general Allard , out compose des notices savantes et completes sur les principaux edifices religieux , civils ou militaires de la province au moyen-age. Rien n'est demeure etranger a leurs investigations , les verrieres antiques ont "ete l'objet d'etudes speciales , grace surtout a l'adjonction a la Societe d'un artiste verrier d'un talent distingue , M. Echappe. Un musee renfermant deja plus de mille objets de loute nature et de toute provenance , a ete reuni par les soins de la Societe et 6tabli dans un local concede par la mairie ; sans compter le medailler riche de pres de neuf cents me- dailles et monnaies , egalement de tout age et de toute pro- venance, mais parmf lesquelles les monnaies bretonnes comptent pour un grand nombre. Plusieurs des objets du musee ont donne lieu a d'interessantes notices et ineme a des memoires ; on peut citer en particulier celui de M. Vaudier , sur des vases , au nombre de 46 , provenant de sepultures peruviennes. Depuis votre dernier Congres , l'activite scientifique ne s'est pas ralentie dans le departement de l'Yonne. La So- ciete des sciences historiques et naturelles de ce departe- ment a mis au jour d'importants travaux. II faut placer en premiere ligne le memoire de M. Quantin sur l'histoire du Tiers-Etat au moyen-age dans ces contrees , qui a obtenu une mention honorable au concours de l'lnstitut pour les antiquites nationales. Un memoire de M. le baron Chaillou des Barres , president de la Societe, et auteur de VHistoire des grands Chateaux du departement, sur les anciennes academies de la province , n'est pas moins remarquable. II CONGRES DBS ACADEMIES. 283 faut citer encore les deux biographies de Jean Cousin , par M. Deligand, et du docteur Bourdois de Lamotte, me- decin du roi de Rome, par M. Duche; et le Catalogue de Medailles antiques trouvees dans le departement depuis les temps les plus recules , par M. l'abbe Daru ; ouvrage precieux pour la numismatique , et digne d'etre continue. Les travaux d'archeologie proprement dite , sont peut- 6tre ceux qui ont ete pousses avec le moins d'activite : ils se reduisent a .une Esquisse sur les cinq monuments eleves en l'honneur des cinq dames romaines qui accompagnerent les depouilles mortelles de Teveque saint Germain , lorsqu'elles furent rapportees de Ravenne en 448. La section des sciences naturelles a fourni une carriere mieux remplie. II suffira de citer les Recherches statistiques sur l'influence du sol relativement a la marche et a Tac- tion du cholera dans le departement de l'Yonne , en 1832 et en 1849, par M. le docteur Moret. Cette recherche pre- sente des resultats scientifiques qui paraissent 6tre d'une grande valeur. La geologie a ete l'objet de memoires de la part du docteur Robineau, sur les sables ferrugineux de la Haute- Puisaye , sur un ichtyosaure de la craie de St.-Sauveur , et d'un travail considerable sur 1'hydrologie , de la part de M. l'ingenieur Belgrand. La fbre departementale continue d'etre l'objet des etudes de MM. Dey et Courtaut ; la meteorologie a eu pour inter- prete M. Pelletier. En dehors de son Bulletin, la Societe a entrepris deux publications importantes : la premiere , une Bibliothhque historique contenant toutes les chroniques , legendes et* memoires du pays, sous la direction de M. l'abbe Daru; 284 INSTITUT DBS PROVINCES DE FRANCE. un volum